La semaine dernière a été riche en informations contradictoires concernant DC Comics. L’éditeur devait réduire sa production, puis finalement non. Il devait annuler sa collection distribué chez Walmart, et finalement, pas tout à fait. DC Comics semble s’être lancé dans une intense période de dégraissage. Du point de vue du personnel, l’entreprise s’est séparée de plusieurs collaborateurs et à entrepris une réorganisation structurelle. D’un point de vue de la production, DC a annulé des séries et semble réduire sa production. Superpouvoir fait le point sur les infos en notre possession et essaie de savoir où va DC Comics.

Des comics…

Au ComicsPRO, un congrès pour les libraires spécialisés, Dan Didio, le co-directeur de publication (avec Jim Lee), a précisé certains points. Il a bien confirmé que DC a réduit sa production de 10 à 15 %. Cependant, contrairement à ce qui avait été évoqué par certains sites d’informations, cette réduction n’est pas à venir, mais était déjà effective, notamment avec les annulations récentes de séries. Pour lui, le marché est malade de sa surproduction. L’idée est de ne plus noyer le marché par un trop grand nombre de titres, afin de ne pas diluer les bénéfices entre trop de titres.

Dan DiDio, co-directeur de publication de DC Comics

Dan DiDio, co-directeur de publication de DC Comics

La même politique sera appliqué sur les recueils. Il y aura donc moins de TPBs, sans que l’on sache comment cela va se traduire concrètement. Est-ce que certaines séries ne seront pas collectées ? Ou est-ce le patrimoine (la réédition de comics plus anciens) qui sera impacté ?

Il semble en tout cas que DC Comics veuille faire de la place pour des formats alternatifs, notamment les romans graphiques des collection DC Zoom et DC Ink et pour les productions du Black Label.

Les collections Zoom et Ink, destinées aux plus jeunes, vont d’ailleurs faire l’objet des deux numéro spéciaux pour le Free Comic Book Day, preuve s’il en est que DC croit fortement en eux. On pourra lire ainsi des extraits de Under the Moon: A Catwoman’s Tale de Lauren Myracle et Isaac Goodhart, Raven de Kami Garcia et Gabriel Picolo et Dear Justice League de Michael Northrop et Gustavo Duarte.

Couverture de DC Ink FCBD 2019 d'Isaac Goodhart (DC Comics)

Couverture de DC Ink FCBD 2019 d’Isaac Goodhart (DC Comics)

Et après quelques doutes, il semble que le Black Label reparte sur de bons rails puisque le premier numéro de Batman: Last Knight on Earth de Snyder et Capullo sortira en mai prochain. Là encore, on est loin du format habituel puisqu’il s’agira d’une mini-série en trois parties de 48 pages, sortant à un rythme bimestriel.

Couverture de Batman: Last Knight on Earth #1 de Greg Capullo (DC Comics)

Couverture de Batman: Last Knight on Earth #1 de Greg Capullo (DC Comics)

Toujours en ce qui concerne le Black Label, Dan Didio aurait pris sur lui l’entière responsabilité des retards pris sur Batman Damned #3, puisqu’il aurait demandé des changements concernant le contenu graphique de l’épisode. Depuis l’affaire du Bat-pénis, on sait que la direction de DC Comics marche sur des œufs avec la série d’Azzarello et Bermejo.

Autre format prometteur, les fameux 100-Page Giant qui, jusqu’ici, étaient distribués par la chaîne de magasin Walmart. Il semble que les retours soient suffisamment bons pour que DC envisage une généralisation de la diffusion de ces revues. Plus d’exclusivité chez Walmart, une distribution étendue, notamment chez les comic-shops (qui voyaient d’un mauvais œil cette concurrence), une plus large part de matériel inédit (on passerait de 12 actuellement à 48 pages), voilà vers quoi tendrait DC. Les sagas actuellement publiées dans les magazines Walmart (notamment celle de Tom King et Andy Kubert sur Superman) pourraient finir en graphic novel, tandis que les histoires les plus courtes se retrouveraient dans les nouveaux 100-Page Giant.

… et des hommes

Du côté organigramme, en plus de Mark Chiarello, John Cunningham et Eddie Scanell, on a appris aussi le départ de Bill Morrison, éditeur du magazine satirique Mad et de Jim « Ski » Sokoloswki, vice-président Magasins spécialisés et kiosques.

Cette vague de licenciements pourrait avoir plusieurs causes. Pour le dessinateur Ethan Van Sciver, fer de lance du Comicsgate, la raison s’appellerait Justice League. L’échec du film de Zack Snyder et Joss Whedon aurait plombé DC Entertainment au point de provoquer le départ de Diane Nelson, de Geoff Johns et de provoquer maintenant ce dégraissage.

Justice League

Le film Justice League a-t-il à ce point plombé DC Entertainment ?

Pour Heidi McDonald du site The Beat, cette vague de départs serait plutôt lié au rachat de Warner, la maison-mère de DC Comics, par le géant des télécoms, AT & T. Le mariage entre les deux groupes a été autorisé au mois de juin dernier et, même si les autorités anti-trust américaines ont fait appel de cette décision, la fusion a déjà bel et bien commencé. Warner Media a déjà commencé à faire le ménage, notamment en licenciant 10% des employés d’Otter Media, une des ses filiales, et fermant des plate-formes numériques comme DramaFever, SuperDeluxe, Machimina ou FilmStruck (mais qui, pour ce dernier, pourrait revenir sous une autre forme). « (…) Même si cela prendra des mois avant qu’ils tournent l’œil de Sauron vers DC Entertainment, pense McDonald, cela viendra assez vite. La division Consumer Products toute entière a été revue et corrigée par sa nouvelle patronne, Pam Lifford. Si DC a l’obligation de maîtriser les coûts, cela fait partie d’un plan plus vaste d’économies, puisque WBCP connait aussi des licenciements. »

Il n’y a cependant pas que des départs. Les éditeurs Marie Javins et Jim Chadwick se sont vus promus, tout comme Nancy Spears. Spears, qui était jusque-là vice-présidente des ventes digitales et livres de masse, devient vice-présidente des ventes tout court. Celle qui donc auparavant s’occupait des opérations comme les 100 Page Giant de Walmart chapeautera dorénavant tout le réseau de distribution de DC, dont le marché direct. Si ce n’est pas une profession de foi…

Nancy Spears, nouvelle vice-présidente des ventes

Nancy Spears, nouvelle vice-présidente des ventes

Réduction des coûts et élargissement du public, tels semblent être maintenant la stratégie de DC. Avec la fusion AT & T/Warner, il semble que les comptes soient scrutés à la loupe. Pas question donc de perdre de l’argent sur des séries qui ne se vendent pas. En revanche, DC croit beaucoup en la nécessité de renouveler le lectorat et explore de nouveaux formats, de nouvelles formes de distribution, se plaçant parfois en porte-a-faux avec son lectorat classique et ses partenaires historiques que sont les comic-shops.

Pour DC, la priorité n’est plus vraiment l’univers partagé. DC Ink, DC Zoom ou le Black Label se passent aisément de continuité, tout comme certains projets comme DCeased. Une volonté que l’on voit aussi se développée avec l’univers cinématographique. DC semble vouloir prendre le contre-pied de ce que fait son concurrent direct, Marvel, qui surfe toujours sur la popularité de son univers partagé, au cinéma comme sur papier, et qui inonde le marché de titres, avec des events à rallonge et une multitude de couvertures variantes. Au point qu’on peut se demander si DC n’attend tout simplement pas que son concurrent craque sous son propre poids.

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