Mark Waid

Mark Waid, le scénariste de Flash, Kingdom Come et Daredevil, fait actuellement l’objet de poursuites au civil. Le plaignant est un des leaders du mouvement ComicsGate qui fait couler beaucoup d’encre aux Etats-Unis.

C’est quoi, le ComicsGate ?

C’est un affrontement qui agite le monde des comic-books depuis plusieurs mois, essentiellement au travers des réseaux sociaux.  Fans, auteurs, éditeurs, chacun se positionne (parfois un peu forcé) dans cette bataille idéologique. D’un côté, les progressistes qui souhaitent que les comics suivent les évolutions de la société, notamment en terme de représentation de la mixité ou des minorités. De l’autre, les conservateurs réunis sous l’appellation ComicsGate. Ils défendent une conception des comics nostalgique, refusant tout changement  de statu quo dans leurs BDs. Souvent proches des milieux alt-right (la nouvelle droite extrémiste américaine), ils sont surtout persuadés qu’une certaine frange politique, marquée à gauche, se sert des comics pour promouvoir son idéologie. Ils les appellent les SJW (Social Justice Warriors) et  ils ne les aiment pas beaucoup.

Parmi ces « comicsgaters », il en est un particulièrement virulent. Si la chaîne YouTube de Richard Meyer se nomme Diversity and Comics (diversité et comics), ce n’est en rien pour promouvoir l’association des deux, bien au contraire. Meyer y déverse un flot ininterrompu d’admonestations et d’insultes envers ceux qu’ils considèrent comme la plaie des comics, à savoir tout ce qui n’est pas blanc mâle hétérosexuel et du même avis que lui. Faire la liste de ses cibles et de ses propos serait long et limite nauséeux, mais on peut tout de même citer ses attaques contre Heather Antos, éditrice chez Marvel qui, pour lui, ne doit son poste qu’à sa relation avec Jordan White ou bien encore contre Magdalene Vissagio qui a le malheur d’être en transition transgenre. Ce ne serait encore que les élucubrations d’un individu si l’homme n’avait pas une communauté extrêmement active, qui n’hésite pas à harceler ensuite ses cibles.

L’affaire Antartic Press

Une communauté qui s’est montrée également présente lorsque Richard Meyer a lancé un financement participatif pour pouvoir créer son propre comic-book, Jawbreakers. Si ce n’était pas la première fois qu’il tentait ce genre d’aventures, il a pu compter cette fois sur des noms connus. En effet, Jon Malin, dessinateur de Cable pour Marvel et Ethan Van Sciver, dessinateur de Green Lantern pour DC Comics, se sont associés au projet, tout auréolés de leur aura sulfureuse de « comicsgaters » qui les a conduits à devenir des personna non grata chez leurs éditeurs respectifs. Attiré par le succès de l’opération de financement, le petit éditeur indépendant  Antartic Press décide de publier le comic-book. Pour autant, une partie des libraires  sont circonspects devant le projet, appréciant peu les agissements de Meyer et de ses suiveurs. Sur des groupes Facebook professionnels, certains d’entre eux expriment leur souhait de ne pas mettre en vente Jawbreakers. Meyer n’hésite pas alors à livrer en pâture à sa communauté noms et adresses des boutiques qui refusent son bouquin. Aussitôt, les détaillants sont la cible d’une véritable cyber-persécution.

Cette offensive contre les libraires va gêner Antartic Press, qui apprécient moyennement qu’on s’attaque à ceux qui vendent ses produits. L’affaire va se corser lorsque le scénariste Mark Waid passe un coup de fil  à Antartic pour faire part de ses propres doutes sur la personnalité de Meyer. Waid, de par ses positions plutôt tolérante, est une des cibles favorite de Meyer, qui n’hesite pas à l’attaquer sur sa vie privée. Selon le scénariste, Ben Dunn, le patron d’Antartic, est quelqu’un de très occupé et peu au fait des réseaux sociaux.  Il s’est rendu alors compte de la personnalité sulfureuse de Meyer et qu’Antartic n’avait peut-être pas les épaules pour gérer la polémique.  L’éditeur annule donc le projet. Meyer annonce alors la création de Splatto, son propre label, afin de publier Jawbreakers.

Meyer poursuit Waid en justice

Le 19 septembre dernier, Meyer a décidé de poursuivre Mark Waid pour « interférence dommageable et diffamation ». Il estime que l’intervention  de Waid a provoqué l’arrêt de sa relation d’affaires avec Antartic Press et  a porté atteinte à sa réputation, ce qui lui a fermé les portes d’autres éditeurs. Il affirme en outre que la gestion de Splatto l’a empêché de répondre à d’autres opportunités. Son manque à gagner serait, selon lui, de 75 000 dollars. Pour se défendre, Mark Waid a choisi comme avocat Mark S. Zaid, un ténor du barreau de Washington. Celui-ci a déclaré : « Mark se défendra vigoureusement contre ces poursuites ridicules avec tous les moyens légaux à sa disposition, mais, en définitive, ses meilleurs alliés seront les faits. Les poursuites de M. Meyer ne feront que révéler sa véritable nature. Ironiquement, cette affaire ne fera qu’augmenter l’isolement professionnel que Mark aurait causé selon lui. »

En revanche, de son côté, Mark Waid a reçu le soutien de nombreux collègues. Il vient également d’être nommé directeur du développement créatif chez Humanoîds, aux cotés de John Cassaday. Autant de bonnes nouvelles qui devrait lui permettre d’attendre l’évolution de la procédure avec sérénité.

 

Source : Bleeding Cool,  Hollywood Reporter