Grâce, notamment, à l’arrivée du scénariste Dennis O’Neil et du dessinateur Neal Adams, Batman a subi une transformation profonde. Il est redevenu le justicier sérieux et solitaire qu’il était à ses débuts et efface les années kitschs qui ont précédées. La suite ne fera que confirmer ce nouvel état d’esprit.

LE NOUVEAU VISAGE DE GOTHAM

En 1973, National a récupéré les droits d’adaptation du Shadow, ce héros de pulps qui fit tant pour l’inspiration de Bill Finger. Denny O’Neil est chargé d’écrire la nouvelle série, illustrée par Mike Kaluta. Le scénariste, bien conscient des origines du Chevalier Noir, ne résiste pas à l’envie de les faire se rencontrer dans Batman #253 , permettant la promotion du nouveau titre. La même année, Batman et Robin retrouve les petits écrans avec le dessin animé Super Friends du studio Hanna-Barbera où ils font équipe avec Superman, Wonder Woman et Aquaman pour donner un coup de main aux apprentis détectives, Wendy et Marvin.

Couverture de Batman #253 par Mike Kaluta. Batman face à son ancêtre (DC Comics)

Toujours en 1973, Detective Comics et Batman passent tous les deux en bimestriels, sortant en alternance et affichant une pagination de 100 pages, largement remplies de rééditions. Si Batman reste toujours dirigé par Julius Schwartz, Detective Comics passe entre les mains d’Archie Goodwin, qui écrit une majorité des récits principaux consacrés à Batman et une histoire de complément consacrée au Manhunter, qui fera date. Comme à son habitude, Goodwin a le nez creux et s’entoure d’illustrateurs d’exception comme Sal Amendola, Howard Chaykin, Walter Simonson ou encore Alex Toth. L’expérience des 100 pages Super Spectacular dure seulement un an, au terme duquel Schwartz récupère les deux titres. Pourtant, National n’en a pas fini avec ce format à haute pagination puisqu’en 1975, la société lance le magazine Batman Family, plaqué sur le modèle de Superman Family, et qui permet, entre diverses rééditions, de s’intéresser à l’idylle naissante entre Robin et et Batgirl.

Couverture de Detective Comics #443 par Jim Aparo. Batman et Manhunter font équipe (DC Comics)

Avec ce nouveau titre, on essaie visiblement d’étendre l’entourage de Batman et d’autres tentatives voient le jour à la même période, comme une éphémère série consacrée au Joker (neuf numéros dû essentiellement à O’Neil, Elliot S! Maggin et Irv Novick) et une encore plus éphémère série Man-Bat (deux numéros supervisés par Gerry Conway).

Couverture de The Joker #1 par Irv Novick (DC Comics)

En 1976, Dennis O’Neil, toujours, apporte une nouvelle pierre au mythe. Dans Detective Comics #457, illustré par Dick Giordano, il revient sur le drame à l’origine de Batman, l’assassinat du couple Wayne. Un crime qui ne bouleversa pas seulement la vie de leur fils, mais aussi tout Gotham, qui surnomma l’endroit où ils sont morts Crime Alley. Surtout, on y fait la connaissance de Leslie Thompkins, qui recueillit le jeune Bruce juste après le drame et qui, bien des années plus tard, continue de travailler pour le bien de la communauté, cherchant à combattre la violence par son engagement humanitaire. Avec cet épisode, O’Neil continue le mouvement engagé depuis plusieurs années qui fait de Gotham une ville gangrenée par le crime et la violence.

Couverture de Detective Comics #457 par Dick Giordano (DC Comics)

En 1977, Batman et Robin sont doublement présents à la télévision, sur deux chaînes différentes. Sur ABC, HannaBarbera relance Super-Friends avec un nouveau programme intitulé The All-New Super Friends Hour. Exit Marvin et Wendy, ce sont dorénavant les jumeaux extra-terrestres Zan et Jayna qui servent de sidekicks à la Justice League. Sur CBS, le studio Filmation remet le couvert après le cartoon de 1968 et propose The New Adventures of Batman qui a la particularité d’avoir comme doubleurs Adam West et Burt Ward, les acteurs de la série live qui a cartonné onze ans auparavant.

Couverture de Super Friends #7 par Ramona Fradon et Bob Smith. Même dans l’adaptation comics, Marvin et Wendy doivent laisser leur place aux Wonder Twins (DC Comics).

En 77 toujours débarque le scénariste Steve Englehart, qui vient d’être arraché à Marvel après avoir impressionné son monde sur des titres comme Avengers, Defenders ou Captain America. Outre Justice League of America, il se voit confier Detective Comics au numéro 469 où il entame une saga au long cours qui courra jusqu’au 476. Batman y affronte un politicien magouilleur nommé Rupert Thorne, le psychologue fou Hugo Strange, le Pingouin, Deadshot ou encore le Joker. Il rencontrera également la belle Silver St Cloud, qui découvrira son identité secrète, ce qui mettra un terme à leur relation, au grand désarroi des deux protagonistes. Englehart sera épaulé à partir du 471 par le dessinateur Marshall Rogers qui livre des pages d’anthologie, sa formation d’architecte lui permettant également de donner vie et substance à Gotham City.

Couverture de Detective Comics #472 par Marshall Rogers et Terry Austin (DC Comics)

Avec ce run de huit numéros, tout comme O’Neil avant lui, Englehart importe chez DC ce qui faisait le succès de Marvel, à savoir des intrigues au long cours, à la limite du soap opera, avec des personnages bien caractérisés et une attention portée à la continuité. Une évolution qui s’établira durablement dans les années suivantes.

À suivre : Une touche de Marvel

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