Toute une génération d’auteurs (Miller, Moore, Morison) a ainsi su élever le niveau de la narration, faisant de Batman un moyen de parler de sujets plus adultes. Le personnage étend sa popularité, bien aidé en cela par la sortie du film Batman de Tim Burton.

Batdance !

Ce film aura pourtant eu une longue histoire de développement puisque les producteurs Benjamin Melniker et Michael Uslan possédaient les droits cinématographiques depuis 1979. Rejoints par un autre duo de producteurs, Jon Peters et Peter Guber, ils firent le tour d’Hollywood,mais ne trouvèrent que portes closes. Pour nombre de studios, Batman ne se résumait qu’à la série de 1966. Seul Warner accepta de s’associer pour commencer une production annoncée dès 1980, mais qui s’étalera sur des années, d’écriture en réécriture de scénario. Michael Uslan s’essaya à l’exercice, mais ce fut le script du plus expérimenté Tom Mankiewicz (Superman: The Movie) qui servit de base au projet. S’inspirant de la volée d’épisodes de Steve Englehart et Marshall Rogers, Mankiewicz y fait intervenir le Joker, Rupert Thorne et Silver St Cloud, tout en introduisant Robin. Quelques réalisateurs sont alors attachés au projet, dont Ivan Reitman et Joe Dante, mais les multiples ré-écritures repoussent d’autant le lancement du tournage.

Finalement, après le succès de Pee Wee’s Big Adventure, Warner confie le bébé au prometteur Tim Burton. Celui-ci, peu fan de comic-books, est pourtant impressionné par le changement de ton radical qu’ont opéré Miller et Moore dans Dark Knight Returns et Killing Joke et souhaite orienter le film dans cette direction. Il place sa petite amie de l’époque, Julia Hickson, comme scénariste. Elle va travailler avec Steve Englehart qui a ainsi l’occasion d’adapter lui-même son travail pour le grand écran. Le traitement plaît à Warner, et le scénariste Sam Hamm est engagé pour écrire le script définitif. Il finira par évacuer Robin et le Pingouin tandis que Silver St Cloud et Rupert Thorne sont remplacés par Vicky Vale et Carl Grissom.

L’affiche du film

Après avoir fini Beetlejuice, Burton attaqua le tournage du film dans les studios de Pinewood, en Angleterre et emmena avec lui Michael Keaton pour le rôle de Batman, ce qui causa la colère de nombreux fans, trop habitués à voir Keaton dans des rôles comiques. Jack Nicholson, choisi pour être le Joker, était en fait la véritable star du film, s’arrogeant le plus gros salaire, des participations aux bénéfices et les meilleures conditions de tournages. Kim Basinger est appelée à la rescousse pour jouée Vicky Vale après la défection de Sean Young, tandis que le très anglais Michael Gough endosse le costume d’Alfred. Billy Dee Williams est choisi pour incarner Harvey Dent, Burton voulant jouer sur la dichotomie blanc/noir pour une éventuelle future apparition de Double-Face. Estimé à 15 millions au début des années 80, le budget du film finit à un impressionnant (pour l’époque) 45 millions de dollars. Burton, aidé par le designer Anton Furst, met en scène d’impressionnants décors gothiques, tandis que le chanteur Prince est engagé pour mâtiner le long-métrage de ses chansons pop pour accompagner la bande originale orchestrale de Danny Elfman.

Michael Keaton sous le costume de Batman, Jack Nicholson sous le maquillage du Joker et, sous la tignasse, Tim Burton.

Le 23 juin 1989, le film sort, provoquant une nouvelle Batmania. Une large gamme de merchandising est en effet mis en place, mené par l’album de Prince et les spectateurs plongent dans l’univers à la fois gothique et de film noir, rejetant au loin l’ancienne conception camp du personnage. Pour les comic-books, la locomotive est énorme. Une adaptation en BD du film par Dennis O’Neil et Jerry Ordway est proposée par DC Comics, tandis qu’un nouveau strip de presse est mis en place dans les quotidiens, écrit par Max Allan Collins et William Messner-Loebs et dessiné par Marshall Rogers et Carmine Infantino. Sam Hamm gagne même le droit d’écrire trois épisodes de Detective Comics (“Blind Justice”, #598 à 600).

Couverture de Batman : The Official Movie Adaptation par Jerry Ordway (DC Comics).

DC ne s’arrête cependant pas là. Une nouvelle série régulière est lancée en novembre 1989, Batman: Legends of the Dark Knight. Conçue sur un modèle anthologique, chaque arche narrative (tirée du passé de Batman) est confiée à des auteurs différents. Ainsi, Dennis O’Neil et Ed Hannigan signent la première saga, “Shaman”, dans LOTDK #1-5, Grant Morrison revient, avec le dessinateur Klaus Janson, pour « Gothic » (LOTDK #6-10) et Doug Moench et Paul Gulacy racontent la première aventure de Batman et Catwoman dans « Prey » (LOTDK #11-15), et ainsi de suite.

Couverture de Batman: Legends of the Dark Knight #6 par Klaus Janson (DC Comics)

Toute une série d’albums spéciaux vont aussi être mis en branle, parmi lesquels on peut citer Batman: Bride of the Demon et Batman: Birth of the Demon, qui sont des suites de Son of the Demon, mais aussi Batman: Digital JusticePepe Moreno tente l’expérience du dessin par ordinateur ou encore Batman 3-D par John Byrne. Batman : Holy Terror d’Alan Brennert et Norm Breyfogle inaugure officiellement la collection Elseworlds qui présente des versions alternatives des super-héros DC, à la manière de Gotham by Gaslight. On y trouvera aussi la trilogie du Batman Vampire par Doug Moench et Kelley Jones.

Entre les œuvres plus adultes et le film de Burton, on peut véritablement daté la popularité actuelle de Batman qui ne s’est littéralement plus démentie depuis cette fin des années 80. Et ce succès va amener à une véritable extension de l’univers batmanien.

À suivre : La chute du chevalier

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