N’hésitant pas à bluffer face à Jack Liebowitz, Bob Kane s’est imposé comme le seul interlocuteur de DC Comics concernant Batman. Il a obtenu un droit de veto sur les droits de Batman ainsi qu’un tarif par page bien plus élevé, tout cela alors qu’il ne touche plus aux crayons qu’avec parcimonie. Durant les années 50, son équipe d’artistes et lui étendent l’univers de Batman, créant de nombreux personnages, aussi bien des vilains que des alliés. La censure de plus en plus présente oblige à drastiquement faire évoluer l’ambiance des séries Batman, qui deviennent beaucoup plus enfantines et science-fictives.

Le Batman Nouveau est arrivé

Fin 1961, les comic-books National Periodical (futur DC) augmentent de 10 à 12 cents. Cette augmentation – la première depuis la création des comic-books – impactent fortement les ventes de nombreux titres, dont ceux de Batman. La théorie principale est que la baisse est telle que les séries Batman se retrouvent finalement sur la sellette. Irwin Donenfeld (le fils du fondateur Harry Donnenfeld est devenu vice-président exécutif depuis 1958) informe Bob Kane de la menace qui plane sur le personnage. Si la barre n’est pas redressée, National  Periodical ne publiera plus ses aventures. Effrayé par la possibilité de voir sa creation disparaître, Kane accepte de revoir son contrat à la baisse et de se mettre en retrait, permettant la modernisation du héros. Donenfeld se sépare alors de l’éditeur Jack Schiff, responsable de la franchise depuis le début des années 40, et donne pour mission à l’éditeur Julius Schwartz de repenser le Chevalier Noir. Depuis 1956, celui-ci a effectué avec succès une refonte de héros du Golden Age comme Flash et Green Lantern, et la création de la Justice League of America. Avec l’aide du scénariste John Broome et du dessinateur Carmine Infantino, il repense le look de Batman : la cape gagne en souplesse et la poitrine arbore un logo dans un ovale jaune. Le graphisme lourdaud de Bob Kane est ainsi oublié. Ce Batman New Look fait son apparition dans le numéro 327 de Detective Comics en mai 1964. À cette occasion, la bande de complément habituelle, consacrée au Martian Manhunter (Limier Martien), cède sa place au détective malléable, Elongated Man (Extensiman). Finie la SF, les menaces colorées et les décors gigantesques, place à des intrigues policières plus terre-à-terre. Le mois suivant, c’est au tour de la série Batman de subir le même traitement. Pour certains commentateurs, les titres Batman n’étaient pas si en danger que ça et ce fut surtout un moyen de pression pour évacuer la tutelle immobiliste de Kane.

Couverture de Detective Comics #327 par Carmine Infantino (DC Comics)

Autre gros changement, Robin grandit enfin et commence à prendre ses distances avec Batman. En juillet 1964, dans Brave and the Bold #54 de Bob Haney et Bruno Premiani, il s’associe avec d’autres assistants de super-héros, Kid Flash, et Aqualad, pour former les Teen Titans, gagnant ainsi un peu d’indépendance vis-à-vis de son mentor. Après des apparitions dans Brave and the Bold #60 et Showcase #59, les Teen Titans obtiennent leur propre série régulière en janvier 1966. Une série qui durera 43 numéros jusqu’en 1973.

Couverture de The Brave and the Bold #54 par Bruno Premiani (DC Comics).

Dans Brave and the Bold #59 de mai 1965, Haney et Ramona Fradon propose un team-up entre Batman et Green Lantern. Suivra une nouvelle aventure où Batman fait équipe avec Eclipso dans le numéro 64. Enfin, dans le numéro #67 d’août 1966 débute la longue série où Batman fait invariablement équipe chaque mois avec un nouveau héros. Il faut dire qu’entre temps, une certaine série TV a rendu le Chevalier Noir particulièrement populaire.

Couverture de The Brave and the Bold #67 par Carmine Infantino et Joe Giella (DC Comics).

 

À suivre : La Batmania !

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