Suite de notre série d’articles sur l’immense carrière de Batman. Après avoir raconté sa création, il est temps d’évoquer la naissance de tout ce qui constituera l’univers du Chevalier Noir durant ce 80 ans : Robin, Catwoman, le Joker ou encore Gotham !

Bienvenue à Gotham

Si Finger écrit les deux premiers épisodes, il laisse ensuite sa place par intermittence. Il faut dire qu’il aime faire des recherches poussées pour chaque script qu’il écrit, ce qui le retarde régulièrement. Gardner Fox, jeune scénariste qui préféra l’écriture à une carrière d’avocat, va grandement contribuer à façonner le nouveau personnage. Il lui apporte ses premiers ennemis récurrents (Docteur Mort et le Moine), invente une fiancée à Bruce Wayne, Julie Madison, et introduit les premiers gadgets qui vont garnir la ceinture du héros. C’est également sous son règne qu’est abandonné le tiret et que Bat-Man devient définitivement Batman.

Dans Detective Comics #32, il fait utiliser à Batman un pistolet contre un vampire. Sa détestation des armes n’est pas encore établie car ses origines n’ont toujours pas été décrites. Il faudra attendre le numéro 33 pour que Finger et Kane racontent son histoire. Celle d’un jeune garçon qui voit ses parents mourir sous ses yeux, tué par un bandit, et qui jure de consacrer sa vie à lutter contre les criminels. Il étudie la science et s’entraîne physiquement. Lorsqu’une chauve-souris entre par la fenêtre, il décide d’utiliser cet animal pour effrayer les criminels “lâches et superstitieux”.

Detective Comics #27

Couverture de Detective Comics #27 par Bob Kane

Fatigué des bulles pensées, Finger parle à Kane de son désir de donner un jeune partenaire avec qui Batman pourrait dialoguer et qui permettrait aux plus jeunes lecteurs de s’identifier. Marqué par sa lecture de Robin des Bois, il donne ce nom au personnage que Kane créé. Celui-ci fait son apparition dans le numéro 38 de Detective Comics. Dick Grayson, jeune voltigeur de cirque, voit lui aussi ses parents assassinés sous ses yeux. Impressionné par son courage, Batman décide de recueillir le jeune orphelin et de l’entraîner pour devenir Robin.

Cette arrivée correspond également avec celle de Whitney Ellsworth au siège éditorial de Sullivan. Comme pour Superman, Ellsworth va grandement contribuer à adoucir l’ambiance de la bande, imposant un code moral plus strict. La série va devenir plus souriante, plus super-heroique. Le héros abandonne l’étui à pistolet et gagne une carrure  à la Superman.

Detective Comics #38

Couverture de Detective Comics #38 par Bob Kane

Avec la popularité grandissante de Batman, il est décidé de reproduire la recette de Superman et de lui attribuer une revue à son nom. Au printemps 1940, la revue Batman est lancée, avec un numéro 1 regroupant des histoires normalement prévues pour Detective Comics. Si Kane pouvait compter sur l’aide de Sheldon Moldoff pour continuer à produire, il a aussi bien heureusement engager d’autres assistants pour l’aider à livrer ses planches : Jerry Robinson s’attelle ainsi à l’encrage tandis que George Roussos s’occupe des décors et du lettrage.

C’est Robinson qui suggéra la création du Joker en amenant une carte à jouer à leur studio de travail. Sur la suggestion de Finger, Kane se basa sur le visage de l’acteur Conrad Veidt dans le film L’Homme qui rit pour dépeindre ce nouveau vilain. Une création collective qui fera l’objet de maints débats postérieurs, Kane et Robinson tirant chacun la couverture à eux. Le Joker fit en tout cas tellement bonne impression à Whitney Ellsworth qu’alors qu’il était censé mourir, la dernière case fut modifiée pour permettre son retour dans les numéros suivants.

Batman #1

Couverture de Batman #1 par Bob Kane

Autre personnage majeur à faire son apparition dans le premier numéro de Batman: The Cat. La cambrioleuse sexy qui deviendra Catwoman rentre ainsi dans la vie de Batman, démarrant une longue existence d’amour-haine. À la fin de l’année 1940, dans Batman #4, Finger complète le tableau et nomme pour la première fois la ville dans laquelle opère Batman. Gotham City rentre dans l’histoire.

On le constate, l’apport de Bill Finger fut décisif dans l’élaboration du Batman tel que nous le connaissons. Bob Kane revendiquera pourtant pendant longtemps la paternité exclusive du personnage. Le premier numéro de Batman comportera d’ailleurs un article sur lui où il est considéré comme le seul créateur du justicier. Pendant des années, l’unique crédit qui apparaitra sur les bandes sera sa propre signature, passant sous silence le travail de son  studio. Si la pratique était courante à l’époque, il sera par la suite souvent reproché à Kane de s’être très bien satisfait de cette situation, n’hésitant pas à manigancer pour garder son statut d’unique créateur.

À suivre : Les longues années Bob Kane

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