Amorcée par Steve Englehart, l’évolution des séries Batman continuent sous l’impulsion de scénaristes Marvel qui importent leurs recettes : des intrigues s’étalant sur plusieurs numéros, lorgnant vers le soap opera et ne s’interdisant pas l’évolution des personnages. Dick Grayson quitte ainsi la défroque de Robin pour celle de Nightwing, tandis que le jeune Jason Todd s’impose comme le nouvel assistant de Batman. Un autre talent qui s’est épanoui chez Marvel va cependant encore plus élever le niveau de la narration des aventures du Dark Knight.

MILLER, MOORE, MORRISON

Arrivé au numéro 400 de la revue Batman en 1986, c’est l’occasion d’un numéro spécial où se côtoient la fine fleur artistique de l’époque (dont notamment l’auteur Stephen King qui se fend d’une introduction). C’est aussi l’occasion pour Dennis O’Neil de prendre les commandes éditoriales, après avoir écrit de nombreuses histoires marquantes durant les années 70. Il aura passé la première moitié des années 80 comme éditeur chez Marvel et il amène avec lui une arme secrète. En effet, à son arrivée chez Marvel, O’Neil avait bombardé le jeune Frank Miller scénariste de la série Daredevil qu’il dessinait déjà depuis plusieurs mois. Une marque de confiance qui fit de Miller une star, puisqu’il révolutionna de fond en comble l’univers du super-héros aveugle. De retour chez DC, O’Neil est donc le mieux placé pour attirer le prodige, déjà mis dans de bonnes dispositions après qu’on lui ait laissé la possibilité de faire aboutir un projet plus personnel, Ronin.

Couverture de Batman #400 par Bill Sienkiewicz (DC Comics).

Miller se lance donc dans la production de The Dark Knight Returns, avec son compère Klaus Janson à l’encrage et sa compagne Lynn Varley aux couleurs. Pour son arrivée sur Batman, il choisit de s’intéresser par la fin en présentant un futur décrépi et déprimant où un Bruce Wayne vieillissant a raccroché la cape après avoir perdu Jason Todd. Il devra pourtant reprendre son costume alors que la violence et la criminalité ne fontqu’augmenter. Publié en quatre parties dans un format luxueux, DKR fait tout de suite mouche, par son graphisme,, qui n’hésite pas à renouveler les codes, autant que par son écriture, qui bouscule les personnages ou part sur une critique politique et sociale. Pour beaucoup, DKR, tout comme Watchmen qui paraît à la même époque, est le signe que le genre super-héroïque est arrivé à maturité.

Extrait de Batman: The Dark Knight Returns #2 par Frank Miller , Klaus Janson et Lynn Varley (DC Comics).

Miller ne s’arrête pas là et enchaîne avec « Batman : Year One », où, après le futur, il s’attaque aux débuts du héros de Gotham. Dessinés par David Mazzuchelli, ces quatre épisodes reviennent sur la première année de service du Batman et sont publiés au sein de la série Batman (#404 à 405), popularisant le format de la saga autonome au sein d’une série mensuelle, facilement rééditable en recueil. Suivront « Year Two » (Detective Comics #575-578), « Ten Nights of the Beast » (Batman #417-420), ou bien encore « Death in the Family » (Batman #426-429), une arche narrative particulière puisqu’elle donnait la possibilité, par le biais de numéros de téléphone, de décider de la vie ou de la mort de Jason Todd, le nouveau Robin. Le personnage était en effet devenu très impopulaire parmi les lecteurs, et même pour certains scénaristes dont Jim Starlin, le scénariste de Batman. Au final, le sondage décide, de peu, de la mort du personnage sous les coups du Joker. Du côté de Detective Comics, alors que le dessinateur Norm Breyfogle bouleverse la façon de représenter graphiquement le Dark Knight, arrivent deux scénaristes anglais, John Wagner (créateur de Judge Dredd) et Alan Grant, qui viennent grossir les rangs de la fameuse « invasion britannique ».

Couverture de Batman #428 par Mike Mignola (DC Comics).

Cependant, si il y a bien des anglais qui marqueront le Batman de cette fin de décennie, ce sont bien Alan Moore, Brian Bolland, Grant Morrison et Dave McKean. Les deux premiers seront à l’origine de Batman : The Killing Joke, un album qui s’intéresse au Joker, à sa folie et à sa relation ambivalente avec Batman, avec une acuité et une ironie sans égal. Ce one-shot aura également une grande importance puisque Barbara Gordon, alias Batgirl, y devient paraplégique sous le tir d’un Joker, prêt à tout pour démontrer que les lois et la justice ne sont que des illusions. Grant Morrison traite lui aussi de la folie du monde gothamien, mais de manière plus générale avec Batman: Arkham Asylum. Sous les expérimentations graphiques de Dave McKean, Morrison y montre à quel point la ligne est tenue entre Batman et ses ennemis, qu’il suffirait d’un rien pour que le héros bascule.

Couverture de Batman: The Killing Joke par Brian Bolland (DC Comics).

Avec Dark Knight Returns, Miller a donc initié tout une série de projets de prestige qui ont permis de faire bouger les lignes, autant pour le personnage que pour le genre super-héroïque. Outre Killing Joke et Arkam Asylum, on peut ajouter également Batman : The Cult, par Jim Starlin et Bernie Wrightson, Batman: Gotham by Gaslight, où Brian Augustyn et Mike Mignola livre une variation victorienne du détective face à Jack l’Éventreur, mais aussi Batman: Son of the Demon, de Mike Barr et Jerry Bingham, où Batman et Talia se rapprochent au point qu’elle donnera naissance à un bébé dont elle cachera l’existence au détective et le fera adopter. Un point qui sera glissé sous le boisseau durant de nombreuses années.

Couverture de Batman: The Cult #3 par Bernie Wrightson (DC Comics).

Tous ces projets bénéficient en outre d’une nouvelle batmania initiée en 1989 par le premier film de Tim Burton.

À suivre : Batdance !

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