Un autre grand nom des comic-books nous a quitté, un peu plus inattendu, et qui rend Batman orphelin d’un de ses dessinateurs les plus marquants : Norm Breyfogle.

Les débuts

Norman Keith Breyfogle est né le 27 février 1960 à Iowa City, Iowa. Il commença à dessiner sérieusement dès l’age de douze ans. Au lycée, il produit Tech-Team, un comic-book à destination de l‘Université Technologique du Michigan, où sa famille a déménagé entre-temps.

Toujours en amateur, il enverra un nouveau design de Robin, qui sera publié dans Batman Family #13 (1977). Il entrera à l’Université du Nord du Michigan où il étudiera la peinture et l’illustration. Il partira ensuite pour la Californie où il travaillera essentiellement comme dessinateur technique, notamment dans le domaine des navettes spatiales.

Norm Breyfogle

En 1985, au San Diego Con Art Show, son travail tape dans l’œil de Mike Friedrich, scénariste de comics, mais aussi agent d’artistes. Grâce à ce dernier, Breyfogle commence une carrière professionnelle dans la BD.

Il commence par dessiner « Bob Violence« , une série de back-ups dans American Flagg chez First Comics. Il participera également à Tales of Terror pour Eclipse Comics et composera un épisode de Captain America pour Marvel Fanfare. En 1986, il signe sa première série régulière, Whisper, pour First.

Whisper, un des premiers travaux BD de Breyfogle et déjà un art consommé de l’ombre et du drapé (Breyfogle, First Comics)

Marqué par la chauve-souris

En 1987, il entame une longue collaboration avec Batman et avec le scénariste écossais Alan Grant. D’abord dans Detective Comics (de 1987 à 1990), puis dans Batman (1990-1992). Une troisième série, Batman: Shadow of the Bat (1992-1993), sera même lancée sur leurs noms.

Il faut dire que leur duo marquera durablement le Chevalier Noir de Gotham. Ils co-créeront de nombreux personnages comme  Ratcatcher, le Ventriloquiste ou bien encore Mr. Zsasz. Grant et Breyfogle créeront également Anarky, avec l’objectif d’en faire un nouveau Robin. En effet, après la mort de Jason Todd, la place était libre. C’est finalement Tim Drake qui occupera le poste et Breyfogle assurera la première apparition du nouveau Robin dans Batman #457.

La première apparition du 3éme Robin, Tim Drake, dans Batman #457 (Breyfogle/Mitchell, DC Comics)

La première apparition du troisième Robin, Tim Drake, dans Batman #457 (Breyfogle/Mitchell, DC Comics)

Visuellement, Breyfogle impose une vision « bigger than life » de Batman, tout en silhouette noire et/ou en cape démesurée.  A bien des égards, le travail de rénovation graphique de Breyfogle sur Batman se rapproche de celui de Todd McFarlane sur Spider-Man à la même époque. Même après son départ des titres Batman, il restera lié au héros.

Il signera de nombreux projets parallèles comme Batman: Holy Terror (premier album de DC Comics à porter l’estampille Elseworlds), Batman: Birth of the Demon ou le diptyque Batman: The Abduction/Batman: Dreamland. Et lorsque DC veut rendre hommage aux différentes décennies de Batman dans DC Retroactive, c’est à lui que l’on confie les années 90.

Detective Comics #610. Breyfogle a contribué à moderniser la vision du Caped Crusader à l’orée des années 90 (Breyfogle, DC Comics)

Une fin de carrière en demi-teinte

Pour autant, Breyfogle ne s’est pas cantonné à Batman. Il participe au lancement de l’Ultraverse chez l’éditeur Malibu. Il est ainsi le premier dessinateur de la nouvelle série Prime, créée par Gerard Jones et Len Strazewski. Il se lancera également dans le grand bain du creator-owned avec Metaphysique. Une série qui ne comptera que six numéros qu’il scénarisera, dessinera et encrera, toujours pour Malibu.

À la fin des années 90, il reviendra  travailler pour DC Comics, notamment sur Flash, Superman ou Lobo. Il passera également par Marvel Comics, signant quelques annuals et une mini-série Hellcat. Au début des années 2000, il se retrouve sans boulot régulier et doit vendre sa maison en Californie pour revenir dans le Michigan. Il se sépare alors de Mike Friedrich, son agent, et commence à travailler sur un projet de roman. DC lui attribue alors la série The Spectre à partir du numéro 15, qu’il mènera jusqu’à son annulation au 27.

Prime ou la version nineties de Shazam (Breyfogle, Malibu Comics)

Il participera ensuite à plusieurs projets chez des éditeurs plus confidentiels comme Black Tide chez Angel Gate Press ou Of Bitter Souls chez Speakeasy. Il se lance également dans l’écriture de poèmes et de nouvelles, et effectue divers jobs d’illustrations. Il passera aussi par la case Archie Comics. Il reviendra brièvement chez DC (Batman Beyond) avant de connaître un drame personnel.

A l’épreuve des années 2000. Of Bitter Souls #2 (Breyfogle, Speakeasy Comics)

En 2014, il subit un AVC qui le laisse paralysé du côté gauche. Gaucher, ça le met dans l’impossibilité de dessiner et de gagner sa vie. Son frère Kevin et sa belle-sœur lanceront alors un financement en ligne pour couvrir ses frais médicaux.  L’affaire sera représentative de la précarité dans laquelle les artistes freelances sont parfois placés par manque d’assurance maladie.

Handicapé depuis lors, Breyfogle n’a jamais pu redessiner. Il nous a quitté le 24 septembre dernier, à l’age de 58 ans, sans véritable précision sur les causes de son décès. Il laisse en tout cas une œuvre forte et personnelle, pleine de caractère.  La preuve d’un véritable créateur.

Norm Breyfogle par Michael Netzer (2010).

Norm Breyfogle par Michael Netzer (2010).

Sources : Norm Breyfogle, Bleeding Cool

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