Le Comics Code est une notion à part entière de l’histoire des comics. S’il est désormais abandonné, il a néanmoins été (plus ou moins) appliqué durant de nombreuses décennies chez tous les éditeurs mainstream. La rédaction de Superpouvoir vous propose via une longue série d’articles de revenir sur cette histoire aux rebondissements multiples. Après les polémiques engendrées par des comics devenus plus violents, nous allons voir comment les maisons d’édition vont réagir, avant de tout mettre par terre.

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Un premier code avorté

Si les comics ne peuvent pas (en vertu du premier amendement de la constitution américaine relatif à la liberté d'expression) être interdits aux Etats-Unis, tout cet afflux de mauvaise presse va inciter les compagnies à réagir. Quelques éditeurs se regroupent et fondent en 1947 l'Association of Comics Magazine Publishers (ACMP) qui propose un code d'autorégulation drastique dans lequel les comics ne devront plus montrer aucune glorification du crime. Les scènes de sexe sont interdites, de même que les jurons ou pire…le divorce !

Sur le papier l'idée est convaincante : tous les comics publiés par les compagnies appartenant à l'association doivent être vérifiés et approuvés par des membres de la commission, ce qui assure de fait leur moralité et leur "bon goût". Mais les choses sont en réalité bien différentes quant à leur mise en application. Le système perd en effet de sa crédibilité dès sa conception puisque ni Dell, ni Fawcett ni National (qui représentent à eux trois près de la totalité du marché) ne veulent y adhérer. Les trois parties invoquent pour se justifier un code interne quasiment similaire à ce que propose l'Association qui assure déjà la bonne moralité de leurs publications. Elles n'ont en réalité aucune envie de s'asseoir à côté d'éditeurs comme Lev Gleason à la réputation trop sulfureuse et qui pourraient nuire à leur image. Cette association qui voulait réglementer les comics se retrouve donc totalement marginalisée. De plus, ses membres se rendent compte au bout de quelques mois qu'ils ne disposent pas des ressources financières et matérielles nécessaires pour contrôler chaque publication, dont beaucoup sont alors ignorées. L'ACMP n’impactant finalement presque rien au niveau du contenu des comics qu'il doit superviser, Wertham juge les règlements de cette association totalement inapplicables et ne se prive d’ailleurs pas de dénoncer à qui veut l'entendre son inefficacité. Il propose de nouveau un texte de loi visant à interdire certaines revues, texte qui sera refusé par les juges en vertu du premier amendement. Si les actions de l'ACMP sont finalement dérisoires et ne changent pratiquement rien, elles permettent tout de même de faire retomber la pression des journalistes sur les éditeurs de comic books. L'orage est passé et la plupart des compagnies reprennent leurs activités comme si de rien n'était.

Création du Comics Code

Bill Gaines

L’histoire tragique de la famille Gaines

C'est ironiquement Entertainment Comics (EC), la compagnie crée par Charlie Gaines, un ancien éditeur de DC Comics qui avait quitté la compagnie pour proposer au départ des comics tout public et plus intelligents que la moyenne, qui relance la polémique quelques années plus tard. Par ses actions, elle va laisser cette fois-ci la moitié des éditeurs de comic books sur le carreau.

Le destin de la famille Gaines prend un tour tragique en aout 1947 lorsque Charlie, comme tout bon chef d'entreprise aisé qui se respecte, décide d'emmener ses amis faire un tour en bateau sur Lake Placid. Lors de la balade, son embarcation est violemment heurtée par un autre bateau et Gaines, tout en ayant préalablement pris soin des enfants de ses amis en les mettant à l'abri, perd la vie sous la violence du choc. L'industrie du comic book vient de perdre l'un de ses principaux créateurs, celui qui avait eu l'idée de plier en quatre les pages d'un tabloïd et ainsi crée le format officiel des comics. C'est aussi lui qui a participé, de loin, à la création de Superman. Gaines ayant disparu, la compagnie n'a plus de président à sa tête et se retrouve sans direction commerciale : tous les regards se tournent alors vers Bill, le fils de Charlie, âgé de 25 ans. Bill (qui avait servi de souffre-douleur chez All American en tant qu'assistant de son père frustré) ne garde pourtant pas un très bon souvenir de l'industrie des comics et ne souhaite pas s’investir. Il prépare en effet une carrière de professeur de chimie et ne désire absolument pas prendre la tête d'EC. Sa première idée lorsqu'il rencontre Sol Cohen (le manager de la compagnie) est tout d'abord de vendre la firme en bloc mais il doit se rendre à l'évidence : se débarrasser de la compagnie est impossible !

EC est en effet au bord du gouffre  : les ventes ne décollent pas et il y a un trou de plus de 100 000 $ dans la caisse, ce qui écarte l'intervention de tout repreneur. À force d’arguments, Cohen réussit tout de même à convaincre Bill d'assurer la transition en attendant un rétablissement des ventes et des comptes. Les deux hommes en arrivent à la conclusion qu'il faut changer totalement de voie et rajeunir tout le staff d'EC, persuadés que seule une ligne éditoriale percutante et ambitieuse peut sortir la compagnie de son marasme financier. Ils embauchent donc Al Feldstein, 22 ans, et Johnny Craig, 21 ans, en tant qu'éditeurs et têtes pensantes de la nouvelle direction qui se prépare.

Comics Code

Anthologie EC Comics, Taschen

Et ça va secouer fort ! C’est ce que nous aborderons dans notre cinquième partie : les comics EC !

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