Le Comics Code est une notion à part entière de l’histoire des comics. S’il est désormais abandonné, il a néanmoins été (plus ou moins) appliqué durant de nombreuses décennies chez tous les éditeurs mainstream. La rédaction de Superpouvoir vous propose via une longue série d’articles de revenir sur cette histoire aux rebondissements multiples. Lors de la précédente partie, nous vous avons dévoilé le Comics Code dans son intégralité. Intéressons-nous désormais à ses mesures les plus emblématiques.

Épisodes précédents :

Les Crime Comics en ligne de mire

La partie A rédigée de manière plutôt neutre est, si on lit en les lignes, spécialement destinée aux revues de Crime Comics. Si l'on peut tout à fait s'attendre à y trouver des articles indiquant qu'il n'y aura pas de violence extrême ni de crimes sanglants, horribles ou de scènes de torture (Partie A, Article 7) ou encore que les crimes ne sont jamais présentés de façon à leur donner une justification ou les crimes ne peuvent pas donner une image négative des forces de l'ordre ou des représentants de la loi (Partie A, Articles 1-3), certains remettent directement en question la publication de ce type de revues. L'Article 2 de la Partie A est à ce titre très révélateur du double discours de la commission puisque derrière une construction somme toute assez théorique (les détails et les méthodes utilisées pour un crime ne doivent jamais être dévoilés), il empêche de fait le moindre scénario consacré à une enquête criminelle. Comment publier un Crime Comics si l'on n'a plus le droit de révéler dans son récit les évènements liés à une enquête et les détails d'un meurtre ? Les Articles 11 et 12 finissent d'enfoncer le clou puisqu'ils annoncent que non seulement le mot crime sur la couverture d'un magazine ne doit pas excéder en taille les autres mots du titre et ne peut apparaître seul en couverture mais qu'en plus la présence du mot crime dans les titres et les sous-titres doit être utilisée de façon modérée.

Cette partie apparaît donc comme une manière détournée d'éradiquer totalement le genre des comics de crime sous prétexte de limiter les excès qui lui sont imputés. Elle vide le contenu des scenarii en ne laissant que la possibilité de faire des histoires de gangsters génériques et passe-partout.

Une page dessinée avant le Comics Code et republiée ensuite (Image : © Marvel Comics)

Une page dessinée avant le Comics Code et republiée ensuite (Image : © Marvel Comics)

La mise à mort des comics d’horreur

C'est aussi le cas de la partie B du Code de contenu éditorial, qui pousse encore un peu plus loin les limitations du medium et qui condamne définitivement à mort les comics d'horreur.

Encore une fois, derrière des articles généraux et très consensuels comme aucune scène horrible ou excessivement sanglante n'est autorisée, de même que le sadisme, la luxure, le masochisme ou toute illustration malsaine et horrible (Partie B, Articles 2-3) se cachent de véritables bombes comme l'Article 1 qui interdit purement et simplement l'utilisation des mots "horror" ou "terror" dans le titre de la revue ou encore l'Article 5 qui interdit systématiquement toute histoire mettant en scène des morts vivants, des goules, des cannibales, des loups-garous ainsi que tous les objets qui peuvent leur être associés !  Autant dire qu'à part l'utilisation d'extraterrestres (qui bizarrement ne sont pas mentionnés et qui prouve que le public de l'époque n'est absolument pas concerné par la science-fiction), il n'y a plus vraiment de possibilité de produire un comic book d'horreur. On peut d'ailleurs se demander si cette partie B, qui condamne de fait la totalité du catalogue EC n'est pas une sorte de vengeance des autres éditeurs envers l'attitude de Gaines lors des auditions de la commission Kefauver. C'est finalement un bon moyen d'éliminer un concurrent qui, s'il n'est pas dangereux en terme de ventes, est reconnu pour la qualité de ses publications et donne aux comic books une réputation plus que sulfureuse.

En dépit de leur caractère restrictif, on peut néanmoins comprendre l'existence de ces deux parties qui répondent aux polémiques suscitées dans l'opinion par certains comics. Si les contraintes sont terribles pour Gleason, EC ou les autres éditeurs moins connus, cela ne change pourtant pas foncièrement la donne en ce qui concerne les grandes majors du marché comme National ou Archie dont le catalogue ne repose pas uniquement sur ces genres.

Un épisode de Batman avant le Comics Code (image : © DC Comics)

Le même épisode de Batman post-Comics Code ! (image : © DC Comics)

Des restrictions en cascade

Leurs dirigeants n'avaient en revanche peut être pas envisagé une troisième partie aussi restrictive, certains articles relevant tout simplement de la dictature morale et religieuse. Encore une fois, les articles les plus traditionnels comme les jurons, l'obscénité et la pornographie sont interdits , la nudité ou toute exhibition provocante ou indécente sont interdits ou encore les illustrations salaces sont interdites cachent d'autres contraintes nettement plus ambigües.

On peut citer en vrac  :

  • le divorce ne sera pas traité sur un mode humoristique ni décrit comme désirable.
  • on encouragera le respect des parents, du code moral et d'une conduite honorable.
  • les histoires d'amour souligneront l'importance du foyer et l'aspect sacré du mariage.
  • le bien triomphera toujours du mal et les méchants seront toujours punis.

Difficile après ces articles de publier, par exemple, des revues de romance qui dépassent le stade du simple flirt. Non que ce genre ait été comme on a pu le voir auparavant traité de manière provocante par les différents éditeurs mais le Code va lui empêcher toute possibilité d'évolution et entraîner sa disparition rapide au profit des romans ou de la télévision qui n'ont pas à subir ce genre de contraintes aussi prohibitives.

Pour terminer, on retiendra en particulier un article du Code plutôt amusant, surtout si on le compare aux couvertures des publications des années 1990 ou 2000 : les femmes seront dessinées de manière réaliste sans exagération de leurs attributs physiques.

Si le Comics Code va tout de même évoluer au fil des temps et des mœurs, il va avoir des conséquences absolument désastreuses pour la plupart des compagnies de comics. C’est ce que nous verrons dans notre prochaine partie.

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