Techniquement, Captain America est apparu en décembre 1940, mais comme à l’habitude de l’époque, le numéro un de sa revue était antidaté à mars 1941. Quatre vingt ans plus tard, une série télévisée, Falcon & le Soldat de l’hiver, va explorer son héritage au travers des deux plus proches amis.  Le moment nous semble donc idéal pour revenir sur la carrière du plus célèbre des héros patriotique et sur sa portée symbolique, au travers d‘une série d’articles chronologiques et thématiques.

Une arrivée “coup de poing”

1940. Suite au succès de Superman, Martin Goodman, éditeur de pulps, s’est mis aux comic books de super-héros depuis moins d’un an. Grâce au travail du studio Funnies Inc, il a pu produire les premiers numéros de Marvel Comics où apparaissent les personnages à succès Human Torch et Sub-Mariner. C’est le début de Timely Comics. Cependant, Goodman veut pérenniser la gamme et moins sous-traiter. Il débauche alors le jeune Joe Simon de chez son concurrent Victor Fox pour devenir son premier rédacteur en chef et internaliser la production des comic books. Dans ses bagages, Simon ramène avec lui un dessinateur qu’il vient de rencontrer chez Fox, un certain Jack Kirby. Les deux hommes s’entendent très bien et ont créé une façon de travailler très synergique où chacun des deux met la main à la pâte, que ce soit pour le scénario ou le dessin. Les deux artistes apportent cette façon de faire sur le magazine phare de la maison, devenu entre-temps Marvel Mystery Comics (où Kirby crée la première version de The Vision), sur Daring Mystery Comics et sur l’éphémère Red Raven Comics.

Joe Simon et Jack Kirby (Alan Light/DR)

À l’époque,  le débat fait rage dans la société américaine concernant l’implication ou non des États-Unis dans la guerre qui fait rage en Europe. Pour Joe Simon, d’origine juive, il ne fait aucun doute que le nazisme doit être combattu. Et pour lui, pas de doutes non plus, Hitler est non seulement l’ennemi à abattre dans la réalité, mais aussi le pire des vilains possible dans une fiction de super-héros. Il invente alors un héros patriotique qui serait à même de combattre le dictateur, les forces nazies, espions et autres membres de la cinquième colonne.

Ce n’est pourtant pas le premier super-héros de ce genre.  Depuis le début de l’année 40, chez l’éditeur MLJ (futur Archie Comics), le scénariste Harry Shorten et le dessinateur Irv Novick animent les aventures du Shield, héros portant les couleurs de la bannière étoilée, mais les auteurs sont plutôt timide dans l’évocation de la situation politique de l’époque.

Couverture de Pep Comics #5 par Irv Novick (MLJ, juin 1940)

Pour son héros, Simon pense d’abord au nom de Super American, mais se ravise (on l’a échappé belle). Ce sera finalement Captain America, dont il signe un premier croquis. Il est tellement sûr de son personnage qu’il convainc Goodman de lui donner directement son propre magazine. Il négocie en même temps un accord d’intéressement  avantageux sur les bénéfices de la revue (25% des bénéfices doivent revenir aux auteurs).

La première esquisse du Captain telle qu’on le connaît par Joe Simon, adressée à Martin Goodman (Marvel Comics, 1940)

Au début, ce sont les dessinateurs Al Avison et Al Gabriele qui sont rattachés au projet (1), Simon ayant peur que Kirby seul ne puisse pas remplir un magazine entier dans les temps. Kirby, piqué au vif dans sa fierté, parvient pourtant à s’imposer comme dessinateur principal. Il dessine le premier épisode et la fameuse couverture sur laquelle Captain America décoche une mandale à Hitler, prouvant ainsi qu’il est imbattable quand il s’agit de deadlines. En revanche, la couverture met mal à l’aise Goodman. Non pas par sa portée politique, mais parce qu’il a peur qu’Hitler soit déjà mort à la sortie du numéro !

Couverture de Captain America Comics #1 par Jack Kirby et Syd Shores (Marvel Comics, 1940)

Ce premier numéro met en place les fondements de la série. Le chétif Steve Rogers fait l’objet d’une expérience du professeur Reinstein qui le transforme en super-soldat aux compétences physiques surmultipliées, mais parmi les spectateurs durant l’expérience se cache un agent nazi qui élimine Reinstein, ne permettant pas la reproduction de la formule. Rogers devient donc le seul Captain America, combattant les ennemis de la liberté sur le sol américain. En parallèle,  il est aussi simple soldat au camp Lehig où il est la tête de turc du sergent Duffy.

Il se fait aussi rapidement griller son identité secrète par la mascotte du camp, le jeune James Buchanan Barnes. Celui-ci devient vite son assistant sous le nom de Bucky, à l’image de Robin avec Batman, apparu la même année. Un peu plus loin dans le numéro, le fameux Crâne Rouge (Red Skull) fait son apparition, grâce au scénariste Ed Herron. Crâne Rouge n’est alors qu’un industriel américain nommé George Maxton travaillant pour les nazis. Il est laissé pour mort à la fin du chapitre. Apparaît également dans ce numéro Betty Ross qui sera l’intérêt romantique de Cap.

Première page de Captain America Comics #1 par Jack Kirby. L’ébauche de Joe Simon est réutilisée telle quelle sur cette page d’ouverture (Marvel Comics, 1940).

  1. Les pages d’essai d’Avison et Gabriele seront recyclés en une histoire d’un autre héros patriotique, The Defender, dans USA Comics #1 (août 1941).

 

À suivre dans la partie 2 : Un succès fracassant

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