En 1961, au fin fond du Lincolnshire, un garçonnet de dix ans se fait offrir par sa grand-mère un illustré sur un étal itinérant. Le regard du jeune anglais se porte sur une couverture figurant un dinosaure. C’est ainsi que Brian Bolland raconte son premier contact avec ce qui fera l’essentiel de sa carrière.

De l’achat de ce numéro 1120 des Four Color de l’éditeur Dell (qui adaptait en BD le très oublié film Dinosaurus !) viendra une passion pour les monstres, qui seront traqués par les yeux avides du gamin chaque fois qu’il passera devant l’étal du marchand. Viendront ainsi ensuite Tomahawk #73 et des numéros de My Greatest Adventure, grâce auxquelles le petit Brian découvrira DC Comics. Suivra la découverte de Green Lantern et de Flash, qui feront naître chez le jeune artiste en herbe le goût pour les anatomies élégantes de Gil Kane et Carmine Infantino. Autant dire que Bolland est intimement conscient des enjeux d’une couverture pour attirer le lecteur. Et c’est à cet exercice particulier qu’est consacré Brian par Bolland.

La couverture qui a tout déclenché. Couverture de Four Color #1120 par un artiste inconnu (Dell).

Il s’agit de l’adaptation de Cover Story: The DC Comics Art of Brian Bolland, un beau livre paru aux États-Unis en 2011. Le bouquin est une rétrospective de l’ensemble des couvertures du dessinateur chez DC Comics, éditeur auquel Bolland est très attaché et avec lequel il a fait la majorité de sa carrière américaine.

En signant les couvertures de Flash, Bolland a pu rendre hommage à ses idoles, Gil Kane et Carmine Infantino. Il s’est d’ailleurs replongé dans les dessins d’Infantino pour rendre l’effet de tornade. Couverture de Flash vol.2 #175 par Bolland (DC Comics).

C’est en effet chez DC que Bolland se fera découvrir par le marché américain. En voyage en Angleterre, Joe Staton atterrit chez les Bolland et découvre le travail du dessinateur, notamment sur Judge Dredd. Impressionné, Staton contacte alors son éditeur sur Green Lantern, Jack C. Harris, pour lui louer les talents de l’artiste. Harris testera Bolland sur deux couvertures et ce sera parti. Si Bolland fera au final assez peu de pages intérieures (l’essentiel de son œuvre chez DC se résumant à Camelot 3000 et Batman: The Killing Joke), il s’imposera finalement comme un cover artist d’exception.

Avec ce livre traduit par Laurent Queyssi (1) pour Urban, Bolland commente une large part de ses couvertures, de Camelot 3000 à Jack of Fables. Il raconte notamment comment il a dût contourner les exigences puritaines pour les super-héros mainstream, notamment sur Robin et Wonder Woman. Il explique aussi sa façon de travailler à partir d’objets collectés ou de photos prises lors de ses voyages.

La couverture aux cinq tétons, comme l’appelle Bolland. Sauf que les dits tétons seront largement effacés par un assistant zélé de DC Comics. Couverture de Robin vol.1 #5 par Bolland (DC Comics).

Absolument pas complaisant envers son travail, il n’hésite pas à pointer ses erreurs de jeunesse et sa difficulté à s’adapter à de nouvelles techniques. Il évoque ainsi le passage à la peinture lorsque Vertigo est devenu un label à part entière dont le cahier des charges exigeait des couvertures peintes pour chaque numéros. Il tire d’ailleurs un coup de chapeau à son épouse qui l’a bien aidé à ce moment là. Autres mains secourables, celles de Dave Gibbons et des frères Angus et Ian McKie qui lui ont été d’un grand secours lorsqu’il a fallu passer à l’informatique et à Photoshop.

Une des premières couvertures réalisée par ordinateur de Bolland. Couverture d’Invisible vol. 2 #14 (Vertigo/DC Comics).

Évidemment très beau, ce livre marque également par la liberté de ton de Bolland. Il se permet en effet de partager ses doutes, notamment vis-à-vis de la propagation des couvertures alternatives, pratique courantes dans les années 90. On se demande quelle est maintenant son opinion alors que la tendance est encore plus affirmée aujourd’hui (cf. Wonder Woman #750 par exemple).

L’artiste nous dévoile donc ses coulisses, nous parle de ses modèles, de sa rencontre –foireuse – avec Steve Ditko ou de son admiration pour un autre cover artist d’exception, Adam Hughes (qui a d’ailleurs eu aussi son artbook sur ses couvs de DC. Amis d’Urban, si vous nous lisez…). La couverture est le premier contact entre le comic-book et son lecteur. Nul doute qu’avec son talent, Bolland aura à son tour suscité des vocations. Le lire sur son travail et la façon dont il l’aborde est donc particulièrement enrichissant.

 

(1) Qui va d’ailleurs traduire Périphériques, le prochain livre du pape du cyberpunk, William Gibson, au Diable Vauvert. Nous sommes joie.

Brian Par Bolland: L’art de la couverture (Cover Story: The DC Comics Art of Brian Bolland), Urban Comics, 216 pages, 29 euros. Sortie le 25 octobre 2019. Traduction de Laurent Queyssi.

 

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