Geoff Johns sur JSA, on l’attendait depuis très longtemps. Enfin, surtout les fans du DC des années 2000/2010, tant le scénariste phare de l’époque a connu des hauts et des bas depuis quelques années. Le retour aux commandes de son équipe préférée, avec des personnages qu’il adore, pouvait laisser entrevoir le meilleur. Malheureusement, à vouloir trop en faire, Dawn of JSA se complaît dans une caricature des comics de l’époque, bien, bien loin, pour le moment, d’atteindre les sommets des précédentes séries.

(Image : © DC Comics)

Stargirl et les enfants perdus

Geoff Johns aurait pu être créateur d’un parc d’amusement, tellement sa production actuelle ressemble à des montagnes russes : avec des hauts, mais aussi de grosses descentes qui font peur. Après être devenu LA superstar des comics DC autour des années 2010, l’auteur, beaucoup moins en vogue, a souvent livré des récits effroyables (3 Jokers, Shazam pour ne citer que les pires), mais aussi Doomsday Clock,  dont je défendrai toujours la fin et qui aurait pu être un superbe point final à la carrière du scénariste chez DC.

Le retrouver sur sa série emblématique pour une troisième fois pouvait toutefois laisser présager le pire. En effet, on a rarement vu le retour d’un scénariste emblématique sur sa série phare donner des miracles (Chris Claremont sur les X-Men, Mark Waid sur Flash, Byrne sur les X-Men, Wolfman sur le graphic novel Teen Titans ), à l’exception de Peter David sur X-Factor. Et là, c’est peut-être le retour de trop. Johns se prend les pieds dans ne tapis en voulant pousser toutes ses marottes au maximum, à tel point que l’on a l’impression de lire une caricature de ses comics des années 2010, avec des tics d’écriture bien identifiés, usés jusqu’à la corde, et c’est assez épuisant.

 

(Image : © DC Comics) Vous arrivez à vous y retrouver ?

La Societé de Justice d’Amérique est, depuis le départ, un comic-book basé sur la notion d’héritage et de transfert entre la vieille génération et les jeunes pousses. Si c’était relativement bien fichu sur la première série, disponible actuellement sous format Chronicles chez Urban (et il faut peut-être remercier James Robinson avant tout pour cette idée), c’était déjà plus compliqué pour la relance des années 2010, avec Dale Eaglesham ou Alex Ross. En effet, on sentait déjà l’envie de Johns de multiplier les personnages inconnus, quitte à oublier de les développer ou de donner du temps aux membres historiques. Et de livrer des intrigues mystérieuses au long cours, souvent déclinées à longueur de pages incompréhensibles, qui ne prendraient une réelle signification que deux ou trois ans – et une dizaine de crossovers ou tie-ins un peu moisis – plus tard.

Dans ce volume, tout est amplifié ! Tout d’abord, si vous vouliez lire de la JSA, vous serez un peu déçus puisque sur les onze épisodes que contient le volume, quatre seulement ne parlent véritablement que de la JSA (et encore !). Nous avons en effet une très longue introduction qui dure sept numéros, consacrée à Stargirl (le personnage préféré de Johns) et les enfants perdus. Qui sont les enfants perdus ? Eh bien, ce sont les sidekicks adolescents qui accompagnaient les personnages adultes des comics des années 40. Un peu comme Robin pour Batman. Sauf que dans cette série, Geoff Johns ne réutilise pas (ou peu) de véritables personnages des années 40. Il crée artificiellement une ribambelle d’adolescents et les introduit aux forceps dans l’histoire du DC Universe, avec une sombre histoire de disparition temporelle qui ferait que tout le monde les a oubliés. Lorsqu’il y a un ou deux personnages, pourquoi pas, mais là, nous en avons une bonne trentaine. Autant vous dire qu’à part un ou deux, tous ne sont absolument pas développés et le nombre est tellement élevé, qu’en fait…on se moque de ce qui va leur arriver.

Bref, tous ces enfants perdus vont être délivrés par Stargirl et Red Arrow et vont se retrouver dans notre présent. Cela pourrait créer des situations intéressantes, mais comme nous avons au bas mot une quarantaine de nouveaux personnages, on se demande bien comment Johns va gérer cette foule dans son titre JSA.

La réponse est simple : il n’en parlera pas (sauf sur une page).

(Image : © DC Comics)

La nouvelle JSA

J’étais prêt à faire l’effort de lire les épisodes de Stargirl pour mieux apprécier la nouvelle série JSA, mais clairement, c’est, pour le moment, une terrible déception.

La série commence avec un épisode spécial qui est, pour moi, le pire de ce que l’on peut faire à l’heure actuelle. En effet, cet épisode spécial est constitué de segments tous plus ou moins déconnectés, se situant dans des temporalités différentes et pas vraiment définies, avec en fond un personnage unique qui commente. Ca vous rappelle quelque chose ? Oui. C’est pile poil un comic-book de Geoff Johns d’il y a quinze ans, où on n’avait pas peur de vous vendre un numéro qui était juste un teaser des prochains arcs (Qui se rappelle DC UNIVERSE #0 ?). Et le pire, c’est que c’est très mal fait. Comment peut-on espérer ne pas perdre le lecteur lorsque les références temporelles alternent les dates absolues et relatives ?

Je m’explique. Vous avez un segment d’histoire qui commence par : "il y a quinze ans." Mais quinze ans par rapport à quoi, à quelle temporalité ? Surtout que ce segment alterne avec un autre indiqué par : 1971 ! Puis un autre : dans 18 ans ! Et puis : 1954 ! Surtout que la voix est identifiée et est celle de Huntress du futur. Ce qui signifie quoi ? Qu’on est dans sa temporalité à elle ? Non, en fait nous sommes en principe en 2023, ce qui n’est jamais signifié.

Comme il y a une ribambelle de teasers et aucune explication, que les dessinateurs se succèdent toutes les deux pages avec des styles différents, et bien on est totalement perdu. Ou au mieux dubitatif. Et tout ça pour quoi ? Pour montrer au lecteur que Geoff Johns a révisé ses classiques et connaît sa JSA sur le bout des doigts. On a donc une introduction qui perd d’entrée le lecteur avant d’attaquer les trois seuls numéros de la série JSA du volume. Qui ne nous montrent pas grand-chose puisqu’ils semblent centrés sur Huntress, mais une nouvelle version de cette dernière, qui serait la fille de Batman et Catwoman dans le futur.

Clairement, l’équipe n’est pour le moment pas créée, on ne sait pas trop vers quoi tend le récit et cela reste encore une fois très confus, avec des versions assez dénaturées des personnages de base. Certaines réactions de Power Girl m’ont par exemple assez décontenancé. De fait, cette nouvelle Huntress se balade dans le temps pour rencontrer des versions de la JSA, suivie par le méchant de base, à savoir Per Degaton. Quel groupe ? Quelle direction ? Pour le moment, on ne peut rien dire et après plus de 300 pages, c’est assez inquiétant.

(Image : © DC Comics)

Si vous pensiez voir du Mikel Janín, vous serez certainement déçu puisque ce dernier ne livre qu’une quarantaine de pages sur les 300 du volume, dont la quasi-totalité du reste est dessinée par Todd Nauck. Nauck est un spécialiste des comics pour adolescents, puisque c’est lui qui avait longtemps présidé à la destinée de Young Justice. Il sait aussi représenter des combats de groupes avec un effectif pléthorique. De fait, c’est le choix parfait pour la mini-série avec Stargirl et les enfants perdus. Et cela fonctionne, même si son côté très cartoony pourra en décontenancer quelques-uns, habitués à un trait plus réaliste. C’est assez organique et à première vue, ce n’est pas extraordinaire, mais si l’on produit l’effort de vouloir entrer dans l’univers de Nauck, cela fonctionne plutôt bien. Notons toutefois une petite baisse de régime au fil des épisodes, le dessinateur simplifiant son trait au fil des numéros. Mais cela ne plaira pas à tout le monde.

Quant aux épisodes sur la JSA, Mikel Janín ne semble pas capable de supporter le rythme mensuel d’une série de groupe, on lui affecte donc Jerry Ordway mais aussi Scott Kolins pour l’aider dans différents segments de l’histoire. C’est correct mais les réalisations sont assez inégales. Et Mikel Janín livre souvent des planches assez vides, des posters ultra-saturés par des couleurs pastels qui font que la lecture n’est pas hyper facilité. Par rapport à ce que l'on a pu voir précédemment, c’est assez décevant.

Bilan assez mitigé donc pour ce premier volume de Dawn Of JSA. On pouvait s’attendre à un feu d’artifice mais pour le moment, on est véritablement sur un comic-book qui utilise des ficelles un peu éculées, sans trop de cohérence. Le deuxième tome devrait, je l’espère, permettre de donner à la série une véritable direction et de faire le lien avec tous les passages incompréhensibles du récit. On sait que Johns à l’habitude de cela.

Dawn Of JSA, tome 1, par Geoff Johns et Jerry Ordway, chez Urban Comics, 304 pages, 30 €.

Dawn of JSA Tome 1DC Infinite
De Geoff Johns
Cartonné – 304 pages – 30,00€
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Depuis ses origines en 1940, la Justice Society of America a accueilli de nombreux super-héros prêts à tout pour défendre les plus démunis. Mais alors que la vieillesse de ces derniers lui fait perdre de sa puissance, c'est à une nouvelle génération de renouveler l'espoir.

Contient : The New Golden Age (DC, 2022) #1, Stargirl : The Lost Children (DC, 2023) #1-6, Justice Society of America #1-3 (DC, 2023), Stargirl Spring Break Special (DC, 2021)

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