Avec Stan Lee et Jack Kirby, Steve Ditko a été un des grands artisans de l’expansion Marvel. Co-créateur de personnages comme  Spider-Man et de Doctor Strange, il a indéniablement marqué la firme de son empreinte. Son graphisme minimaliste et sa narration terriblement efficace ont été des modèles pour de nombreux illustrateurs.  Surtout, il a était un exemple d’intégrité artistique, ne sacrifiant jamais ses idées et son identité artistique.

Né le 02 novembre 1927, à Johnston (Pennsylvanie), Stephen J. Ditko est issu d’une famille originaire de Tchécoslovaquie et d’Ukraine. Son père, féru des BDs dominicales des journaux, lui fera découvrir la bande dessinée, mais ce sont les comic-books naissants qui le marqueront durablement. Il se passionne notamment pour les Batman de Bob Kane et le Spirit de Will Eisner. A la fin de ses études, il s’enrôle dans l’armée américaine où il servira dans l’Allemagne post-Seconde Guerre Mondiale. De retour au pays, il profitera des dispositions de reclassement des soldats pour entrer à la Cartoonists and Illustrators School, où il suivra les enseignements de Jerry Robinson, dessinateur de Batman. Ses premiers travaux seront des histoires courtes pour l’éditeur Key Publications, avant d’intégrer le studio de Joe Simon et Jack Kirby. Il pourra ainsi travailler sur les titres de leur maison d’édition, Crestwood Publications, mais surtout, il travaillera sous la houlette de Mort Meskin, qui l’impressionnera et l’inspirera durablement. En 1953, il commencera une longue collaboration avec l’éditeur Charlton pour lequel il produira de nombreuses histoires courtes de science-fiction ou de terreur. En 1960, il crééra le super-héros Captain Atom avec le scénariste-maison Joe Gill.

Si Charlton lui fournit réguliérement du travail, ce n’est pas le seul éditeur à faire appel à ses services. En 1956, il intègre les registres de paie d’Atlas Comics (futur Marvel) et dessine là-aussi des histoires courtes, essentiellement des petits récits fantastiques concoctés en collaboration avec l’éditeur Stan Lee. Un peu plus sophistiqués que la moyenne, ces petits contes modernes auront même l’honneur de leur propre titre, Amazing Adult Fantasy, qui permettra à Ditko de démontrer tout son talent de narrateur et de poseur d’ambiance. Avec le renouveau des super-héros intié par le succès des Fantastic Four, Stan Lee a en projet un super-héros qui aurait la particularité d’avoir l’âge de son lectorat. Peu satisfait par les dessins préparatoires de Jack Kirby, Lee se tourne vers Ditko qui lui offre un personnage plus frêle, mais aussi plus inquiétant: Spider-Man. De 1962 à 1966, il animera ce personnage, prenant de plus en plus d’importance dans l’élaboration des histoires et s’opposant fréquemment à Lee, concernant la direction à donner au titre. Entre-temps, ils crééront, malgré tout, le Doctor Strange, maîtres des arts mystiques, dont le décorum psychédélique deviendra très populaire dans la contre-culture, au grand dam de Ditko.

Ditko s’est entiché des travaux de la philosophe objectiviste Ayn Rand, qui a hissé l’individualisme comme vertu cardinale de sa pensée. Comme Rand, Ditko appréhende tout ce qui est collectif comme négatif et estime que seul l’individu est à même d’agir pour son propre bien. Ditko est bien décidé d’appliquer ses principes aussi bien à ses œuvres qu’à sa vie personnelle. Las des concessions faites à Stan Lee, il quitte Marvel du jour au lendemain et repart chez Charlton, qui le paie beaucoup moins bien, mais qui lui laisse une totale liberté créative. Là, il reprend son personnage de Captain Atom, mais aussi celui de Blue Beetle, qu’il reconfigure de fond en comble. Il créé également un nouveau héros, The Question. Beaucoup plus urbains et ne comptant que sur leur capacité humaines, Blue Beetle et Question servent de véhicule à ses idées sur la force de caractère nécessaire aux individus pour résister à la société qui veut les brider. Plus encore, c’est Mr. A. qui sera la représentation artistique de ses idées, d’autant que ce personnage est une création personnelle dont il garde les droits et qu’il publie à travers des magazines indépendants comme Witzend ou en auto-publication. Il préfigure ainsi, plusieurs décennies avant Image, la volonté de certains auteurs de se libérer des diktats des maisons d’éditions.

En parallèle, Ditko travaille pour l’éditeur Warren où il signe de superbes histoires courtes d’horreur au lavis pour les magazines Eerie et Creepy. Par deux fois (en 1968 et en 1975), il travaille chez DC où il a la possibilité de créer plusieurs nouveaux personnages comme Creeper, Hawk & Dove, Shade the Changing Man ou Stalker et où il anime quelques aventures de héros de la firme comme Starman ou la Legion of Super-Heroes. Ces passages sont à chaque fois assez rapide. Ditko n’aime pas être enchaîné à un éditeur et reprend sa liberté dès qu’il sent qu’on veut le diriger. En 1979, il revient finalement chez Marvel, avec la promesse de ne pas à avoir affaire avec Stan Lee. Il succède à Jack Kirby sur Machine Man et illustre des séries comme Micronauts, Captain Universe ou Rom. Il participera également à la création de Speedball et de Squirrel Girl. Si Ditko accepte de travailler en freelance pour Marvel, il  n’hésite pas non plus à participer aux expériences d’éditeurs indépendants qui fleurissent durant les années 80 comme Eclipse Comics, First Comics ou Pacific Comics.

Ditko mettra un terme à sa carrière de freelance à la fin des années 90 et se concentrera sur l’auto-publication. Avec l’aide de Robin Snyder, rédacteur rencontré chez Charlton, il publiera de nombreux projets à faibles tirages qui lui permettent de produire encore des planches et de rééditer ses anciens travaux. Au fil des années, il se sera forgé une réputation de reclus, de « Salinger des comics », qui refuse les honneurs et les interviews. Le journaliste Jonathan Ross partira même sur ses traces dans un documentaire de BBC Four, « In search for Steve Ditko« . Si Ross, accompagné de Neil Gaiman, rendent visite au dessinateur chez lui, à New York, celui-çi refusera d’apparaitre à l’écran. Son corps y a finalement été retrouvé sans vie le 29 juin dernier, mort depuis au moins deux jours.

Si son trait épuré, sa narration limpide et son imaginaire foisonnant ont inspiré de nombreux dessinateurs, il a surtout été un modèle d’intégrité. Ne sacrifiant jamais sa liberté artistique sur l’autel de l’argent ou de la célébrité, il a toujours préféré laissait s’exprimer son oeuvre à sa place.

Et vous, que vous évoque le travail de Ditko ? Vous pouvez réagir et partager vos souvenirs de lectures sur notre forum.

Source: Hollywood Reporter

Amazing Spider-Man #33 (Marvel Comics) par Steve Ditko. Un de des épisodes les plus emblématiques sur l’Homme Araignée.

 

 

Creepy #12 (Warren Publishing). Sur des scripts d’Archie Goodwin, Ditko s’essaie au lavis.

Showcase #75 (DC Comics) par Steve Ditko.

MR. A par Steve Ditko. Une de ses créations les plus personnelles.

 

.