Phenomena est la nouvelle série de Brian Michael Bendis (Avengers, Ultimate Spider-Man) accompagné aux dessins de André Lima Araújo. Le scénariste a cette fois-ci laissé tomber les super-héros et les ambiances urbaines afin de nous proposer un récit de science-fiction futuriste qui, s’il se lit sans difficulté, n’arrive toutefois pas à proposer une réelle originalité. En le publiant dans la collection Urban Blast, qui s’adresse à de jeunes lecteurs, Urban Comics ne s’est pas trompé.

Nous voici dans un futur très lointain. Un évènement qui a changé la face de la Terre s’est déroulé il y a bien longtemps mais ce n’était pas une apocalypse. Désormais, des centaines de créatures différentes vivent sur la planète, accompagnées d’humains plus classiques. Bolton est un jeune garçon qui rêve de vivre la grande aventure, de rencontrer et de découvrir. Il fait rapidement la connaissance de Spike, un guerrier Cyper, et les deux personnages, qui ressentent d’abord une certaine antipathie l’un envers l’autre, deviennent des amis. Les deux compères croisent la route d’une voleuse, Mathilde, qui va dérober l’arme surpuissante de Spike. Sa poursuite va les entraîner tous les trois vers des conflits plus rocambolesques les uns que les autres. Aventure, amitié et action sont donc au rendez-vous de ce récit à suivre, qui n’est que la toute première partie d’une plus longue saga.

Une narration délicate (image © ABRAMS COMICSART)

Voir Brian Bendis s’attaquer à autre chose que du super-héros ou des détectives est une véritable curiosité. Il faut dire que le prolifique auteur n’a généralement pas l’habitude de créer des univers à partir de rien, surtout quand ces derniers contiennent des dizaines de races et d’extraterrestres différents. Et effectivement, son style et ses tics d’écriture sont assez diffus tout au long de ces 140 pages de comics.

Ceux qui détestent le style Bendis pourront donc apprécier cette histoire rondement menée, mais qui n’en fait toutefois pas une réussite. Car ce type de récit, futuriste, avec des monstres et des combats, pullule depuis une quinzaine d’années chez de nombreux éditeurs, Image Comics en particulier. On peut penser à Saga, Sentient, Sea of Stars, East of West, etc. Et franchement, rien ne distingue Phenomena d’un de ces récits. On pourrait même dire qu’il se situe dans la moyenne assez basse des récits de science-fiction et d’action que nous proposent les éditeurs américains depuis tout ce temps. Car le véritable problème, c’est que Bendis et Araújo n’arrivent pas à développer cet univers. Les héros sont introduits et se battent très rapidement contre des dizaines de méchants, tous plus affreux les uns que les autres. Mais en fait on ne sait absolument rien sur les personnages, où ils ont vécu, comment est constitué cet univers, et tout cela devient rapidement très superficiel. L’univers est tellement peu développé qu’on a l’impression que tous les rebondissements tombent à plat et qu’il s’agit d’une nouvelle rencontre sans but et sans intérêt pour l’avancement de l’intrigue. Cela peut rendre la lecture assez longue et frustrante, en dépit d’une certaine légèreté. Disons-le clairement, si vous êtes un lecteur de comics de longue date, qui a déjà lu de très nombreux récits de ce type, Phenomena n’apportera absolument rien. En revanche, votre neveu de 10 ans pourra tout à fait apprécier le ton léger et la succession de batailles. Le noir et blanc et les dessins de André Lima Araújo renforcent cet aspect manga, qui pourra attirer les jeunes lecteurs.

Des combats sans décor (image © ABRAMS COMICSART)

J’ai vu pas mal de critiques applaudir les dessins d'Araújo, et pourtant, si c’est un point fort du comic, il y a quand même de grosses faiblesses. En effet, le dessinateur se concentre uniquement sur le design de ses personnages et il est particulièrement doué pour cela, cela ne fait aucun doute. Mais c’est aussi le plus facile à mon sens. Car sa narration est souvent très embrouillée. L’utilisation de cases qui empiètent sur deux pages est assez perturbante, les scènes d’action sont assez difficiles à appréhender et, on va le dire, les décors durant les scènes d’action sont quasi inexistants. André Lima Araújo apporte énormément de détails et de coups de crayon aux décors quand ils ont un intérêt (il suffit juste de voir la couverture du livre), mais dès que l’action commence et que les personnages se battent, on ne voit absolument plus aucun élément de contexte. Les personnages se battent dans le vide. Je peux comprendre cette envie de ne se consacrer qu’à l’action mais cela peut gâcher la lecture.

De fait, Phenomena s’adresse avant tout à un public très jeune, et qui n’a pas forcément une connaissance certaine des comics. Pour les autres, cela reste un travail sympathique mais qui a des difficultés à se distinguer par son originalité. Pas étonnant donc de le voir débarquer dans la collection Urban Blast, réservée à priori aux jeunes lecteurs.

Phenomena Tome 1Urban blast
De Brian Michael Bendis et Andre Lima Araujo
29/03/2024 – Broché – 152 pages – 15,00€
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Le jeune Boldon débarque en ville en quête d'aventures. Il rencontre Spike, un combattant du peuple Cyper, et Mathilde, une voleuse qui découvre la mystérieuse Cité des Yeux d'or, un lieu semblant être à l'origine de l'événement qui a touché la Terre quelques années auparavant.

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