Hellfest - Photo : Dominique Clère

Plus que quelques jours avant le Hellfest ! Superpouvoir revient sur la programmation en détail avec KGBen, traducteur et journaliste pour New Noise.

Après Edmond Tourriol qui revenait sur sa folle jeunesse de blouson noir, place à un autre traducteur, KGBen. Fan de hardcore, le protégé du studio MAKMA sera au Hellfest pour le magazine New Noise en mode « daron ». Interview avant de plonger nous aussi dans la fosse.

Dans le pit de la warzone, pour se réveiller en douceur, Hellfest 2014 (Photo : Dominique Clère)

Dans le pit de la warzone, pour se réveiller en douceur, Hellfest 2014 (Photo : Dominique Clère)

Ben tu es traducteur de comics, et fan de musique bourrin. Les lecteurs de comics sont-ils aussi naturellement attirés vers le métal, et toutes les musiques qui tournent autour ?

Disons que le métal se prête à l’imaginaire. Et oui, on peut croiser beaucoup de métaleux qui lisent des comics. En même temps, c’est une musique qui a toujours incorporé une grosse imagerie fantastique et les passerelles geek/métal sont évidentes. Quand on voit certaines pochettes d’albums de heavy métal, l’univers du jeu de rôles ou de Conan le Barbare n’est pas bien loin.

Après, est-ce qu’il y a une forte corrélation entre les deux ? Pas forcément plus qu’avec le rap, par exemple, mais des liens, il y en a. Un des tubes d’Anthrax fait référence à Judge Dredd et leur guitariste a écrit une mini-série Lobo, Danzig des Misfits a sa propre maison d’édition, le scénariste de 30 Jours de Nuit Steve Niles jouait dans le groupe punk Gray Matter

De toute façon, le métal est plutôt populaire en ce moment. Les comics, je n’en parle même pas, donc évidemment, ça se croise. Pour l’anecdote, si j’ai lu des comics, gamin, c’est par le biais de la musique que j’y suis revenu il y a vingt ans  puisque pas mal de “hardcoreux” dans mon entourage en lisaient.

Tu seras au Hellfest, pour un magazine, peux-tu nous en parler ?

Je travaille pour le magazine New Noise et ses incarnations précédentes depuis plus d’une dizaine d’années. Ce n’est pas un magazine purement métal mais il traite régulièrement de beaucoup de genres qui y sont associés, aussi bien le black métal que le hardcore ou l’indus. J’y écris des chroniques de disques, surtout dans mon genre de prédilection : le hardcore punk, ainsi que des chroniques BD/comics, évidemment ! Et tous les ans, je participe au compte-rendu du Hellfest qu’on publie soit dans le magazine, soit sur le site.

Quel est ton style préféré ? Quels groupes nous conseilles-tu au Hellfest ?

Mon style préféré, c’est, ça a toujours été, et ce sera toujours le Hardcore. Donc cette année, je suis plutôt gâté avec pas mal de groupes que j’ai vus un nombre incalculable de fois mais qui ne déçoivent jamais (Madball, Hatebreed, Converge…), des plus jeunes que je suis content de revoir (Turnstile, Rise of The Northstar, Celeste) et surtout, une bonne demi-douzaine de formations dont j’aime beaucoup les derniers albums et que je n’ai pas encore vus en live (Get the Shot, Knocked Loose, Incendiary…).

Pour le reste, il y en a tellement… J’adore la fusion gospel/rythm’n’blues/black metal de Zeal And Ardor donc, j’ai super hâte de les découvrir sur scène. Il y a Body Count, dans le genre madeleine de Proust et dont les deux derniers albums sont bien cool, Powerflo avec des membres de Cypress Hill, Biohazard et Fear Factory, Dead Cross avec Dave Lombardo de Slayer à la batterie, deux membres de Retox et Mike Patton au chant, Memoriam avec des anciens Bolt Thrower… Curieux aussi de voir le hip hop bruyant et bruitiste de Dälek et H09909 dans le contexte Hellfest. Sans oublier la formation hommage Carnivore A.D., les patrons Napalm Death, Neurosis, Watain, Eyehategod, Corrosion of Conformity… et, même si le heavy métal pur, ce n’est pas trop ma came, Iron Maiden sur scène, c’est toujours impressionnant.

Et je suis sûr que j’en oublie des tonnes. Et, surtout, que je vais en rater des tonnes. Le programme du samedi va être infernal avec des choix impossibles. Tous les ans c’est pareil, mais cette année l’affiche est tellement dense que se faire son programme est mission impossible.

Sepultura, Hellfest 2014 (Photo : Dominique Clère)

Sepultura, Hellfest 2014 (Photo : Dominique Clère)

Plutôt Main Stage, ou ailleurs ?

D’habitude, je vais rarement du côté des Main Stages mais cette année, il y a quelques groupes que j’aime bien qui y sont programmés. Sinon, ce sera surtout Valley (la scène du stoner/sludge et de tout ce qui sort du cadre) et Warzone (la scène punk hardcore).

En principe, pour cette édition, j’irai un peu moins du côté des scènes Altar/Temple (celles du métal extrême) que les années précédentes. Mais je vais sûrement aller y traîner de temps en temps. Parce que c’est ce qui est génial au Hellfest : tu vas te chercher à boire, tu passes devant un groupe dont tu n’avais strictement rien à foutre, tu scotches et tu prends une baffe monumentale. Je me souviens par exemple de la dernière fois que Godflesh a joué au Hellfest. Je suis loin d’être fan, que ce soit sur disque ou sur scène, et là ça, ça m’avait tu

Si beaucoup parlent de Disneyland du métal, franchement, comme les attractions ce sont Napalm Death, Iron Maiden ou Madball, je suis 100% ok avec ça.

Toi qui vas au Hellfest depuis longtemps, comment vois-tu son évolution ?

Ça s’est clairement embourgeoisé, on va dire. Ce qui était inévitable. Avec la concurrence et l’évolution du marché de la musique, les groupes demandent bien plus d’argent qu’il y a cinq/six ans. Donc, le prix du billet suit derrière, et certains métaleux et passionnés ne peuvent, eux,  plus suivre et venir tous les ans.

Pour compenser le prix élevé, les organisateurs ont développé toute une scénographie et un environnement hyper chiadé. Et on retrouve un peu moins de fans purs et durs et de plus en plus de “touristes” qui y vont parce que “le eHllfest, c’est un truc à faire au moins une fois”.

Avec tout ce que les organisateurs ont développé, ça devient plus une expérience, pour reprendre les terminologies à la mode, qu’un simple festival. Mais si beaucoup parlent de Disneyland du métal, franchement, comme les attractions ce sont Napalm Death, Iron Maiden ou Madball, je suis 100% ok avec ça.

Le Hellfest en mode "daron" au VIP, Hellfest 2014 (Photo : Dominique Clère)

Le Hellfest en mode « daron » au VIP, Hellfest 2014 (Photo : Dominique Clère)

Au niveau des line-up, on a tout de même l’impression qu’il n’y a pas trop de renouvellement générationnel, et que c’est souvent les mêmes groupes qui tournent, qu’en penses-tu ?

Comme je disais, le marché de la musique a évolué. Il s’est fragmenté. Très peu de groupes aujourd’hui peuvent fédérer dans des proportions gargantuesques comme ont pu le faire Metallica ou AC/DC.

Il y a trente ans, le passionné avait le choix entre des dizaines de groupes. Maintenant, il y en a des milliers à portée de clic. Et comme le métal n’est pas le genre qui sait le mieux se vendre…

Aujourd’hui, chacun sa niche et on a des milliers de groupes récents qui ont des milliers des fans, et non plus quelques dizaines qui en ont des millions. En plus, le Hellfest est limité par sa jauge, moins de 60 000 personnes par jour, c’est donc compliqué de faire venir certaines méga têtes d’affiche type Metallica , qui peuvent remplir facile un stade de 80 000 personnes.

Le Hellfest reste une PME qui fait face à des multinationales du concert comme Live Nation qui achètent des tournées complètes en exclusivité. Certains grands noms historiques sont donc difficilement accessibles et, sauf rare exception, aucune formation qui a moins de vingt ans n’a atteint le quart de la popularité des grands anciens.

Résultat : ouais, c’est un peu toujours les mêmes en haut de l’affiche. Mais ceux que ça gonfle et que ça lasse de voir toujours les mêmes, c’est qu’ils n’ont pas envie découvrir les dizaines de groupes moins « gros » qu’il y a sur les autres scènes. Dans ce cas-là, ok, qu’ils ne viennent pas et laissent leurs places à d’autres, vu qu’il n’y en a pas pour tout le monde.

En vieillissant as-tu changé ta façon d’aller voir des concerts ?

Ah, forcément. Maintenant, c’est plus souvent en mode « daron », bras croisés, qui secoue vaguement la tête, que dans le pit à se prendre des pains. Mais je vis les concerts avec la même passion que lorsque j’avais quinze ans. Je ne serai jamais blasé !

Ton top 3 des concerts vus au Hellfest…

Il y en a plusieurs qui m’ont vraiment marqué. Amebix en 2009 parce que c’est un groupe que j’adore et qui avait splitté depuis longtemps, donc c’était génial de les voir. Dans le genre reformation que je n’attendais pas, il y a eu la première venue de Refused, en 2012. C’était dément. Et la même année, le concert de Tragedy, un de mes groupes fétiches, qui avait à peu près tout dévasté.

Il est parfois risqué de confondre Tragedy, et Tragédie...

Il est parfois risqué de confondre Tragedy, et Tragédie…

Mais un autre show que je retiens particulièrement, c’est Down en 2013. Ils avaient joué la veille et refaisaient un set le lendemain pour remplacer Clutch au pied levé. Comme Down compte des membres de Pantera, Eyehategod, Corrosion of Conformity et Crowbar, ils ont improvisé des reprises de tout ce petit monde là et ça a fini par ressembler à un énorme bœuf entre potes avec des guests comme Jason Newsted, l’ancien bassiste de Metallica. C’était assez unique. Un peu à l’image de la reformation improvisée de Kyuss en 2010, quand John Garcia a été rejoint sur scène par Brant Bjork et Nick Oliveri. C’est un peu ça la magie de Hellfest où les conditions sont à chaque fois idéales pour qu’il se passe quelque chose d’inédit.

Pour revenir à ton métier, Cette année Urban a lancé un partenariat avec le Hellfest autour de Batman Metal. Tu peux nous parler de ce titre ?

Eh bien… je ne l’ai pas encore lu ! Mais de ce que j’ai pu voir, c’est avec une Justice League venue d’un univers alternatif où ça a méchamment mal tourné. D’où des versions totalement “métal” des personnages. Visuellement, c’est clair que c’est dans l’esprit. Et il me semble que le dessinateur, Greg Capullo est branché hard rock. Ça se ressent dans ses dessins…

Aurais-tu un comic book à conseiller à des métaleux, punks et affiliés… ?

Celui qui me vient tout de suite à l’esprit, puisque c’est moi qui ai la chance de le traduire, c’est Deadly Class de Rick Remender et Wes Craig, édité VF par Urban Comics. Ça suit les aventures sanglantes d’élèves d’une école secrète pour futurs assassins de syndicats du crime dans les années 80. L’un des personnages est un gros hardos fan de Slayer et de Maiden, un autre découvre le punk hardcore, il y a une gothique fan de Siouxsie and the Banshees…

Remender a bossé pour le label punk Fat Wreck Chords (encore une passerelle comics/musique brutale) et ça se sent, il y a toujours de grosses références punk et métal. Les personnages sont attachants, ça va à cent à l’heure, c’est clairement l’une de mes séries préférées des cinq-six dernières années. Donc, pour redescendre en douceur après le shoot d’adrénaline des trois jours de Hellfest, je conseille à tous ceux qui reviendront du festival de lire Deadly Class !

Si tu pouvais choisir un super pouvoir, lequel serait-ce ?

Me démultiplier comme Madrox des X-Men pour pouvoir voir deux concerts en même temps au Hellfest.

Deadly Class, la série trop classe de Rick Remender

Deadly Class, la série trop classe de Rick Remender disponible en VF chez Urban Comics.

Interview réalisée par Dominique Clère en mai 2018

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