Après avoir été un peu retournés par l’édition 2018 du Hellfest, on avait évidemment coché celle de 2019 sur notre agenda. Et pour nous y préparer on est allé à la rencontre de Camille Gardeil, traducteur et fan de metal.

Les cheveux longs, la barbe, le regard affirmé, Camille Gardeil a bien le profil du fan de metal. Mais c’est avant tout un traducteur émérite, qui nous plonge dans l’univers de Conan le Barbare qu’il traduit pour Panini.

En cette édition 2019 du Hellfest où Manowar fera sa dernière date en France, Camille est le témoin le plus approprié pour parler de cet univers ou se marie mediator et slip en cuir.

Salut Camille, tu traduis pour Panini le comic-book Conan le barbare, comment y es-tu venu ?

Salut ! Pour être précis, c’est la partie rédactionnelle de la collection Hachette Savage Sword of Conan que je traduis. C’est Edmond Tourriol qui m’a proposé ça. Et comme je suis assez friand des univers fantastiques, j’ai sauté sur l’occasion.

Histoire de me familiariser avec ce monde d’épée et de sorcellerie, j’ai lu les nouvelles originales de Robert E. Howard, avant de me lancer dans la première traduction, par Patrice Louinet, un des plus grands spécialistes de l’auteur en France. Ça m’a permis de mettre un premier pied dans l’Âge hyborien !

Est-ce que l’univers développé par Robert E. Howard te parle ?

Je le trouve assez intéressant. C’est un monde assez sombre, peuplé de bêtes et de tribus sauvages, quand ce ne sont pas des monstres terrifiants. Pourtant, il semble que même dans les bastions de la civilisation, on ne soit à l’abri nulle part, tant Howard considérait l’homme « civilisé » d’un œil noir : dans les villes, les gourdins des sauvages et les crocs des bêtes laissent la place aux lames et au poison des assassins, ainsi qu’à la sorcellerie des magiciens cherchant le pouvoir.

On va un peu de Charybde en Scylla… et il faut bien être un barbare de la trempe de Conan pour survire à un monde si hostile !

J’ai lu par ailleurs que tu étais rôliste, est-ce que tu retrouves des passerelles entre Conan et les jeux de rôle ?

L’univers de Conan est, il me semble, une inspiration évidente pour les premiers jeux de rôles : le héros qui fait son petit bonhomme de chemin pour tomber, plus ou moins par hasard, sur une quête dangereuse, avec un trésor à la clé. C’est un schéma que l’on retrouve dans de nombreuses histoires de Howard, et dans pas mal de scénarios de JDR.

Camille Gardeil à la recherche de l’esprit de Conan le Cimmérien

Cette année, le Hellfest accueille Manowar. Dans leur imagerie, on est assez proche de Conan le Barbare non ?

Ah ça, c’est assez évident. Quand on regarde leurs pochettes d’album, presque toutes dessinées par Ken Kelly et souvent occupées par un mec super musclé à la longue tignasse noire, on fait tout de suite le lien avec l’apparence habituelle de notre Cimmérien préféré, comme l’ont dessiné des artistes comme Boris Vallejo ou Earl Norem.

L’imagerie de Conan ne se marie-t-elle pas un peu avec celle du hard rock des années 80, 90 ?

Carrément ! C’était un peu la mode des groupes de heavy metal aux sonorités héroïques, comme Manowar, bien sûr, mais également Helloween, Stratovarius ou Rhapsody of Fire. Je pense que tous ces groupes se sont largement inspirés d’œuvres fantastiques comme celle d’Howard !

Chez le métalleux (…) on est bien souvent dans la provocation

Comment expliquerais-tu cet attrait des métalleux d’alors pour Conan, la bestialité, sa virilité, les clous ?

Chez le métalleux, de cette époque comme d’aujourd’hui, on est bien souvent dans la provocation. Bestialité, cuir et clous permettent de se démarquer du commun des mortels, trop lisses et conformistes aux yeux de fans de rock, comme pouvaient l’être les gens civilisés aux yeux du sauvage Conan le Barbare !

Les slips en peau de bête, c’est ta came aussi ?

J’ai pas un physique aussi avantageux que notre ami cimmérien, ça m’irait pas franchement. Puis les peaux de bêtes, ça fout des poils partout, j’ai assez à faire avec mes cheveux et ma barbe.

Toi-même es-tu fan de metal ?

Carrément, depuis l’adolescence ! À l’époque, j’étais d’ailleurs très fan de Rhapsody of Fire et d’autres groupes de power metal dans le genre. J’en écoute un peu moins aujourd’hui, même si j’ai découvert Beast in Black y a pas longtemps. C’est bien kitsch comme il faut pour du bon power metal, j’adore. Et j’ai réussi à me faire dédicacer un T-shirt !

Puisqu’on parle Hellfest, est-ce un festival qui te parle ?

Et comment, j’y suis allé pour la première fois en 2013, et j’ai adoré l’ambiance. J’y suis retourné en 2018, pour voir qu’en cinq ans, ça avait vachement changé ! Et j’ai réussi à me choper un pass 3 jours y a pas longtemps.

As-tu des groupes à conseiller à nos lecteurs ?

Pour rester dans le thème héroïque, il ne faut pas rater Gloryhammer. C’est un groupe de power metal parodique. Bon délire : la musique est bonne et les paroles sont marrantes ! Dans le même genre, on a Sonata Arctica. Si on est plus folk, Trollfest est pas mal. Et je compte bien aller voir Skald. Certes, c’est pas du métal à proprement parler, mais c’est un bon groupe de folk français.

Mon coup de cœur de l’année, que j’ai hâte de voir sur scène, c’est les petits jeunes néo-zélandais d’Alien Weaponry, qui chantent en Maori. Et franchement, ça rend vachement bien.

Dernière question Superpouvoir, si tu pouvais avoir un superpouvoir, lequel serait-ce ?

Le contrôle de la mémoire, pour pouvoir me faire oublier des trucs et redécouvrir des films, jeux vidéo, livres ou comics que j’ai adorés en étant à nouveau surpris !

Allez, on se voit en enfer ?

Interview realisée en juin 2019 par Dominique Clère

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