The Great Old Ones

“Dans sa demeure de R’lyeh la morte, Cthulhu rêve et attend” écrivait H.P. Lovecraft. Il attend quoi ? Mais qu’on le réveille, pardi ! Le groupe The Great Old Ones si risquera au Hellfest dimanche.

Quand un radio-réveil de chez Darty ne suffit pas, il faut envoyer l’artillerie lourde. Le groupe bordelais The Great Old Ones, au nom éminemment évocateur, voire invocateur, est de ceux-là. Leur Black Metal réveillerait une légion de véliplanchistes en souffrance, mais pour réveiller Cthulhu, peut être fallait-il que leur musique soit plus amplifiée. Dimanche à 13h35, sur la scène Temple du Hellfest elle le sera. Le rituel sera-t-il assez fort pour réveiller les grands anciens ? On est allé poser cette question parmi d’autres à Benjamin Guerry, guitariste et lead vocal du groupe.

Salut Ben ! Lovecraft est une référence que l’on retrouve beaucoup dans le black et le death, à quoi l’attribuerais-tu ?

Salut ! Les artistes et les auditeurs de metal ont toujours aimé les univers complets et cohérents. Tolkien par exemple a toujours été une influence récurrente. Lovecraft a créé au travers de ses œuvres une cosmogonie particulièrement captivante, avec un lien entre la majorité de ses œuvres qui rend le tout très complet. La nature sombre, occulte, et désespérée de ses écrits en fait une inspiration parfaite pour le death et le black métal. Les savoirs interdits, la fascination pour ce qui nous dépasse, sont des thèmes qui reviennent souvent dans ces styles de musiques extrêmes.

Dans votre cas la référence est encore plus explicite, que ce soit dans votre nom et dans les thèmes des chansons, pourquoi ce choix ?

Quand j’ai commencé à composer les premiers titres d’Al Azif, notre premier album, j’ai rapidement retrouver les sensations que me procuraient les lectures des écrits de l’auteur. Cela m’a semblé être une évidence. Le nom du groupe est donc venu naturellement.

De plus, Jeff Grimal, qui a été la première personne à me rejoindre quand j’ai voulu créer un groupe, était déjà très influencé par Lovecraft dans ses peintures. Cela a créé une excellente cohésion entre la musique que j’écrivais et son travail graphique. D’ailleurs, et même si Jeff ne fait plus aujourd’hui partie du groupe, nous continuons à travailler ensemble sur la partie visuelle de The Great Old Ones.

The Great Old Ones EOD A Tale Of Dark Legacy

L’univers visuel très lovecraftien de The Great Old Ones par Jeff Grimal.

Votre musique, c’est comme cela que vous imaginez l’atmosphère de l’univers des Grands anciens ?

Notre mise en musique de Lovecraft est assez différente de ce qui a pu être fait jusque-là. Mais au final, nous n’avons jamais prétendu proposer une vision universelle de l’univers de Lovecraft. Les sentiments ressentis par un lecteur et un auditeur sont par définition assez subjectifs. C’est donc notre vision, en faisant vivre des histoires, des lieux, dans une atmosphère sombre et mélancolique. Certainement que certaines personnes y verraient complètement autre chose, mais c’est ce qui rend l’art intéressant.

Comment s’est formé votre groupe ?

J’ai commencé seul chez moi, en tant que one man band. Mais quand j’ai eu quasiment terminé le premier album, j’ai eu envie de pouvoir jouer les morceaux sur scène. Je connaissais déjà Jeff qui m’a immédiatement contacté quand il a connu mes intentions. Puis les autres membres nous ont rejoint par divers biais. Nous avons sorti 3 albums, Al Azif en 2012, Tekeli-li en 2014, et EOD – A Tale of Dark Legacy en 2017.

Le line up a pas mal bougé durant les deux dernières années, à l’exception de Léo Isnard (Batterie) et moi-même. Mais nous avons actuellement une équipe ultra soudée, prête à faire de grandes choses.

The Great Old Ones, assaisonnés façon poulpe (Photo : ATMA Photography / Nicolas Hyvoz)

The Great Old Ones, assaisonnés façon poulpe (Photo : ATMA Photography / Nicolas Hyvoz)

Êtes-vous des lecteurs assidus de Lovecraft ?

J’ai découvert Lovecraft il y a maintenant presque 20 ans, et il ne m’a jamais quitté depuis. Je relis régulièrement des nouvelles de l’auteur, que ce soit pour l’écriture des textes de The Great Old Ones, ou pour mon plaisir personnel bien sûr.

La plupart des membres du groupe ont énormément lu l’auteur, et se sentent très proches de cet univers. J’aime aussi me procurer les diverses sorties en bande-dessinée lié à l’écrivain. Il y a du bon et du mauvais mais c’est toujours intéressant de voir que son travail est sous les projecteurs particulièrement depuis quelques années. Les relectures de l’Appel de Cthulhu ou de la Couleur Tombée du Ciel sont à chaque fois de grands moments.

Tu as accompagné un concert-dessiné d’Aurélien Rosset autour des lectures de Lovecraft. Peux-tu nous parler de cette expérience ?

J’ai monté il y a quelque temps avec un ami un projet ambient / drone à base de guitare et de synthé, nommé Mendeleïev. J’avais déjà rencontré Akileos, la maison d’édition d’Aurélien Rosset, lors d’une conférence sur Lovecraft, pour laquelle il m’avait demandé d’intervenir. Ils m’ont donc proposé de participer à cet événement avec ce projet. Et ce fut une expérience fantastique.

Ce n’était pas juste un concert dessiné mais une lecture / concert dessiné. Un conteur a donc lu 3 nouvelles de l’auteur pendant que nous exécutions nos performances musicales et graphiques. Cela a créé une ambiance parfaite, propice à l’immersion dans les récits de l’écrivain. J’espère vraiment pouvoir réitérer l’expérience, car le rendu était autant original que captivant.

À quoi attribuerais-tu cet intérêt pour Lovecraft, qu’on retrouve dans des domaines divers, allant de la musique à la BD, en passant par le cinéma ?

Il y a tellement d’éléments à explorer dans l’univers de Lovecraft. Les lieux sont intriguants, les créatures sont charismatiques, l’atmosphère est profonde. La thématique du rêve revient très souvent et ouvre beaucoup de possibilités. Le personnage de Cthulhu a pris beaucoup d’importance dans la pop-culture. C’est un peu le « méchant » ultime. Le cinéma cependant manque encore de son œuvre fondamentale concernant l’univers Lovecraftien. Mais je ne désespère pas !

Cette année, vous serez au Hellfest, c’est une première pour vous ?

Non ce n’est pas une première, puisque nous y jouons pour la troisième fois. Et c’est vraiment de nouveau un plaisir et un honneur de participer à un si gros festival. L’ambiance était chaque fois excellente, avec un accueil du public fantastique. Cette année ne devrait pas y déroger. Je l’espère en tout cas !

Que ressentez-vous à l’idée de jouer là bas ?

De l’excitation, du stress et bien sûr une grande motivation. Le nouveau line up est remonté à bloc et nous avons vraiment l’intention de proposer un grand show lovecraftien.

Sans se tromper, on sait à quoi la scène Temple est destinée, Turisas, Hellfest 2014 (Photo : Dominique Clère)

Sans se tromper, on sait à quoi la scène Temple est destinée, Turisas, Hellfest 2014 (Photo : Dominique Clère)

Pour conclure, on entame la série de questions idiotes : ne trouves-tu pas que les limaces sont un peu comme des Shoggoth en plus petit ?

On peut voir ça comme ça, mais les Shoggoth étant polymorphes, difficile de savoir vraiment à quoi ils ressemblent. Cependant, le côté visqueux de la limace colle tout à fait à ce qu’on pourrait imaginer lorsqu’ils ont leur apparence normale. Même si ce serait sûrement beaucoup plus chaotique !

Elles ne te font pas flipper toi ?

Ça va. Perso ce sont plutôt les araignées qui me font flipper.

Quand vous faites un repas de groupe, vous allez manger du poulpe ?

Alors chaque fois que nous avons réussi à invoquer un poulpe, il était bien trop gros pour le faire cuire…

Question rituelle : que fais-tu si un soir, alors que tu es tranquillement installé sur ton canapé, tu entends un bruit sourd et humide qui s’approche de ta porte et que tu vois un tentacule essayer de s’introduire par la fenêtre ?

Je commence par lui demander ses intentions dans un mélange de langues interdites, puis je l’invite à venir faire une partie des « Demeures de l’Epouvante ».

Et si un grand ancien déboule pendant votre concert, vous faites une messe noire, ou vous vous carapatez ?

Cela veut dire que le concert se passe extrêmement bien, et que le rituel a abouti. Aucune raison d’arrêter, il faut aller au bout pour communier avec lui.

Pour finir notre rituel à nous, la question Superpouvoir : si tu avais un super-pouvoir, lequel souhaiterais-tu avoir ?

Sérieusement, celui d’anéantir tout ce qui nous impose des conventions et des façons d’être, à commencer par les religions.

Et si je devais en trouver un plus fun, celui de visiter d’autres mondes, et de traverser l’espace me conviendrait bien !

The Great Old Ones

Interview réalisé par Dominique Clère en juin 2018