Manowar

Dernière danse pour Manowar qui passera au Hellfest le 21 juin 2019 pour leur Final Battle Tour. Superpouvoir revient avec Edmond Tourriol sur l’histoire du groupe.

Qu’elle était bien cette époque des années 80, entre moustaches et odeurs de cuir ; c’était l’apogée du style bodybuildé où Schwarzie cartonnait à coup de blockbusters musclés.

Et la musique, à l’époque était sur le même voltage… quadriphasée ! Parmi les représentants de cette époque, personne n’a oublié Manowar dont les décibels ont fait saigner bien des oreilles à travers le monde.

Pour célébrer la fête de la musique, ils seront de retour vendredi sur la Mainstage du Hellfest. C’est l’occasion de revenir un peu sur leur histoire avec Edmond Tourriol, le traducteur de Walking Dead, fan forcené du groupe.

Salut Ed. L’an passé, on évoquait ta période cuir où tu évoquais ta passion pour Manowar. Peux-tu évoquer ce que représente ce groupe pour toi ?

Aujourd’hui, ça représente surtout des souvenirs partagés avec des potes. Des bières et des virées en concert. Sinon, je me souviens de la première fois que je les ai découverts. Quelle baffe ! J’entendais en musique ce que je lisais dans Conan, par exemple. De vrais morceaux d’Heroic Fantasy en musique. Blood of the Kings et Hail and Kill. Quelle tuerie ! Surtout l’intro de Blood.

Les as-tu déjà vus en concert ?

Oui, bien sûr. Pas tant que ça, en fait, mais deux fois quand même. Une fois à Paris, à la Loco. C’était une espèce de showcase avec 3-4 chansons. Mais c’était cool parce que comme j’étais pote avec le fan club officiel du groupe, j’avais eu droit à ma petite rencontre avec eux. Et ensuite, je les ai revus à un concert de plus de deux heures au Bikini, à Toulouse.

J’ai lu que tu les avais interviewés également, comment ça se passe une interview quand on est fan d’un groupe comme Manowar ?

Tu vas trouver ça bizarre, mais je ne m’en souviens même pas, en fait. C’était il y a plus de vingt ans et je n’avais pas bu que de l’eau, ce soir-là. Je me souviens quand même que j’étais bien énervé parce que le service de sécurité m’avait confisqué mon appareil photo (un Canon avec un super objectif et un flash exprès pour les photos en concert) et que j’avais peur de pas le retrouver à la consigne en sortant.

Évolution look Manowar

Des 80’s à 2019, Zardoz a bien vieilli.

Muscles saillants, virilité exacerbé, explosion de décibels le groupe ne cultive-t-il pas depuis ses débuts une imagerie too much ?

Ah mais si, carrément. C’est ça qui est génial. Manowar, c’est un peu comme quand t’es gosse et que t’écoutes de la musique dans la ta chambre. Tes parents te disent de baisser le son parce que c’est trop fort, et qu’est-ce que tu fais ? Tu montes le son jusqu’à 10, yeah ! All men play on ten, c’est ce qu’ils disent ! J’adore. C’est de la pure provoc’, c’est ma came.

Manowar, le politiquement correct, ils lui chient dessus

Par son imagerie, n’incarnent-ils pas également une certaine image de l’Amérique ?

Possible. Je ne sais pas trop laquelle, parce qu’ils vont quand même assez loin dans la déconne, avec le cuir ou les peaux de bêtes, même s’ils se sont bien calmés au niveau du look Conan. Mais effectivement, on ne risque pas de les prendre pour des social justice warriors, par exemple. Le politiquement correct, ils lui chient dessus. Et ils lui chiaient déjà dessus avant Internet et avant 4chan. Ça aussi, ça me plaît.

J’ai échangé avec Camille Gardeil, le traducteur des rédactionnels de la collection Le Monde Sauvage de Conan chez Hachette. Le héros d’Howard n’est-il pas également une inspiration majeure du groupe ?

Je ne sais pas. Je crois que pour les lecteurs de Conan, la parenté est évidente, mais pour Manowar, les influences sont plutôt du côté de la mythologie scandinave. Thor, Odin, les Valkyries, tout ça… Et tout ce qui est épique. Les batailles en général.

Le groupe s’autoproclame d’être les Kings of Metal. Il y a une dose de provocation là-dedans non ?

C’est compliqué d’exister médiatiquement quand on est un groupe de Heavy Metal, aux États-Unis. Je veux dire, leur musique est plus proche de Maiden que de Metallica, par exemple. Ils n’ont jamais vraiment été à la mode. C’est pas AC/DC. C’est pas Guns ‘n’ Roses. Pour faire parler de toi, tu as besoin d’un gimmick. D’une marque de fabrique. Eux, c’est l’outrance. Les fringues, les motos sur scène, le son à fond qui oblige la police à intervenir pour couper la sono. Ils ont fait enregistrer certains niveaux de décibels dans le livre des records. Ils n’étaient pas numéro un des ventes, mais ils pouvaient monter sur le trône du groupe le plus bruyant. C’était une façon d’exister. De communiquer. Ils avaient compris pas mal de chose, niveau promo.

Cette année donc, ils seront au Hellfest, Joey DeMaio ayant promis de venir botter quelques culs, le Hellfest, n’est-ce pas une scène à la démesure du groupe ?

La démesure, je n’en sais rien, mais j’aurais tendance à dire qu’ils sont sur la même longueur d’onde. Beaucoup d’esbroufe, le son au taquet. Les groupies court-vêtues. Oui, ils seront à leur place.

Leur tournée s’intitule le Final Battle Tour, la dernière donc… que retiendrons-nous du passage de Manowar sur Terre ?

Franchement ? Je retiendrai quelques hymnes qui tournent encore dans ma platine. Mais bon, ils n’ont pas vraiment révolutionné quoi que ce soit. En revanche, ils ont joué comme des branques et ils n’ont jamais déçu leurs fans. Un concert de Manowar, c’est une putain d’expérience. Tu en ressors vidé et couvert de sueur.

Et après ?

Quoi, après ? Tu crois qu’avec les acouphènes qui t’attendent après un concert de Manowar, tu vas pouvoir faire quoi que ce soit d’autre que te reposer ? Tu rêves !

Interview réalisée par Dominique Clère en juin 2019.

Manowar (Diane Davies)

MANOWAR à la Jahrhunderthalle de Francfort le 23/01/2019 (Photo: Sebastian Konopka for MAGIC CIRCLE ENTERTAINMENT)

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