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C’est le 26 août dernier que nous avons appris le décès à l’âge de 74 ans du réalisateur américain Tobe Hooper. Artisan contestataire considéré comme l’un des grands maîtres du cinéma dit de genre , il a révolutionné les conventions avec son premier chef d’oeuvre, Massacre à La Tronçonneuse, brûlot macabre et totalement southern qui incarne encore aujourd’hui à lui seul la déliquescence d’une Amérique en totale perdition morale. Si on y regarde de plus près, Hooper n’est pas l’homme d’un seul film, comme d’aucun voudrait le croire. Si pas une seule de ses autres tentatives ne s’est idéologiquement élevée aussi haut que Massacre, il est n’en reste pas moins que le réalisateur Texan né à Austin aura vaillamment déconstruit un système de productions inertes tout le long d’une filmographie à la fois terrifiante et volontairement décomplexée au niveau de son humour.

Car il n’est jamais trop tard pour bien faire, voici cinq trucs que vous ne saviez-peut être pas sur Tobe Hooper, l’homme ou l’artiste.

« La tronçonneuse s’est tue… Mais nous l’entendrons pour toujours. »

Clive Barker – tweet posté en hommage au réalisateur.

 

1- Massacre à La Tronçonneuse n’est pas un film gore.

Le titre nous évoque mille et une images désagréables, même dans les pensées de ceux qui n’en ont jamais entendu que le nom, concluant par lui seul à un film horrible à voir. Une rumeur persistante veut que le chef d’oeuvre de Tobe Hooper sorti en 1974 soit un film terriblement éprouvant graphiquement. Or, vous seriez surpris, vous qui ne l’avez pas vu, d’apprendre que l’hémoglobine est au contraire très rare dans ce métrage. Film culte, Massacre à la Tronçonneuse embrasse une méthode de narration documentariste certes proche de la réalité mais jamais gratuitement violente. Hooper fait avant tout reposer son atmosphère sur un malaise constant, parfois désamorcé par une forme d’humour cartoonesque et hystérique hérité des cartoons dont il était fan. A contrario, la suite / remake du film sorti en 1986 épousera allègrement cette dernière forme d’humour et ne lésinera pas sur les effusions exagérées de sang – une formule toute proche des années 80, période historiquement consumériste et too-much.

 

2 – Poltergeist : on ne sait toujours pas avec certitude qui a réalisé le film.

Si le film Poltergeist, histoire de fantômes sortie en 1982, a bel et bien été écrite et produite sous l’égide de Steven Spielberg, c’est pourtant Tobe Hooper qui est crédité à la réalisation et le métrage figure toujours dans sa filmographie lorsqu’il est évoqué. Cependant, depuis son tournage, de nombreuses rumeurs provenant de la presse, de l’équipe technique et de certains comédiens, assurent que Spielberg aurait eu plus que sa part de travail derrière la caméra. Bloqué par contrat suite à la réalisation de son E.T, le petit génie n’aurait tout simplement pas eu les coudées franches pour réaliser lui même Poltergeist et aurait engagé Hooper pour assurer toutes les prises de vue. Toutes ? Rien n’est certain. D’après la comédienne Zelda Rubinstein, Spielberg aurait tourné l’intégralité de ses scènes – soit six jours de tournage. Plus récemment, John Leonetti, assistant-réalisateur, a déclaré que Spielberg avait bel et bien réaliser le plus gros du film. Si l’intéressé insiste sur la véritable collaboration qui a unit les deux hommes durant le tournage, allant jusqu’à publier une tribune public pour remercier Tobe Hooper, le réalisateur de Massacre à la Tronçonneuse a considéré le sujet toujours très sensible et a souvent plus ou moins fustigé la presse d’avoir créer la controverse.

Reste que les thématiques abordées dans le métrage et sa patte horrifique assumée qui lui vaut encore aujourd’hui de figurer parmi les 80 films les plus terrifiants du cinéma U.S sont aussi proches de Hooper que de Spielberg, rendant son analyse fascinante à plus d’un titre.

Rappelons que le film, qui a engendré deux suites auxquelles les deux hommes n’ont pas participé, souffre de la réputation d’être maudit du fait des nombreuses morts suspectes entourant son tournage et sa sortie.

3 – La tuerie d’Austin : Tobe Hooper était présent.

Le 1er août 1966 a eu lieu l’un des plus atroces massacres de masse de l’histoire des États-Unis. Charles Whitman, ancien membre du corps des Marines, assassine mère et femme avant de se rendre sur une tour de l’université d’Austin d’où il abattra 16 personnes et en blessera plusieurs avant d’être neutralisé par les forces de l’ordre. L’autopsie de Whitman révélera qu’une tumeur maligne lui pressait le cerveau, obstruant son jugement et ses actes et qu’il n’aurait pas terminé l’année. Ce jour fatidique, Tobe Hooper, étudiant en cinéma sur le campus, est présent. Il en restera marqué toute sa vie et on peut percevoir au détour de sa filmographie de nombreux personnages dérangés, tuant à la chaîne par pure folie, comme le vétéran du Vietnam joué par Neville Brand dans Le Crocodile de la Mort (1977).

4 – Tobe Hooper et Freddy ? Presque.

L’acteur Robert Englund est avant tout connu pour son rôle culte du croque-mitaine Freddy Kruger, popularisé par un autre grand contestataire de l’épouvante, Wes Craven. Mais avant de tourner Les Griffes de la Nuit, Englund a collaboré avec Tobe Hooper en jouant le rôle de Buck dans Le Crocodile de la Mort. La première phrase du film prononcée par le comédien, « My name is Buck and I’m here to fuck » a été reprise en guise d’hommage par Quentin Tarantino dans le premier volet de son diptyque Kill Bill. Englund collaborera ensuite à plusieurs reprises avec le réalisateur : Nuits de Terreur (1993), The Mangler (d’après Stephen King, 1995), un épisode de l’anthologie Masters of Horror (2005) mais aussi le pilote de la série Freddy, Le Cauchemar de Vos Nuits, revenant sur la nuit fatale qui fit de Fred Kruger le monstre que nous connaissons. Des collaborations qui font d’Englund l’acteur ayant le plus souvent travaillé avec lui.

Voici quelques mots de l’acteur sur son travail avec le bonhomme (V.O)

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5 – Hooper et Billy Idol

En 1982, le chanteur anglais Billy Idol sort en solo le titre culte Dancing With Myself. C’est Tobe Hooper qui se charge de la réalisation du clip. On y retrouve toute la folie plastique du réalisateur : ambiance macabre, éclairage et visuel parfois proche d’une bande-dessinée. Dans la vidéo, le chanteur est en haut d’un immeuble, attaqué par un groupe de zombies en loques grimpant à sa rencontre. Idol les électrocute pour les précipiter à bas et ces derniers remontent une ultime fois pour danser avec le chanteur. La danse par électrocution revient dans l’épisode Dance Of The Dead de l’anthologie Masters of Horror (saison 1) où Hooper met en scène Robert Englund en propriétaire d’un cabaret post-apocalyptique où l’on fait danser des cadavres à coups d’électro-chocs pour divertir un public à la dégaine punk.

Dans l’horreur, tout est cyclique.

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