Récemment, nous nous intéressions au cas de Cameron Stewart, scénariste et dessinateur,  accusé par plusieurs femmes d’avoir usé de son statut privilégié pour les manipuler et profiter d’elle. Aujourd’hui,  nous nous penchons sur le cas de Warren Ellis, qui a fait lui aussi l’objet de ces accusations.

Warren Ellis est un scénariste et romancier dont l’aura et l’influence sont encore bien plus importantes. Véritable refondateur de l’écriture super-héroique avec The Authority, chantre du cyber punk dans les comics avec Transmetropolitan, source d’inspiration pour le cinéma avec Red ou encore Iron Man Extremis ( qui servira de base à Iron Man 3), Warren Ellis est une des figures les plus importantes de l’industrie depuis une trentaine d’années.

Warren Ellis (Gage Skidmore)

Particulièrement actif sur Internet depuis la fin des années 90, il aura réussi à créer autour de lui toute une communauté. Entre 1998 et 2002, il animera d’ailleurs le Warren Ellis Forum (le WEF), un forum qui servira de vivier à toute une génération de créateurs : Matt Fraction, Kelly Sue De Connick, Chip Zdarsky, Ed Brubaker, G. Willow Wilson, Kieron Gillen, Sam Humphries, Alex De Campi. C’était THE place to be pour les fans d’Ellis, ceux qui voulait percer dans le métier ou ceux qui se retrouvait dans l’esprit du forum. Le WEF était à l’image de son créateur : libertaire, intellectuel, irrévérencieux. C’était aussi le lieu où Ellis s’est construit un petit culte de la personnalité, s’entourant de Filthy Assistants (en référence aux assistantes de Spider Jerusalem dans Transmetropolitan), modérant très fortement les discussions (il était surnommé Stalin), distribuant bons et mauvais points dans ce qui semblait un environnement bon enfant, mais qui portait déjà les germes de sa conduite future, avec un intérêt particulier porté vers ses groupies féminines. Pratiquant la photographie, Ellis ne manquait ainsi pas de modèles.

Couverture de Transmetropolitan #27 par Jim Lee (DC Comics, 1999).

Il y a peu, l’écrivaine Katie West a jeté un pavé dans la mare. Dans un message sur Twitter, maintenant effacé, elle accuse Warren Ellis d’avoir exercé, tout au long de sa carrière des pressions sur des jeunes femmes – dont elle-même – afin d’obtenir des faveurs sexuelles. La musicienne Meredith Yayanos ou encore la photographe Jhayne Holmes lui ont emboîté le pas. Holmes a d’ailleurs créé un chat privé afin de réunir toutes les jeunes femmes ayant été victime du scénariste afin qu’elles puissent parler de leurs expériences. Au 20 juin, Holmes comptait une soixantaine de jeunes personnes dans le groupe. Elle relevait alors un modus operandi bien huilé :

  1. « Il entre en contact avec moi quand je suis jeune/vulnérable/en proie aux doutes. »
  2. « Il se comporte comme un maître à penser, me donne une attention que j’apprécie… »
  3. « … mais ensuite il passe les bornes. »
  4. « Il dit que je suis son univers/que nous sommes meilleurs amis/qu’il est mon petit secret/il soutient ma carrière de telle façon que je me sens redevable et que je ne peux lui dire non. »
  5. « Il me jette. J’en veux à moi-même. »

Après ces révélations, Warren Ellis a réagi au travers de sa newsletter. Dans un dernier message avant sa fermeture, il reconnaît de mauvais comportements et présente ses excuses.

« Je ne me suis jamais considéré comme quelqu’un de célèbre ou de puissant, au point que j’ai fait beaucoup de mauvaises blagues à ce sujet depuis une vingtaine d’années. Il ne m’était jamais vraiment venu à l’esprit que les autres ne voyaient pas forcément les choses de la même façon, que je n’étais pas sur un pied d’égalité lorsque je recevais de l’attention, mais que j’agissais depuis une position de pouvoir et de privilège. Je n’ai pas pris cela en compte dans un certain nombre de mes interactions personnelles.  C’était une erreur et je le prends sur moi. 

Bien que j’ai fait beaucoup de mauvais choix par le  passé et dit beaucoup de mauvaises choses, permettez-moi d’être clair : je n’ai jamais consciemment forcé, manipulé ou abusé qui que ce soit et je n’ai jamais agressé personne.  Je ne savais pas de quelle position j’opérais à un moment où j’aurais dû être clair. Pour cela, j’en prends la responsabilité à 100%. (…)

Je continuerai à écouter, à apprendre et à m’efforcer d’être un meilleur être humain. J’ai été mis au courant de mes transgressions, j’ai cherché à faire amende honorable auprès des gens et je continuerai de le faire. Je me suis excusé, je m’excuse et je continuerai de m’excuser et d’assumer l’entière responsabilité de mes actions sans équivoque. Je vais me taire maintenant, plus écouter que parler, car les autres voix comptent beaucoup plus que la mienne en ce moment. »

À la demande d’Ellis (selon Bleeding Cool), son histoire courte prévue dans  Dark Nights Death Metal Legends of the Dark Knights a été remplacée. Le huitième numéro de The Batman’s Grave, initialement prévu pour juillet, a été repoussé à une date encore à déterminer. Le scénariste semble donc bel et bien vouloir faire profil bas à l’heure actuelle. Pour laisser passer la tempête médiatique ou pour une véritable introspection ? Lui seul lui le sait.

Couverture de The Batman’s Grave #8 par Bryan Hitch (DC Comics, 2020)

Sources : Multiversity, Doctor Nerd Love

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