Depuis l’affaire Weinstein et le mouvement #metoo, la parole s’est libérée concernant les comportements prédateurs de certains hommes envers les femmes. Nous avions déjà dressé un panorama du harcèlement et du sexisme dans les comics lors du renvoi de l’éditeur Eddie Berganza par DC Comics, et des piqûres de rappel entre temps avaient confirmé que tout n’avait pas été dit. Hélas, ces derniers jours, ce sont plusieurs affaires d’importance qui ont rappelé à quel point les comics sont loin d’être exempts de comportements inconvenants. Parmi les mis en cause, le dessinateur Cameron Stewart.

Cameron Stewart est un artiste canadien connu pour ses collaboration avec Ed Brubaker sur la série Catwoman, avec Grant Morrisson sur Sea Guy ou avec Brendan Fletcher et Babs Tarr sur Batgirl et Motor Crush. Il a également reçu de nombreux prix pour sa série numérique Sin Titulo et il a signé la suite en BD de Fight Club avec Chuck Palahniuk. Stewart est donc un auteur reconnu et renommé, une position dont il aurait abusé selon certains témoignages.

Couverture de Catwoman #20 par Cameron Stewart (Marvel Comics, 2003)

L’artiste et modèle Aviva Maï a ainsi partagé sur Twitter son expérience avec le dessinateur. Jeune fan et apprentie artiste de 16 ans, elle a attiré l’attention de Stewart, alors âgé d’une trentaine d’années. Après avoir flirté par SMS et s’être rencontré lors d’un rendez-vous, les choses en restent là. Jusqu’à ce que quelques années plus tard, Stewart lui précise « regretter d’avoir laisser passer sa chance de sortir avec elle ». En soi, rien de répréhensible légalement, mais le témoignage va en appeler d’autres, dressant le portrait peu flatteur d’un homme d’âge mûr aimant particulièrement les jeunettes et n’hésitant pas à se servir de sa popularité auprès de jeunes lectrices pour les manipuler.

C’est ainsi que l’artiste Kate Leth (Patsy Walker AKA Hellcat!, Adventures Time) a confirmé avoir eu aussi affaire à Stewart alors qu’elle avait 19 ans, tandis que la comédienne Natasha Negovanlis (la web-série et le film Carmilla), qui n’a pas souhaité s’exprimer plus avant, affirmait avoir connu « une histoire similaire« .

La palme revenant à l’histoire d’Evelyn Hollow (écrivaine spécialisée dans le paranormal), qu’elle raconte dans une série de notes postées sur Twitter. Elle y dresse le portrait d’un trentenaire solitaire qui n’hésite pas à aborder une jeune fille de 17 ans en conversation privée, à  établir une amitié amoureuse longue distance avec la jeune fille jusqu’à obtenir des jeux sexuels à 18 ans et finalement une véritable relation sexuelle à ses 22 ans, avant de la lâcher, profitant de fragilités psychologiques. Si elle ne nie pas que toutes les relations sexuelles ont été consenties, elle ne peut s’empêcher de penser qu’elle a surtout été l’objet d’un homme au comportement malsain et manipulateur. Elle conclue ainsi : « Je me souviens de la fois où je lui ai parlé de mes tentatives de suicide et où il m’a répondu :  » Si ça n’a pas marché,  pourquoi tu n’as pas réessayé aussitôt ? ». Je pensais que c’était de l’indifférence.  Je réalise aujourd’hui,  avec un point de vue d’adulte, qu’un trentenaire qui savait que j’étais fan de son travail a tout simplement préparé le terrain dès mes 17 ans pour commencer une amitié sexuelle à 18 et encourager mes tendances suicidaires arrivé à  22 ans ».

Devant ces témoignages,  l’ancienne organisatrice de conventions Andrea Demonakos confirme que Stewart était connu comme un prédateur dans le circuit comics de Toronto et qu’elle a elle-même prévenu plusieurs jeunes femmes du danger. Kate Leth enfonce le clou : « Il a carrément déménager à  Berlin parce qu’il avait épuisé toutes les filles de Montréal et Toronto. Il me l’a dit ! À moi !!! ».

Cameron Stewart

Depuis, Cameron Stewart a fermé ses comptes Twitter et Instagram et n’a répondu à aucune sollicitations de journalistes. DC Comics aurait annulé un projet inconnu avec le dessinateur et les auteurs de l’anthologie Ice Cream Man (Image Comics) ont annoncé qu’ils ne publieraient pas la couverture alternative du vingtième numéro signée par Stewart.

 

Sources: CBR, Bleeding Cool

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