AMC a du souci à se faire. Deux mois après le début de la saison 8 de son show fétiche, le constat est rude : The Walking Dead peine de plus en plus à convaincre son pourtant fidèle auditoire de plus en plus blasé. Attention : cet article contient des Spoilers !

Chutes vertigineuses de l’audience, amaigrissement progressif de l’intrigue et paresse scénaristique (sans oublier les prises de risque de plus en plus rares dans l’élimination de ses protagonistes), les internautes n’épargnent plus rien à ce qui reste pourtant l’une des séries les plus regardées du petit écran, allant jusqu’à multiplier les parallèles entre la déliquescence massive du show et l’état d’appauvrissement physique de ses zombies.

Des morts-vivants qui étaient initialement le sel de cette histoire et qui sont depuis quelques saisons laissés à l’arrière plan au profit de nouveaux personnages humains aux comportements sadiques et à l’envie de domination perpétuelle qui ne plaît pas à tout le monde.

Malgré les superbes maquillages des équipes de Greg Nicotero (maquilleur depuis devenu showrunner), le zombie n’est plus qu’un pis aller dans une guerre de clans poussive entre survivants de mieux en mieux organisés. La sédentarisation des héros de The Walking Dead les auraient-ils rendus chiants ou tout simplement cons comme des pelles ?

Résumons : voilà une saison et demie que Rick Grimes et sa petite bande se fait malmener par les Sauveurs, un groupe de survivants dirigé par Negan (pour le coup impeccablement campé par Jeffrey Dean Morgan), un leader charismatique, flegmatique et violent, à l’image des plus grands meneurs fachistes. Sous des dehors d’équité, ce dernier fait régner la terreur en exploitant des ouvriers et en punissant de mort quiconque s’en prend à son clan qui le suit avec crainte. Ainsi, après avoir encerclé Rick et tué deux personnages réguliers en début de saison 7, les Sauveurs ont été le moteur principal de l’histoire, fascinant autant qu’ils dérangent par leur main mise et leur perversité morale à l’égard des autres personnages. Insaisissables et organisés dans une ancienne aciérie muée en forteresse, les Sauveurs s’opposent à d’autres groupes réduits à une docilité forcée devant leur nombre : la Colline et le Royaume, chacune dirigée par une tête pensante. D’un côté, Gregory, nantis faible et peu respecté qui refuse de prêter asile à Rick et ses amis et de l’autre Ézéchiel.

Ce dernier a été le plus bel ajout à la série – du côté des bons, Negan continuant de fasciner par son côté sociopathe inébranlable. Auto-proclamé « Roi », cet homme excentrique et hautement bienveillant s’est construit un personnage et une identité qui galvanise son « peuple » vers un esprit d’entraide et de survie. Une théâtralité un peu poussive qui demeure pourtant terriblement attachante et dont l’apparente naïveté dénoncée par les survivants d’Alexandria a permis de faire du Royaume un vrai repaire de guerriers, justes et honorables – ce qui prouve avec excès que les valeurs du monde ne se sont pas complètement écroulées.

Si ses nouveaux clans sont un vrai plus quant à l’avancée de l’histoire, ils permettent aussi l’introduction de nouveaux personnages qui viennent réduire l’impact psychologique de ceux que nous connaissons déjà et qui, par un miracle de scénario trop systématique, refusent de mourir alors qu’ils n’ont en apparence plus rien à dire ou à apporter. C’est le cas de Daryl (Norman Reedus), devenu archétype du personnage bad-ass qu’on refuse d’abattre au motif qu’il « pourrait être utile » et que les fans l’aiment trop. On peut en dire de même pour Carol, qui continue de s’isoler sans aucune raison du groupe de Rick et se laisse porter au petit bonheur la chance dans les événements – allant même au mépris du bon sens jusqu’à s’installer dans une maison où des zombies peuvent se pointer tranquillement, car située en dehors des barrières du Royaume (« Tu vas te faire manger ici », « je veux lire des livres et manger des pommes, allez-vous en ».) Pareil pour Rosita, Michonne et toute la petite bande dont les actions ne se limitent plus qu’à vouloir à tout prix casser du Sauveur pour sauver l’honneur.

Et que dire des dilemmes moraux de Morgan, absolument insupportable et lunatique (le personnage va bientôt migrer dans la série jumelle, Fear The walking Dead et on remercie les scénaristes de nous en débarrasser), sur Rick et ses mauvais choix d’alliances (le fameux groupe des Scavangers auxquels il retourne demander de l’aide malgré leur odieuse trahison en fin de saison 7 ont littéralement le mot « connard » gravé sur leurs fronts à la frange mal dégrossie), sans oublier Carl et sa philosophie de bisounours en plein territoire ennemi ? Pour des types qui ne cessent de marmonner dans leurs barbes mal taillées que le monde a changé, ils ne semblent pas bien au courant des mesures drastiques que cela est supposé impliquer. On a vu plus de pertinence de la part d’une tartine beurrée.

Entre jeux d’alliances, changements de camps et stratagème, les zombies n’ont plus le temps de vraiment exister, sauf pour charger à un moment donné les Sauveurs via une attaque commune des clans qui permet aux choses de bouger – enfin ! Sauf que ce qui devrait être un carnage (annoncé par les producteurs pour maintenir le fan déserteur devant sa télé) n’est au final qu’un pétard mouillé. Les lieutenants de Negan passent par miracle au travers des balles alors que tous leurs hommes et les zombies sont abattus avec une succession de head shots, Rick récupère une arme à feu dans l’épisode 8 et pourrait abattre Negan une bonne fois pour toute mais préfère prendre la fuite alors que celui-ci est littéralement à un mètre et n’est armé que de sa batte de base-ball. Et que dire d’Ézéchiel qui se borne à faire du boudin dans son théâtre après avoir vu les zombies faire un barbecue improvisé de son tigre domestique ? Seuls Maggie, Gabriel ou même Eugène et sa traîtrise tirent encore leur épingle du jeu, en évoluant franchement et en constituant des pions stratégiques inédits là où d’autres ne sont plus réduits qu’à leur plus basique archétype.

Cet enchaînement d’événements sans conséquences en forme de montagnes russes dont le bon fonctionnement ne dépend que de la capacité des personnages à ne pas agir avec logique fait clairement baissé l’intérêt qu’on leur porte et c’est on ne peut plus normal. L’ennemi est désormais organisé, les meurtres volontaires et personne ne surveille vraiment ses arrières alors qu’il y a des morts ambulants partout (certes, pas aussi discrets que des ninjas) qui peuvent surgir de n’importe où, n’importe quand – et qui était déjà un sacré souci dans les saisons précédentes. D’un point de vue technique, le montage des épisodes sent de plus en plus le boulot mal mâché, les notions de temps/espace sont complètement faussées (des zombies qui sont à deux mètres d’une barrière vont prendre leur temps plus que nécessaire par la magie du montage) et on rajoute des personnages cryptiques sans le moindre intérêt scénaristique (Morales ? Sérieusement ? Mais qui se souvient de ce type?)

Pour un show à l’apprêté aussi prononcée, c’est fort regrettable de remettre une moitié des décisions du casting au petit bonheur la chance, d’autant que le moral du spectateur (qui, dans les faits, poursuit le show pour voir Negan perdre et pouvoir jouir de sa défaite) est aussi fortement éprouvé qu’eux. Le spectateur n’en peut tout simplement plus d’attendre, de voir ses nerfs mis en pelote par la déconfiture des personnages pour lesquels il n’a cessé de prendre parti et dont il attend avec une once de sadisme une revanche qu’on s’imagine bien méritée. Nous faire nous sentir aussi retord est certes un choix qui s’explique mais qui lasse sur la durée, tant nous n’en pouvons plus de haïr l’ennemi – à croire que The Walking Dead est plus devenu une sorte d’expérience sociologique qu’une série télé.

De fait, le final de cette mi-saison, qui laisse le personnage de Carl condamné suite à une morsure arrivée complètement hors-champ, ne prend même pas la peine de le faire mourir sous nos yeux, alors qu’elle est absolument inéluctable. Un moyen de faire évoluer Negan, plutôt attaché à la combativité du gamin – qui entre une romance molle et des idéaux datés n’avait plus grand chose à nous dire, de toute façon ? L’épisode de son confinement avec Gabriel partait dans cette direction et nous aurons la réponse en février prochain, mois de la reprise du show sur AMC, avec une seconde moitié de saison dont on ignore encore si elle sauvera les meubles.

Tout dépend de la bonne volonté des scénaristes à se montrer moins timides et à moins usé de pathos et de gros hasard foireux.

On ose plus trop y croire…

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