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En vérité je vous le dis : Le Roi Arthur de Guy Ritchie est une pépite.

Futur cas d’école propice à l’étude de ce qui déconne plein tube dans notre système de divertissement actuel, le neuvième film du quinquagénaire british le plus insolent du septième Art s’est pris une sérieuse déconvenue au box-office. Après un mois d’exploitation, le budget de King Arthur ne s’est, en effet, toujours pas remboursé, nous privant d’ores et déjà d’une séquelle en bonne et due forme qu’il aurait pourtant mille fois mérité.

Qui a condamné le périlleux exercice qu’est la résurrection d’un des mythes les plus fondateurs de toute notre culture occidentale ? Bien des sites et des blogs se sont jusque là penché sur la question et si, chères lectrices, chers lecteurs vous souhaitez vous renseigner, je vous sais on ne peut plus à même de chercher la réponse sur vos moteurs de recherches. Pour être plus concis, les responsables les plus à vilipender, c’est vous. C’est nous.

Est-il nécessaire de rappeler l’histoire, que dis-je, le mythe d’Arthur ? Vous le connaissez n’est-ce pas ? Détrompez-vous, Guy Ritchie s’en est emparé et, par conséquent, vous ne le connaissez plus.

 

Après que le Roi-Sorcier Mordred se soit allié avec Vortigern (Jude Law), Uther Pendragon (Eric Bana), frère de ce dernier, subit un putsch de la part de son ambitieux cadet et meurt avec son épouse qui a juste le temps d’envoyer leur fils, Arthur, sur les eaux jusqu’à un bordel de Londinium où il sera élevé toute sa vie durant. Au milieu des putains et des va-nu-pieds de tout poils, le jeune homme (Charlie Hunnam) devient un vrai caïd au grand cœur, proche des petites gens et rude combattant ayant fondé son propre gang de crapules initiées. Mais une prophétie indique à Vortigern, devenu Roi d’Angleterre, que l’héritier de l’épée de Pendragon, la mythique Excalibur, attend son véritable détenteur et que s’il n’est pas retrouvé et tué, Vortigern ne deviendra jamais Roi de sang divin. Chaque citoyen du royaume est donc convié à tenter de retirer l’épée du rocher où Uther l’a planté. Un destin qu’Arthur, inconscient de ce qui l’attend, a toujours su éviter.

Pour un auteur, savoir conserver une patte identifiable au sein d’une lourde commande tient très souvent de l’équilibre impossible. Mais d’aucun y sont parvenus et les résultats de leurs œuvres font encore écho de nos jours. Faut-il pour cela rappeler les merveilles baroques que sont les Batman dirigés par Tim Burton ou les thrillers réalistes que Christopher Nolan a consacré à la chauve-souris sus mentionnée? Voire, tout simplement, le diptyque Sherlock Holmes par le même Guy Ritchie, qui avant l’avènement télévisuel de la superbe série moderne signée Steven Moffat, avait su réinventer avec brio le célèbre détective de Baker Street ? Ainsi, King Arthur entre dans la catégorie réduite mais folle des métrages à visées grand-public suintant son auteur par tout les pores. Le sous nommé « La Légende d’Excalibur » est de A jusqu’à environ Y un film estampillé Guy Ritchie : petites frappes, combines en tout genre, dialogues au diapason, montage schizophrénique, caméra ultra nerveuse et accent cockney à couper au coutelas sont au rendez-vous de ce métrage mêlant habilement heroïc-fantasy et film de gangsters anglais sans jamais dénaturer le propos des mythes dont il s’inspire – même si certaines libertés feront grincer des dents les puristes auxquels il est toujours bon de rappeler qu’un mythe, par nature, s’est construit sur diverses allitérations au fil des siècles et que le roi de Camelot n’y fait nullement exception. Nulle surprise, Arthur retirera bien l’épée et le royaume d’Angleterre lui reviendra mais le cheminement du personnage, son traitement inédit et l’approche irrévérencieuse que Ritchie choisit sans jamais se trahir est un tour de force encore rarement entrevu dans ce type de grosses productions.

 

Les cinéphiles savent pourquoi ils viennent voir un film de l’iconoclaste qu’est Guy Ritchie  : pour les mêmes raisons qu’ils vont se régaler d’un Quentin Tarantino. Voir un artiste rock ‘n roll se complaire dans un genre, se défouler sur un script et se torcher les pieds sur les conventions propres au grand public a tout d’excitant – quand ils n’ont tout simplement pas la possibilité de se torcher une partie plus charnue avec un cahier des charges. Malheureusement pour Ritchie, le grand public visé par les indécrottables exécutifs de chez Warner Bros n’a souvent tendance à retenir du réalisateur que le génial Snatch et pour les dix minutes où Brad Pitt déblatère un incompréhensible imbroglio. Mauvais calcul, car le réalisateur est bien plus que cela. Si son thriller métaphysique Revolver n’a pas su convaincre, il avait le mérite de prouver que Ritchie n’est pas un auteur figé dans un gimmick et que l’art du montage, utilisé à bon escient, permet des merveilles proches de la magie. C’est le cas du travail du James Herbert sur Le Roi Arthur, qui expédie à la façon de Ritchie des dialogues finement écrits en plusieurs scènes entrecroisées. Un découpage énergique et drôlatique qui résume à lui seul l’irrévérence du réalisateur qui, lors d’une poursuite nerveuse au sein des rues de Londinium, va jusqu’à accoler sa caméra immédiatement à ses acteurs en plein running et à filmer le gros de l’action via des plans aériens très modernes – qui renvoient aussi au moment de gloire qu’était la poursuite forestière dans Sherlock Holmes : Jeux d’Ombres. Sans oublier l’usage de la musique, renversante et païenne, entre percussions et cors, se permettant même un titre chanté – la Nick-Cavesque The Devil and The Huntsman qui ne manquera pas de squatter les Ipods de tout un chacun.

 

Si la photo et la maîtrise de la caméra sont au rendez-vous, on notera tout de même un aspect purement hérité du jeu vidéo dans certaines séquences de combats dignes d’un QTE malaisant, voire carrément emprunté aux jeux de rôles. En ce sens, tout ne fonctionne pas toujours et les références sautent aux yeux. Pour preuve , un chara – design renvoyant à la saga Dark Souls (le boss final conjuré par Vortigern) et l’exploration des « darklands » où Arthur croise (un peu anecdotiquement) une galerie de créatures allant de la chauve-souris au rat géant. De même, l’apparition d’éléphants massifs dans l’introduction rappellera aux plus septiques la bataille finale du Retour du Roi. Toutefois, Ritchie n’oublie pas de faire parler son élégance, l’avatar de Jude Law citant allègrement Frank Frazetta ou l’image d’un corps féminin flottant à la surface de l’eau Le Suicide d’Ophélie, tableau de Millais inspiré de Shakespeare.

 

Shakespearien, King Arthur l’est sans nul doute, Vortigern figurant ni plus ni moins qu’une variation de Macbeth, aspirant Roi, ivre de pouvoir dont l’ascension est prophétisé par une figure tentaculaire aux trois visages féminins. Quant à Arthur lui-même, il revit sans cesse le décès troublant de sa mère – appelons cela un syndrome de Martha – jusqu’à la possible vengeance contre un oncle tyrannique et fourbe, faisant de lui un parfait Hamlet. Qui de mieux placé qu’un britannique tel que Ritchie pour citer le plus grand et séminal des dramaturges ?

Mais ce sens de la dramaturgie toute européenne n’est elle pas l’une des raisons expliquant le massacre du film par les critiques outre-Atlantique ? Si la dernière incursion du Roi Arthur via le pourtant sympathique film d’Antoine Fuqua (2004) n’a pas plus remporté les suffrages que celui-ci, on serait en droit de penser que la critique Américaine se fiche royalement de la geste Arthurienne et que les critiques creuses à base d’étoiles mollement cliquées sur Rotten Tomatoes ont bien failli faire de cette excellente version un nouveau Robocop. Un bad buzz abusif d’influence qui aura décidé du sort qu’on allait réserver à Arthur, comme on l’avait fait subir à John Carter.

 

En vérité, je vous le dis : s’il n’est pas absolument parfait, King Arthur est le divertissement haut-de-gamme de l’année : facétieux, bad-ass, inventif mais luttant parfois un peu pour sa survie face à un entertainment devenu trop codifié pour permettre la moindre marge d’erreur. Arthur aurait pu rester roi, mais l’apathie de ses spectateurs et la normalisation de la critique ciné en aura décidé autrement.

L’Excalibur de John Boorman est désormais talonné de très près au rang des adaptations du mythe d’Arthur et il ne sera jamais trop tard pour se rabattre sur un Blu-ray qu’on s’imagine déjà de qualité, afin d’apporter à ce pur film de Guy Ritchie, qui prépare actuellement une adaptation live d’Aladdin pour les studios Disney, un culte nouveau.