Indiana Jones et le cadran de la destinée est le cinquième et dernier opus de la saga Indiana Jones. Après l’échec critique du précédent volet, Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, Steven Spielberg a décidé de passer la main à James Mangold, un réalisateur de talent qui s’est illustré avec les films Copland, Le Mans 66 ou encore Logan. Mangold est un bon réalisateur, à l’aise dans tous les styles. C'est un choix qui fait sens. Mais ce nouvel Indiana Jones doit toutefois faire face à de très nombreux problèmes.

© Lucasfilm Ltd & TM

Trop vieux pour ces conneries

Le premier souci est malheureusement l’image laissée par la franchise dans l’inconscient collectif. Indiana Jones, c’est une icône. Tout le monde le connaît et a des images dans sa tête sur qui il est et comment il agit. Et le troisième film avec Sean Connery datant d’il y a plus de trente ans, forcément, de l’eau a coulé sous les ponts. Harrison Ford a désormais quatre-vingt ans et il ne peut plus réaliser les mêmes cascades que dans les années 80. Et même si l’acteur se donne encore à fond, on ne peut s’empêcher de le trouver vieilli malgré ses efforts. Bien évidemment, on ne fait en aucun cas du jeunisme et c’est plutôt chouette d’avoir voulu réinstaller Harrison Ford comme le héros en dépit de son âge. Le souci, c’est qu’on essaye de ne pas trop en parler ou de mettre cet aspect sous le tapis.

Le réalisateur, plutôt que de vouloir embraser pleinement le problème du temps qui passe, utilise tous les moyens techniques possibles pour nous faire passer la pilule d’un aventurier de 80 ans utilisant encore son fouet, faisant des courses poursuites et sautant de falaises. Cela implique bien évidemment un montage ultra-resserré et très haché pour donner plus de rythme aux scènes d’action, ainsi qu’un nouveau procédé informatique : le de-aging. Le de-aging est un travail numérique sur le visage d’Harrison Ford pour lui donner l’apparence d’un jeunot de 40 ans. Certains trouvent le procédé raté, mais il est plutôt bien fait. Si on n’est pas au courant, cela passe inaperçu et on retrouve notre Indiana Jones préféré.

Un processus de rajeunissement qui fonctionne bien © Lucasfilm Ltd & TM

Spielberg > Mangold

James Mangold réalisateur talentueux, il n’y a pas de doutes là-dessus et le film est techniquement presque impeccable pour les standards des films d'action actuels. Sauf que Mangold, ce n’est pas Spielberg. Que représentent en fait les films Indiana Jones ? Des idées de réalisation, des décors grandeur nature, des effets spéciaux mécaniques et une maestria de générosité derrière la caméra. En toute honnêteté, les trois premiers films sont certainement ce que Spielberg a fait de mieux dans le genre grand public. Il a tellement défini le personnage qu’il manque obligatoirement quelque chose quand ce n’est pas lui derrière la caméra.

Dans les années 80, les effets spéciaux étaient très limités ou, tout du moins, artisanaux, basés sur l’inventivité de son réalisateur, sans recours excessifs aux trucages numériques (qui n’existaient de toute façon pas). Ce n’est pas le cas ici et on ressent clairement un décalage avec les souvenirs que l’on peut avoir. Ce qui donnait son charme aux films Indiana Jones, c’était la malice et l’énergie de Spielberg pour rendre les choses impressionnantes malgré une technique encore balbutiante. Dans Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, c’est exactement le contraire : tout à l’écran est créé sous forme d’effets spéciaux, et le rythme en pâtit forcément.

Des courses poursuites à foison © Lucasfilm Ltd & TM

Un Indiana tout mou

Et c’est d’ailleurs le plus gros problème de ce film : le rythme. On peut comprendre que James Mangold ait du mal à succéder à Spielberg. On sent bien qu’il essaye de cocher toutes les cases d’un film Indiana Jones comme un élève qui aurait fait tous ses devoirs : la partenaire intrépide, l’enfant qui accompagne les deux héros, les nazis, les courses poursuites, on a déjà vu ça. Cela devient rapidement fade et assez ennuyeux malgré le respect de l’œuvre originale.

Par exemple, après une scène d’introduction d’une vingtaine de minutes et une course poursuite en train, on enchaîne quasi-immédiatement avec la présentation de la filleule d’Indy et une course poursuite à New York, puis une autre course poursuite dans les rues de Tanger. Le film a commencé depuis une heure et on a eu trois courses poursuites interminables sans que l’intrigue avance d’un iota !  Cela aurait pu être condensé en moitié moins de temps.

Compte tenu de la difficulté de faire de l’action pure avec Harrison Ford, on le met dans les meilleures conditions possibles : sur une moto, dans une voiture, sur un cheval. Et c’est long, surtout avec un film qui dure plus de deux heures et demie. Chaque fois que l’intrigue avance, c’est grâce à sa filleule, Helena Shaw, qui est pour le coup parfaitement interprétée par l’actrice anglaise Phoebe Waller-Bridge.

Helena prend l'intrigue en mains © Lucasfilm Ltd & TM

Une sidekick pertinente

L’actrice apporte ce petit côté impertinent mais aussi intemporel à son personnage. C’est une femme des années 1970 avec une touche de modernité. C’est elle qui se retrouve au cœur de l’intrigue et fait progresser l’histoire en décodant des énigmes, en affrontant des ennemis et en trouvant des solutions. Tout en accompagnant Indiana Jones qui n’est quasiment qu’un poids mort. Indiana Jones ralentit tellement l’intrigue qu’on aurait presque préféré que le film ne se concentre uniquement que sur Helena, avec Harrison Ford en second rôle. Ce qui n’est pas le cas : Indiana Jones reste le héros principal du film et on ne peut pas le reprocher au studio. On nous vend un film Indiana Jones et c’est ce que l’on a. Sauf qu’Harrison Ford n’est pas le moteur de cette histoire.

Mads Mikkelsen en méchant nazi © Lucasfilm Ltd & TM

Un film trop sage

Autre problème : le film est trop lisse. Les Indiana Jones de l’époque étaient peut-être destinés à un grand public, mais comportaient toujours une scène un peu effrayante ou violente qui pouvait impressionner le jeune spectateur. J’ai fait des cauchemars pendant très longtemps suite à Indiana Jones et le temple maudit et son cœur arraché. Mais nous sommes en 2020, Lucasfilm a été racheté par Disney, et plus rien ne doit choquer. Le film est désormais destiné à un jeune public et les morts sont en contrechamp, il n’y a plus d’élément un peu impressionnant.

Toutes les aspérités du personnage ont été atténuées ou transférées sur sa nièce, faisant d’Indiana Jones et le Cadran de la Destinée le film le plus grand public de toute la saga.

Le méchant, interprété par Mads Mikkelsen, est assez classique, mais on a l’impression qu’on n’a pas trop voulu en faire. Cet excellent acteur qui aurait pu apporter une réelle dimension à son personnage n’a de fait pas grand-chose à jouer. Le reste du casting est totalement transparent. John Rhys Davies et son personnage des deux premiers Indiana Jones sont ramenés pour un simple clin d’œil sans intérêt. Le jeune acolyte qui accompagne Indy et Helena ne sert strictement à rien et le reste des méchants n’est quasiment pas développé. Antonio Banderas est là, mais tout le monde se demande pourquoi. C’est dommage, surtout que le film avait largement le temps de faire quelque chose.

De la bonne volonté

Malgré ces problèmes, ce nouvel Indiana Jones reste toutefois assez généreux. Il est évident que Mangold et ses acteurs font de leur mieux pour respecter le contrat. Le vrai problème, ce sont en réalité les films précédents. Car finalement, si l’on ne le compare pas aux trois premiers opus, Indiana Jones et le Cadran de la Destinée est un divertissement honnête. Un bon film d’aventure.

Par moments, on retrouve même des scènes qui rappellent le vrai Indy, comme la course poursuite en train du début, typique du premier opus. Et surtout la scène de découverte d’un cadavre dans une grotte qui est totalement réussie et dans l’esprit des Indiana Jones qui nous avait manqué jusqu’alors. Avec des pièges, des momies, des cercueils. C’est très bien. Jusqu’à la fin.

Une icône intemporelle © Lucasfilm Ltd & TM

Une fin absurde

À l’instar du quatrième film, Indiana Jones et le Cadran de la Destinée se plante totalement à cause d’une fin totalement ahurissante, qui risque de faire sortir le spectateur du film par son incongruité. Vous vous rappelez de ces extraterrestres dans les Crânes de Cristal ? Ceux qui avaient totalement gâché le film ? Eh bien ici, c’est la même chose. La fin est tellement absurde qu’elle annihile tous les efforts et la bonne volonté des acteurs et du réalisateur.

Je ne comprends pas ce qu’il s’est passé dans la tête des scénaristes. Pendant deux heures, le film traite des nazis et voici que dans le dernier quart d’heure, tout change subitement. Sans aucune raison. C’est incompréhensible. Et comme les effets spéciaux de cette scène sont en plus ratés, cette fin ridicule gâche tout le travail sympathique entrepris jusque-là. Elle nous fait sortir de la salle de cinéma avec une mauvaise impression et un agacement certain.

Si l’on évite toute comparaison avec les autres films de la franchise, Indiana Jones et le Cadran de la Destinée reste malgré tout un bon divertissement, bien filmé, bien réalisé et qui, en dépit de problèmes de rythme et d’une fin bâclée, vous fera passer un moment agréable. Et puis, c’est la dernière fois qu’Harrison Ford enfile son blouson et son chapeau, donc profitez-en, même si je ne peux m’empêcher d’avoir un peu de tristesse devant la preuve que le temps passe et que les icônes vieillissent. Il ne faut pas toucher aux icônes. D'ailleurs, le film se prend une claque monumentale au box office mondial, ce qui risque encore de faire perdre de l'argent à Disney.

 

 

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