Young Romance

Kirby or not Kirby ? Dans l’univers des comics, la question ne se pose pas. Seuls les hérétiques ne connaissent pas le « King of Comics » ! Mais tous ne connaissent pas ses travaux en dehors des super-slips.

 Ce n’est pas le cas de notre invité Mickaël Géreaume. Après avoir publié en 2017, avec Komics Intitiative, un ouvrage collectif pour célébrer Jack Kirby, il revient en ce moment sur Ulule pour faire publier Young Romance, les comics romantiques de Joe Simon et Jack Kirby. Un volet du « King » moins connu qu’il est venu présenter à Superpouvoir.

Young Romance

Bonjour Mickaël, avec Young Romance sur Ulule, c’est la seconde collecte que tu consacres au travail de Jack Kirby. Que représente pour toi le « King of Comics » ?

Hello et merci de m’offrir cette possibilité ! Je vais essayer de faire court et pas trop saoulant dès ma première réponse ! Jack Kirby fait partie des génies indiscutables de la bande dessinée américaine de manière générale. Très personnellement, il me renvoie à des souvenirs d’enfance, à des personnages mythiques et des aventures incroyables.

Question personnelle : comment découvre-t-on les comics lorsque l’on vient d’une ville comme Bléré ?

Grâce aux corbeaux ! Si ces volatiles vivent plus longtemps que bien d’autres créatures de ce monde, c’est pour une bonne raison. Alors oui, Bléré est un petit hameau de 5000 têtes mais à 17 ans je suis parti vivre sur Tours pour y étudier. La possibilité de lire s’en est trouvée multipliée !

si les Beatles n’avaient pas existé, la musique ne sera pas la même. Sans Jack Kirby les comics et les films de divertissement ne seraient pas les mêmes non plus.

Pour les béotiens qui découvriraient Kirby avec cette interview, peux-tu détailler en quelques mots son influence dans l’histoire des comics ?

Comment ça, vous me demandez de faire votre boulot, là ? Jack Kirby est un monstre sacré injustement méconnu du grand public, un travailleur de l’ombre à qui les comics et les adaptations qui en sont faites doivent beaucoup. Si on le surnomme le « King of Comics », c’est pour de nombreuses raisons. C’était un dessinateur acharné. Il a créé des personnages iconiques comme Captain America (avec Joe Simon), énormément avec Stan Lee comme les Fantastic Four, Iron Man, les Avengers, Thor, Black Panther, etc…

Disons que si les Beatles n’avaient pas existé, la musique ne sera pas la même. Sans Jack Kirby les comics et les films de divertissement ne seraient pas les mêmes non plus. Il est d’ailleurs assez amusant de voir qu’aux États Unis., on parle souvent de « King » pour identifier une référence absolue. Elvis était le « King », Michael Jackson le « King of Pop »… Jack Kirby le « King of Comics ».

On connaît le Kirby des super-slips, quelles sont les différences avec celui de Young Romance ?

Le parcours de Jack Kirby ne peut se résumer à son travail sur les super-héros. En réalité, on ne connaît quasiment pas son œuvre en France en dehors de son parcours (génialissime) chez Marvel ou DC. Il a travaillé sur des registres très différents, allant de la science-fiction à l’horreur, des super-héros à la romance.

Durant les années 40 et 50, Jack Kirby travaillait avec Joe Simon. Tous les deux ont toujours eu le nez creux pour proposer des séries surfant sur les thèmes ou les genres de l’époque. En 1947, ilsavaient la volonté d’offrir des récits d’amour qui se destinaient aux jeunes adultes, offrant des personnages forts et des scénario travaillés, loin de l’aspect plan-plan qui caractérisait le genre. Ils ont inventé un genre à eux deux : les romance comics. Visuellement, Jack Kirby proposait déjà le style visuel qu’on lui connaît avec sur certaines cases le dynamisme que les fans adorent.

Young Romance regroupe des récits assez méconnus en France et moins connus que les classiques aux États-Unis. Comment ces histoires ont-elles été oubliées ?

Les explications sont nombreuses. D’un côté, la bande dessinée n’avait pas forcément une très bonne image durant ces décennies-là en France et encore plus lorsque celle-ci venait de l’étranger. Quelques histoires sont sorties mais bien peu, au sein de revues disparues rapidement.

Le genre romance comics a connu un énorme succès aux USA et le duo Simon/Kirby en a été le porte-étendard avec des numéros se vendant parfois à plus d’un million d’exemplaires. Leur succès a aussi été leur perte, et celle du genre, avec la prolifération d’autres titres bien moins inspirés et qui ont tiré le genre vers le bas. En France, Jack Kirby est surtout devenu populaire avec ses séries chez Marvel. Les fans se sont focalisés sur cette période, alors que le génie de cet homme était celui d’un touche à tout.

Le romantisme des années 50-60 était souvent édulcoré, qu’en est-il de celui de Kirby ?

L’anthologie de Young Romance n’est quasiment constituée que de titres ayant été créé avant l’arrivée du Comics Code. L’inspiration était plus libre et les thématiques plus ambitieuses. Les personnages sont travaillés, les situations très différentes. Et puis, chose hyper intéressante, les épisodes de Young Romance qui sont regroupés dans l’anthologie mettent en avant des personnages de toutes les classes sociales. On ne suit pas une petite caste élitiste vivant des aventures façon « feux de l’amour ». Il y a du fond en plus de la forme.

La Comics Code Authority

 

Quel volume de travail représente cette compilation de 38 récits ?

Les épisodes qui font partie de l’anthologie ont été réalisés entre 1947 et 1959. La majeure partie de la sélection s’appuie sur la période pré-Comics Code. Je me base sur la version proposée par Fantagraphics aux USA. Les épisodes de Young Romance ont été entièrement restaurés par Michael Gagné, un spécialiste reconnu. La version américaine a été publiée en deux tomes, j’ai préféré offrir un seul ouvrage qui réunit les deux. Il nous a fallu négocier les droits d’utilisation avec Fantagraphics. Il y a une traduction et un lettrage en cours…

Young Romance

À gauche, le scan d’une case originale de Young Romance, à droite, sa version restaurée par Michael Gagné.

 

À qui s’adresse principalement Young Romance ?

Cette anthologie Young Romance présente plus d’un argument. C’est tout d’abord une série historique, celle qui a créé un genre à elle toute seule. C’est un ouvrage inédit en France. Il s’agit d’une des œuvres majeures de Joe Simon et de Jack Kirby. C’est un titre d’amour et pas que !

Young Romance s’adresse aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Nous proposons une édition ultra-soignée, avec des bonus spécialement créés pour cette version, d’illustrations bonus en passant par des analyses de Jean Depelley et Marc Duveau, mais également une édition limitée avec une couverture inédite de Laurent Lefeuvre. Young Romance doit avoir l’écrin qu’il mérite.

Pourquoi avoir décidé de sortir Young Romance en financement participatif sur Ulule ?

Pour des raisons économiques ! Lorsque l’on a fait Kirby&Me, il avait été très clair que l’on comptait reverser les bénéfices pour Hero Initiative. Nous avons fait un joli chèque de plus de 13,000$ début janvier. Komics Initiative s’appuie en premier lieu sur les fans de comics pour promouvoir ses projets, en espérant que ceux-ci leur plaisent. Si une ou deux personnes veut investir dans Komics Initiative, elle est la bienvenue !

Que t’as appris l’expérience de ton premier projet Kirby & Me ?

Que je pouvais dormir encore moins qu’avant ! J’ai pu rencontrer des personnes formidables, des auteurs généreux, des lecteurs comblés et ça donne envie de proposer plein de titres, des classiques inédits à des récits plus récents, qui n’ont pas eu leur chance en France malgré leurs qualités. Bref, ça motive !

When Kirby meet Kirby

When Kirby meet Kirby

Que dirais-tu aux lecteurs pour les inciter à découvrir Young Romance, particulièrement pour ceux comme moi qui connaissent Kirby sous l’image d’une grosse bulle rose?

Qu’il va falloir rattraper tout ça ! Et puis rien n’empêche de nous soutenir sur Ulule pour que Young Romance existe en français et aussi pour jouer au prochain Kirby sur Switch !

La suite, c’est sur Ulule ! Retrouvez Mickaël et Young Romance en financement jusqu’au 30 mars.

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Entretien réalisé par Dominique Clère en mars 2018.