Star Wars IX : l’Ascension de Skywalker est-il un non-événement ? En dépit de l’habituelle et intense campagne de promo accompagnant ce dernier opus de la saga Skywalker, on serait tenté de se poser la question. Dernier volet de la trilogie débutée avec le discutable Le Réveil de la Force et poursuivie par le massivement honni Les Derniers Jedi, ce chapitre vendu comme une conclusion en fanfare de quarante années de cinéma de divertissement ne pouvait que se contenter de plaire, tant les nouveaux espoirs pour la saga semblent s’être taris du côté de fans préférant chercher le salut auprès d’autres médias, comme la série télévisée The Mandalorian.

Après le grand écart émotionnel orchestré entre les deux précédents volets, c’est donc à J.J Abrams que Disney et Lucasfilm (re)confient les manettes de cette périlleuse entreprise consistant à achever une des sagas les plus importantes du septième Art, mais aussi à rattraper les excès de zèle de Rian Johnson sur l’Épisode VIII. Que l’on ait apprécié ou pas l’audace du réalisateur de Looper, il n’en reste pas moins que la scission provoquée par son film dans la galaxie pas si lointaine de la pop-culture est réelle et que le Vaisseau Mère ainsi touché n’aurait su être laissé en l’état par la productrice Kathleen Kennedy et ses sbires, au point de ramener l’Empereur Palpatine lui-même d’entre les morts.

Faire du neuf avec le vieux

Car c’est bien ainsi que débute l’intrigue de L’Ascension de Skywalker. Le secret a été éventé très tôt dans l’acte de promotion : l’Empereur Palpatine est de retour et sa voix caverneuse résonne jusqu’aux oreilles du tout puissant Premier Ordre, dirigé par le Suprême Leader Kylo Ren, et d’une Résistance fragilisée maintenue en vie par la Générale Leia Organa. Les deux camps veulent obtenir réponses et vengeance et chacun s’apprête à lancer son ultime assaut pour la conquête absolue de la galaxie. Accompagnée de ses amis, la jeune jedi Rey finira-t-elle par découvrir quel est son rôle dans cet affrontement épique ?

Terminées, les tentatives méta-textuelles. Dès les premières minutes de film, il devient très clair qu’Abrams n’a reçu qu’une seule consigne : satisfaire. Le réalisateur reprend donc ses personnages pour les aligner en rang deux par deux et les envoyer au cœur d’une quête classique à travers plusieurs planètes et systèmes. Plus de fuite en avant, ni de menaces d’extermination, mais des réponses claires aux nombreux mystères laissés en suspens, quitte pour cela à désamorcer les pistes que Rian Johnson essayait d’explorer. Évaporée la flotte en difficulté, bonjour les combats spatiaux tonitruants où les vaisseaux pullulent autour d’un Faucon Millénium en parfait état de marche. Et pour les grands gamins que nous sommes tous, cela fonctionne forcément et il faut reconnaître que l’émotion est par moment au rendez-vous au sein de cette Ascension.

Rattraper les dégâts.

Mais n’est-ce pas un triste monde où une saga telle que Star Wars ne peut plus désormais que fonctionner ? Ne vivons-nous pas dans un triste système quand le fan qui a tapé sur la table comme un forcené obtient finalement gain de cause, au point qu’on lui serve, comme un Père Noël servile, tout ce qu’il demande sur un plateau, pour que, finalement, il se lasse de ses jouets, se rendant compte qu’ils n’étaient pas si cool que ça ? Qu’en dépit du très agréable retour de personnages légendaires, n’est-il pas frustrant qu’on ne soit tout simplement pas capable de nous offrir de nouveaux protagonistes aux personnalités plus poussées et aux motivations autres que binaires au bout de trois films ?

Et qu’on ne se méprenne pas, Abrams nous a offert avec L’Ascension ce que les fans étaient en droit d’attendre et le résultat reste de bonne facture, bien réalisé et infiniment plus rythmé que Les Derniers Jedi. Ses dialogues sont parfois des piques immédiates à tout ce qu’on a reproché à ses grands frères – un peu comme les fanfaronnades du faux-ami d’une victime de brimades auprès des brutes du bahut. Reste que ce que le réalisateur raconte ici n’est pas son histoire, mais celle qu’on veut lui faire conter. Celle qui dit « regardez, je vous ai compris et je sais ce que vous ne voulez pas ». Résultat de cette volonté de plaire, L’Ascension de Skywalker devient prévisible dès son premier tiers, car on sait tout à fait ce que le script tente de corriger au fur et à mesure de sa progression. C’est bien simple, on croirait voir défiler une note de service interne du studio, listant les corrections demandées par la prod à son réalisateur – tout en apportant quand même quelques précisions élémentaires sur l’intrigue des précédents volets et qui auraient de toute façon naturellement trouver leur explication dans cet opus final (pour les quelques pinailleurs compulsifs qui nous lisent).

D’où une impression parfois un peu désagréable à la vision du film : celle que Abrams tente de caser tout ce qu’il peut en ce sens, au milieu d’une histoire qu’il pourrait davantage consacrer au développement de son trio de protagonistes :  Rey, Poe et Finn, des héros formant décidément le plus gros défaut de cette postlogie. Si Rey rencontrera enfin son destin, Poe et Finn se contentent de vivoter en s’inquiétant pour elle, ne sortant jamais des carcans desquels ils sont prisonniers, et c’est bien dommage, même si plus d’emphase a été mise sur Poe et ses responsabilités de haut gradé face aux légendes qui le précèdent. ce qui est bien peu au regard, disons, d’un Han Solo, dont le caractère avait toujours su s’adapter aux événements.

Amers retours

Les dits vétérans sont l’une des plus belles surprises de cette Ascension. Outre le retour bref mais réjouissant de Billy Dee Williams dans le rôle de Lando Calrissan, on note que Chewbacca et C3PO auront bien plus d’importance au sein de cet opus – et ce n’est pas trop tôt. Ian Mcdiarmid, l’Empereur Palpatine en personne – dont le retour prophétique semble inspiré de la très agréable mini-série de comics L’Empire des Ténèbres –  est toujours bluffant de classe et terrifiant en diable.

Sans oublier, la regrettée Carrie Fisher, disparue en 2018 après le tournage des Derniers Jedi, et dont le rôle constitue le cœur émotionnel de cette conclusion, bien que le scénario semble s’être en partie cousu autour des quelques images d’archive en possession de Disney – complétée ici et là par des doublures physiques et numériques, parfois maladroites. Si l’exécution est bancale, l’attention de continuité en dépit des événements reste d’autant plus noble et touchante que Carrie Fisher (qui devait initialement se battre, sabre à la main) manque cruellement à cet univers, au point où l’actrice est nommée en tête d’affiche des génériques. Notons toutefois l’indélicatesse des studios qui auraient tout de même pu dédier le film à la mémoire de Peter Mayhew, interprète original de Chewbacca, disparu l’an dernier.

Un adieu définitif et déchirant.

Au milieu d’une distribution somme toute assez solide se dresse Adam Driver, brillant en Kylo Ren / Ben Solo. Encore et toujours le meilleur protagoniste de cette histoire, jouet de forces qu’il pense maîtriser mais qui sont en réalité bien trop grandes pour lui. Malgré le retour de son masque (dont les fissures sont si grotesquement peintes qu’on croirait l’œuvre d’un modéliste débutant), il est celui dont on peut comprendre plus franchement les tourments, et en dehors d’une belle séquence de sabre laser l’opposant à Rey dans les ruines de l’Étoile de la Mort, on regrette que le personnage se fasse ici trop rare – un peu comme les Chevaliers de Ren, un prévisible pétard mouillé qui sera probablement développé dans une bande-dessinée moyenne.

Over the Top

Autre chose rare dans ce film : les séquences marquantes, moins nombreuses que les phalanges d’un doigt – le petit. On retient tout de même un dernier acte chargé d’émotions et épique à souhait, où se déchaîne un jeu de « qui à la plus grosse » entre des flottes d’innombrables vaisseaux et des pouvoirs souvent allègrement cheatés pour la beauté du geste (ceux qui reprochaient les nouvelles capacités de la Force dans le film précédent vont encore y aller de leur grain de sel). Sans compter que la structure de cette dernière bataille se calque très fortement sur celle du Retour du Jedi – une grande échauffourée spatiale, un gadget technologique à bousiller et un grand méchant à vaincre dans son sinistre repaire. Un parallèle qui n’échappera probablement pas non plus aux fans et qui prouve encore que la saga Star Wars – ou plus spécifiquement la saga des Skywalker – est bardée de tropes, d’échos et de codes qui lui sont propres, formant un éternel jeu de saute-mouton que l’on devrait depuis longtemps prendre pour acquis mais auquel les admirateurs de l’œuvre de George Lucas ne semblent plus avoir envie de jouer.

Mais ce sont eux qui remplissent les tiroirs-caisses et ceux qui gèrent le porte-feuille de la franchise semblent préférer miser sur des règles basiques, faisant tourner ironiquement leur divertissement en rond et refusant catégoriquement d’éliminer le moindre personnage capable de vendre une peluche ou du bon sentiment (encore qu’on peut saluer l’audace de Disney d’avoir enfin montré un baiser lesbien à l’écran dans un de ses divertissement, si bref soit-il).

La bataille des ruines : un des beaux moments qu’on sauve.

Abrams et Disney ont tenu leur promesse : ils ont rendu Star Wars à ses fans. Presque dans l’état où ils l’avaient récupéré la première fois. Et si on s’est bien amusé, l’expérience de réflexion est bien amoindrie et on sort de sa séance comme on descend d’une attraction nantie d’un efficace scénario de comic-book qui nous laisserait un brin blasé.

Il est très difficile de rester à la hauteur d’un mythe quand celui-ci a été récupéré par le plus grand nombre. L’avenir seul dira comment ce neuvième opus sera perçu. Pour l’heure, il demeure un Star Wars moyen, relativement terre-à-terre et sans risque, pour une trilogie qui restera définitivement comme la moins bonne de la saga. Star Wars IX : L’Ascension de Skywalker est une conclusion tout juste satisfaisante. C’était sympa, comme on dit.

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