La bande dessinée a fait sa révolution. Elle s’est rapidement imposée comme un secteur incontournable du marché du livre en France. La grande majorité des sorties annuelles seraient des adaptations de bandes dessinées étrangères traduites en français. Cet article a pu être rédigé grâce au travail de recherche de Maxime Le Dain, traducteur de comics. Voici le premier d’une série de quatre volets sur la bande dessinée.

Qu’est ce qu’une bande dessinée ?

Une bande dessinée serait un enchaînement narratif de dessins potentiellement ré-éditables. Ainsi, le précurseur est Rodolphe Töpffer. Écrivain et artiste, il entre dans l’histoire de la bande dessinée avec ses « Histoires en Estampes » : la narration est entièrement dessinée et les images sont séparées verticalement par un trait. Chacune des cases surmonte un texte bref.

premier dessin de bande dessinée.

Dessin de Rodolphe Töpffer.

« Les dessins, sans le texte, n’auraient qu’une signification obscure ; le texte, sans les dessins, ne signifierait rien. » (Rodolphe Töpffer).

La bande dessinée est souvent comparée au cinéma, tant dans la construction des plans que dans le vocabulaire des scripts.

Les débuts de la bande dessinée

La BD a vu le jour en Europe, mais ce sont les États-Unis qui ont transformé leur mode de production et de consommation.

En 1895, William Randolph Hearst rachète le Morning Journal. Ce rachat signe le début des hostilités entre le magnat de la presse et son principal adversaire, Joseph Pulitzer, détenteur du New York World. Suite aux succès des suppléments illustrés de Pulitzer, ses rivaux vont se mettre en quête de dessinateurs pour leurs pages de funnies.

Le 17 février 1895, Richard Outcault transforme la conception de la bande dessinée avec le Yellow Kid, un jeune enfant chauve au visage grimaçant. Publié dans le New York World, il est une innovation majeure : le texte est incorporé dans la case. En effet, les paroles et les pensées du Yellow Kid apparaissent sur son habit jaune. Désormais, l’objectif est d’insérer avec fluidité le texte dans l’image.

Yellow Kid de Richard Outcault.

Yellow Kid.

 

C’est Rudolf Dirks qui va accomplir cette mission avec la bulle. Avec cet outil, il fonde le langage visuel de la bande dessinée. À ceci s’ajoute également la gouttière – le vide entre les cases – les lignes de vitesse, les étoiles pour la douleur, les onomatopées et la célèbre bûche sciée pour sonoriser les ronflements.

bande dessinée katzenjammer kids

Katzenjammer Kids de Rudolph Dirks.

L’arrivée des bandes dessinées étrangères sur le marché français

Exclusivement destinée aux jeunes, la bande dessinée européenne fait pâle figure face aux comics américains. L’arrivée de ces ouvrages va fortement secouer le marché.

Hearst fonde le Kings Feature Syndicate, une agence destinée à la revente, en 1915. À son catalogue, on trouve Flash Gordon, Mandrake the Magician et bien d’autres. En France, Paul Winker crée le premier syndicate français, l’Opera Mundi, en 1928. Cette agence obtient l’exclusivité sur tous les titres du King Feature Syndicate. Associé de Hachette, Winker traduit et diffuse les tous premiers comics en français avec l’aide de son épouse. Une étape cruciale est franchie lors de la première parution du Journal de Mickey le 21 octobre 1934. Cet hebdomadaire va regrouper les héros Disney et une part importante du catalogue du King Feature Syndicate.
Ainsi, Winkler a érigé le marché de la bande dessinée française à travers l’importation de publications américaines.

Le Journal de Mickey.

Couverture du magazine Le Journal de Mickey.

La loi du 16 juillet 1949 : des censures pour protéger la jeunesse

Suite à l’introduction des comics américains dans les publications françaises, la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à la jeunesse a mis en place une loi. Ainsi, « aucune illustration, aucun récit, aucune chronique, aucune rubrique, aucune insertion présentant sous un jour favorable le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche ou tous actes qualifiés de crimes ou délits de nature à démoraliser l’enfance ou la jeunesse » ne sera consenti.

Cependant, dans les années 1950, l’arrivée massive de fumetti (bande dessinée italienne) et de comics américains va entraîner l’apogée des petits formats, mettant à mal le travail du comité de surveillance de cette loi. Cette période prépare également toute une génération à l’arrivée des super-héros.

Érigée en 1950, la société Lug est un point d’encrage pour les personnages de Marvel. Dès 1969, elle importe ces personnages au sein des magazines Fantask, Marvel puis Strange, et devient le plus grand fournisseur de comics en France. Toutefois, la commission de la loi du 16 juillet 1949 prohibe la publication de plusieurs magazines LUG et impose des retouches, souvent aberrantes, de cases, pages ou dialogues.

Planche en VO.

Planche en VF.

Les comics devront encore attendre quelques années avant d’être réhabilités.

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