Birds of Prey

Le moins que l’on puisse dire du regrettable Suicide Squad, c’était qu’il avait laissé une tache si indélébile sur l’esprit de spectateurs outrés qu’il allait falloir un coup de maillet sacrément puissant pour la désincruster.

Et cet agent corrosif n’est autre que Harley Quinn, seule et unique rescapée du casting de sinistre mémoire du film signé David Ayer – et surtout des exécutifs des studios Warner. En dépit d’un rôle jugé décevant par les fans, le personnage crée par Paul Dini et Bruce Timm est depuis devenu indissociable de la comédienne Margot Robbie qui y semble aussi attachée qu’une paire de menottes à un malandrin de Gotham City, tout comme de nombreuses et avides cosplayeuses à travers plusieurs pays. Le genre de petit phénomène qu’entraîne parfois la pop-culture dans son infernal sillage.

Ainsi, suite au lancement de pas moins de quatre projets autour de celle qu’on ne considère (presque) plus comme « la copine du Joker »  – super criminel dont la prestation décriée par Jared Leto aura probablement précipité la plupart des annulations –, seuls deux ont fini par émerger : une réjouissante série animée R-RATED en 26 épisodes (qu’on vous conseille très largement) et le film Birds of Prey, de la réalisatrice Cathy Yan, qui nous intéresse aujourd’hui. Un nouveau film estampillé DC qui s’insère comme une suite plus ou moins assumée de Suicide Squad et dont les premières images bariolées et flashy ne semblaient pas avoir convaincu les fans d’en attendre grand chose. Au final ?

Ne pas avoir suscité d’attentes spécifiques semble avoir totalement joué en sa faveur, car Birds of Prey (et la Fantabuleuse histoire d’Harley Quinn) est une très agréable surprise.

Enfin seule : Harley Quinn étend ses ailes et devient phénix.

Sans chichis, la nouvelle chouchoute de l’écurie DC / Warner se retrouve plongée au milieu d’une sombre conquête de Gotham par le mafieux psychopathe Roman Sionis (aka Black Mask). Célibataire, la jeune et acrobatique criminelle n’est désormais plus sous la protection du clown prince du crime et tous les malfrats de la ville vont se lancer à ses trousses pour réclamer vengeance. Coup de chance, Harley n’est pas la seule en ville à avoir des soucis avec Sionis. Ainsi entrent en scène Huntress, Black Canary et Renee Montoya, trois femmes d’action qui vont devoir collaborer avec la criminelle pour retrouver Cassandra Caïn, une adolescente ayant volé un bien très précieux convoité par le mafieux au masque noir.

Ne laissez pas le nom du métrage ou même la promotion vous faire croire le contraire : Birds of Prey est le film de Harley Quinn, ni plus, ni moins. Et c’était à prévoir, tant la popularité grandissante du personnage le laissait supposer, tout comme l’implication de Margot Robbie au poste de productrice. Très impliquée, la comédienne semble bien décider à inscrire Quinn comme la nouvelle « Harley » de l’écurie DC au cinéma et comme l’égérie du divertissement d’action féministe et musclé des années 2020. Toutefois, au rayon des légères déceptions, Cathy Yan (dont c’est le second long-métrage) n’apporte pas de vraie identité cinématographique à son film, qui ressemble encore un peu trop à un gros clip vidéo entrecoupé d’extraits musicaux placés un peu au hasard – ce qu’on reprochait déjà largement à Suicide Squad. Un récit à l’aspect résolument pop et à la narration erratique, narré à la première personne par Harley qui ne cesse d’interrompre son récit avec des flash-backs un peu usants. Mais quand la narratrice est elle-même dérangée, quoi de plus normal ?

Oubliez l’anti-héroïne ultra sexualisée de Suicide Squad : Harley Quinn s’émancipe des clichés et c’est pour le mieux. Maillet à la main, le personnage essuie les coups de feu et éclate joyeusement des ligaments entre deux mojitos. Les séquences de bagarre qui la mettent en scène (dont une excellente évasion de prison) nous rappellent que le Docteur Harleen Quinzel est bien plus à même de tenir l’homme chauve-souris en respect que le Joker lui-même. Soyez prévenus : les deux éternels ennemis sont totalement absents du film et le backlash autour de Jared Leto est encore tel qu’il est tout bonnement effacé des séquences citant Suicide Squad – la réalisatrice préférant même faire de l’introduction de son film un cartoon dans la plus pure tradition, dans lequel le Joker apparaît sous ses traits les plus classiques. En ressort une protagoniste moins objectivée et bien plus intéressante que dans son interprétation précédente.

Roman sionis : un méchant classe au masque trop accessoire.

Harley Quinn, donc. Mais les Birds of Prey ? Si l’acrobate tire largement la couverture à elle, il est a noter qu’elle n’est nullement le moteur de l’intrigue, juste le petit rouage qui vient faire capoter les plans de celui qui est au cœur de l’histoire et qui rassemble tous les personnages autour de lui et de son empire criminel : Roman Sionis, un opposant souvent secondaire des aventures de Batman, qui peut ici briller à la hauteur du talent de son interprète. Ewan McGregor est absolument fabuleux dans ce rôle de méchant inédit sur écran et on sent qu’il s’amuse beaucoup à le réinventer. Précieux et distingué maître de la nuit, Black Mask peut passer en un clin d’œil de Ugo Tognazzi dans La Cage aux Folles au plus dérangeant des sociopathes des films de Scorsese. Bien que pas totalement assumé comme gay, le personnage est clairement abordé comme tel – la jalousie compulsive que ressent Victor Zsasz, un autre méchant classique de Batman, moins son homme de main que son homme tout court, le prouve bien assez. Dommage que ce choix soit un peu accessoire dans l’intrigue. En termes d’accessoires, le fameux masque noir emblématique du méchant n’est pas développé, alors qu’il est le détenteur d’une vraie symbolique dans les bandes-dessinées. Un angle qui aurait pu apporter un brin de nuance dans le comportement de ce vilain charismatique en diable qui ne porte son masque qu’une seule fois et sans réelle justification autre que du fan-service obligatoire.

Il faut bien admettre que les hommes ne sont pas montrés sous leur meilleur jour dans ce film, au point de pousser largement le bouchon lors d’une bataille finale un peu molle (allégorie probable) où Black Mask décide de n’opposer que des hommes aux héroïnes, avec un discours macho bien appuyé et largement dispensable. Façon de donner plus d’importance aux personnages du titre, les fameuses Birds of Prey, Black Canary en tête. Dinah Lance (excellente Junree Smolett-Bell) est le coeur émotionnel de l’histoire, celle qui se tait et encaisse alors qu’elle ne rêve que de hurler sa hargne. Le traitement du personnage est largement inédit par rapport aux comics et semble avoir tellement plu en projection test qu’un projet de film solo dédié serait à l’étude – ce qu’on appuie très franchement, car son background dans Birds of Prey semble n’être qu’à destination exclusive de celles et ceux qui connaissent déjà ses origines dans les comics. Quant à Huntress (Mary Elizabeth Winstead, plus bad-ass que jamais), malgré d’imposantes apparitions et quelques séquences de combat (pas très bien filmées) lors du final, elle n’a malheureusement pas assez droit de citer et on aurait bien aimé la voir davantage en action. Mais en ce qui concerne Renee Montoya (jouée par Rosie Perez), membre émérite du GCPD, son personnage parait plutôt sacrifié au milieu de femmes aussi charismatiques. La plus décevante restant Cassandra Caïn, future Bat-Girl dans les comics, qui n’a plus de commun avec son personnage que le nom et devient ici la caution adolescente un peu fatigante de l’histoire.

Les Birds of Prey restent au second rang… mais jusqu’à quand ?

Avec 01H49 au compteur, Birds of Prey est le film DC le plus court jusque là chez Warner, et c’est une bonne chose tant on ne s’ennuie pas dans ce petit film sans grande prétention autre que de nous amuser avec juste assez de gore et d’irrévérence pour satisfaire un public qui n’attend plus grand chose des divertissements légers tels que celui-ci. Il est en effet difficile de pouvoir convaincre avec les productions DC maintenant que Joker s’apprête à entrer dans la course aux Oscars et que la moindre petite photo du tournage du Batman de Matt Reeves est disséquée avec soin. La bonne approche était donc d’offrir un parfait contraire à la tendance, tout en épousant franchement la frange adulte des spectateurs. Bien que simple, Birds of Prey épouse les codes les plus âpres du film de gangsters et ne recule ni devant des meurtres frontaux, ni devant l’usage de la vulgarité verbale, ce qui l’amène à peu ou prou tutoyer les films Deadpool sur leur propre terrain, mais en mieux.

Birds of Prey (et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn) n’est donc pas pour les petites filles mais quel que soit votre sexe, vous sortirez de là avec l’envie de casser des bouches à la batte. Et ça, quoi qu’on en dise, c’est très encourageant en attendant le retour de Margot Robbie dans le reboot de The Suicide Squad par James Gunn et, on l’espère, un second chapitre des Birds sur écran.

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