Batman: Créature de la nuit, qui sort ce mois-ci chez Urban, est le pendant de Superman : Identité Secrète de Kurt Busiek et Stuart Immonen, réédité d’ailleurs par le même éditeur pour l’occasion. Dans Identité Secrète,  nous étions dans un monde semblable au nôtre où les super-héros n’existent que comme héros de BDs. Un jeune homme s’appelant Clark Kent devait subir la coïncidence de partager le même nom que le célèbre Superman, jusqu’à ce qu’il se découvre des pouvoirs semblables à celui du héros de papier. Avec Créature de la nuitBusiek (Marvels, Astro City) fait subir le même traitement à Batman.

Bruce Wainwright est un jeune garçon des années 60, lecteur assidu des aventures de Batman. Une passion confortée par son patronyme ressemblant à celui de Bruce Wayne et par la présence rassurante de son grand oncle, Alton Frederick, dit Alfred. Une troisième ressemblance, plus dramatique, apparaît lorsque ses deux parents sont assassinés sous ses yeux. Il fait alors la connaissance du policier Gordon Hoover. Le jeune garçon est alors envoyé dans un internat huppé, mais très vite, ses nuits sont troublées par l’apparition d’un spectre ressemblant à Batman. Il devra alors apprendre à vivre avec et, plus tard, à le combattre.

À l’instar de sa démarche sur Identité Secrète, Busiek commence par nous dépeindre un monde particulièrement réaliste, très proche du nôtre, où les super-héros ne courent pas les rues, mais se cantonnent aux pages des illustrés. Petit à petit, cependant, il instille du surnaturel, laissant ces personnages, qui jusque là ne partageaient que des patronymes, se rapprochaient de leurs modèles de fiction. Pour Bruce Wainwright, c’est l’apparition d’une ombre, d’une forme ressemblant à Batman qui va le plonger dans l’inconnu.

Busiek va laisser planer le doute sur la nature de cette apparition une bonne partie de l’album. Est-elle réelle ? Fait-elle vraiment régner la justice dans les rues de Boston ? Ou bien n’est-elle que le fantasme d’un jeune garçon ne parvenant pas à faire le deuil de ses parents ?

La réalité ou non de ce fantôme n’est cependant pas l’intérêt principal de cet album qui nous permet surtout de suivre le cheminement de Bruce Wainwright, tentant de gérer le deuil de ses parents et cette envahissante vision, tour à tour bienveillante ou menaçante. Au fil des années pour lui, et des pages pour nous, Bruce suit la trajectoire du Batman des comics, symbolisé par la première page de chaque chapitre, reprenant l’esthétique des grandes périodes.

Partant du vengeur masqué des débuts pour passer ensuite au héros positif des années 50, puis à celui qui se coltine un peu plus à la réalité dans les années 70 pour terminer par le héros dépressif des années 80. Dans un récent essai, Robin: Enfances et super-héros (dont nous reparlerons très vite),  Camille Baurin postulait que l’histoire des comic-books épousait la courbe de croissance d’un individu. Il semble que Kurt Busiek ait eu la même intuition.

Busiek trace ainsi le portrait d’un homme qui a du mal à sortir d’une enfance traumatisante. Bruce souhaite changer le monde, le rendre meilleur, mais ses actions semblent ne rien changer ou aggraver les choses. Nous voyons un Bruce Wainwright perdant pied, ses idéaux enfantins se heurtant à la réalité du monde. Busiek semble également s’intéresser sur le bien-fondé et l’efficacité d’une croisade vengeresse à la Batman.

Busiek confronte ainsi le mythe de Batman au réalisme de notre monde quotidien. Il est épaulé en cela par le travail graphique exceptionnel de John-Paul Leon (Earth X, Wintermen) qui signe à la fois dessins et couleurs. Ombres, drapés, volumes, Leon maîtrise tout avec une économie de traits qui force le respect et le range aux côtés d’artistes de la classe d’Alex Toth. Il sait également singer les styles de Bob Kane, Dick Sprang, Neal Adams et Frank Miller. L’éditeur Urban ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisqu’il propose également une édition Noir et Blanc, idéale pour apprécier l’art de l’ombre et de la lumière de Leon. Un écrin mérité pour le talent d’un illustrateur qui a, qui plus est, dû combattre le cancer pendant la production de l’album entre 2017 et 2019.

Batman: Créature de la Nuit  présente certes une version alternative de Batman, mais en dépouillant le personnage de tout son folklore super-héroïque, les auteurs parviennent à en dégager l’essentiel de son concept, sa substantifique moelle, celle d’un enfant perdu, criant justice au travers d’un totem effrayant. C’est donc un album idéal pour fêter le Batman Day, ce 19 septembre.

On rappelle d’ailleurs qu’à cette occasion, Urban offre, dans les librairies participante, un numéro collector pour l’achat de deux BDs Batman de leur catalogue. Un numéro collector,  Batman Terminal, qui vous permettra, qui plus est, de retrouver le talent de John-Paul Leon, ce qui ne se refuse pas

Batman: Créature de la Nuit (Batman: Creature of the Night #1-4), DC Black Label, 216 pages, 19 € (29 € pour l’édition N&B). Sortie le 18 septembre 2020 (le 11 septembre pour l’édition N&B). Traduction de Jérôme Wicky, lettrage de Moscow Eye.

 

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