L’univers de Stephen King n’a jamais été aussi présent à l’écran. Avec l’arrivée de Ça : Bienvenue à Derry, qui explore le passé de Pennywise (Grippe-Sou), l’intérêt pour l’auteur du Maine repart à la hausse. Chaque année voit surgir de nouveaux projets, preuve que la réserve n’est pas épuisée.
Dernier exemple en date : Marche ou Crève (The Long Walk), longtemps jugé inadaptable, est finalement sorti en 2025, réalisé par Francis Lawrence. De quoi rappeler que les arlésiennes finissent parfois par voir le jour.
Nous avons retenu sept romans encore jamais portés à l’écran et qui, avec le bon traitement, pourraient s’imposer au cinéma ou en série.
Sommaire
- 7. Joyland (2013)
- 6. Rose Madder (1995)
- 5. Les Yeux du dragon (1987)
- 4. La Petite Fille qui aimait Tom Gordon (1999)
- 3. Duma Key (2008)
- 2. Revival (2014)
- 1. Insomnia (1994)
Les livres que l’on ne cite pas (déjà adaptés)

Nous laissons volontairement de côté les titres maintes fois portés à l’écran : Ça, Shining, Le Fléau, Simetierre, Misery, Doctor Sleep, 22/11/63, Mr. Mercedes, The Mist… Notons que Ça : Bienvenue à Derry fait le lien avec Shining via Dick Hallorann, et qu’un arc militaire laisse entrevoir un parallèle possible avec l’Arrowhead Project de The Mist. De quoi rappeler à quel point le King-verse fonctionne en vases communicants.
7. Joyland (2013)

De quoi ça parle (sans spoiler) : Devin Jones, étudiant, prend un job d’été dans une fête foraine de Caroline du Nord. Il y découvre le folklore local, le “parler” des forains, mais aussi un mystère : le train fantôme serait hanté par le fantôme d’une femme assassinée des années plus tôt. C’est un mélange parfait de polar hard-boiled (dans la collection Hard Case Crime), de récit d’apprentissage et de surnaturel.
Ce que le cinéma peut en tirer : Une ambiance visuelle incroyable. L’esthétique de la fête foraine des années 70, la mélancolie de fin de saison et le mystère du meurtre sont parfaits pour une mini-série à la fois nostalgique et tendue, quelque part entre Stand by Me et Shining.
L’état du projet : La chaîne américaine Freeform a commandé une série en 2018. Le projet a été développé, mais n’a jamais reçu le feu vert pour la production et a été officiellement abandonné.
6. Rose Madder (1995)

De quoi ça parle (sans spoiler) : Rose Madder suit Rosie, en fuite face à un mari policier et violent. Un tableau rencontré par hasard devient une porte vers un monde mythologique où se joue sa reconquête.
Ce que le cinéma peut en tirer : un thriller psychologique frontal sur les violences conjugales, traversé par une imagerie mythique (la toile, le labyrinthe, la figure de Rose). Un projet fort, exigeant sur la mise en scène des traumas et la direction d’acteurs.
L’état du projet : droits acquis par HBO Pictures dans les années 1990 pour un téléfilm jamais tourné ; un film relancé à l’AFM en 2011 (Naomi Sheridan au scénario), sans suite.
5. Les Yeux du dragon (1987)

De quoi ça parle (sans spoiler) : Dans le royaume de Delain, deux princes, un trône fragile et Flagg, sorcier intrigant (oui, le même Randall Flagg que dans Le Fléau). Les Yeux du dragon est la grande excursion fantasy de Stephen King, écrite pour sa fille Naomi.
Ce que le cinéma peut en tirer : une fantasy classique mais nerveuse, où la ruse et la destinée priment sur la surenchère. Format idéal : série haut de gamme centrée sur la cour, les complots et l’ascension morale des héritiers, ce qui manque cruellement au paysage audiovisuel actuel.
L’état du projet : la série Hulu annoncée en 2019 a été annulée en 2020. Aucune adaptation sortie.
4. La Petite Fille qui aimait Tom Gordon (1999)

De quoi ça parle (sans spoiler) : À neuf ans, Trisha se perd en forêt. Un walkman diffusant les matchs de son idole, le joueur Tom Gordon, pour seul repère ; la faim, la peur… et peut-être autre chose, qui rôde.
Ce que le cinéma peut en tirer : un survival à hauteur d’enfant, radical et sensoriel. La tension passe par le travail du son, la nature, l’endurance, et une jeune actrice au diapason. C’est un défi de mise en scène.
L’état du projet : George A. Romero a tenté de l’adapter sans réussir à lancer la production. En 2025, Lionsgate a repris une option avec JT Mollner attaché à l’écriture et à la réalisation, aucun tournage annoncé.
3. Duma Key (2008)

De quoi ça parle (sans spoiler) : Après un accident, Edgar Freemantle se retire sur une île de Floride. La peinture l’aide à se reconstruire… tout en révélant une présence ancienne qui parasite ses toiles et sa mémoire. Duma Key mêle trauma, art et hantise littorale.
Ce que le cinéma peut en tirer : l’horreur par l’image (toiles, couleurs, mer, lumière), un personnage central puissant, et une montée en tension presque « hypnotique ». On imagine une mini-série de prestige, cadrée par une mise en scène sensorielle.
L’état du projet : des velléités récurrentes (notamment une piste avec Taylor Hackford en 2019), mais rien n’a abouti depuis. Aucune version filmée.
2. Revival (2014)

De quoi ça parle (sans spoiler) : De l’enfance aux désillusions d’adulte, Jamie Morton croise la route d’un pasteur charismatique, Charles Jacobs, obsédé par une « électricité secrète » aux promesses dangereuses. Revival glisse du roman d’apprentissage au cauchemar métaphysique.
Ce que le cinéma peut en tirer : un duo d’acteurs à fort potentiel, une chronique américaine s’étendant sur des décennies, et un final radical — parmi les plus noirs chez King — capable de marquer durablement le public s’il est respecté.
L’état du projet : longtemps porté par Mike Flanagan (Doctor Sleep), qui évoque « le projet qui lui a échappé ». Les studios ont refusé de financer une fin aussi sombre. Le film n’a jamais été lancé.
1. Insomnia (1994)

De quoi ça parle (sans spoiler) : Dans Insomnia, Ralph Roberts, veuf au sommeil en miettes, se met à voir les « auras » des vivants et des entités qui s’agitent derrière le voile. Sa descente dans l’insomnie ouvre sur une guerre de l’ombre aux implications métaphysiques, où affleurent les coulisses de La Tour Sombre.
Ce que le cinéma peut en tirer : un drame de la vieillesse et du deuil qui bifurque vers une odyssée cosmique. L’imagerie des auras, les « petits docteurs » et l’escalade vers le mythe offrent une signature visuelle immédiatement reconnaissable. En format, une mini-série limitée (6–8 épisodes) laisserait respirer la densité du roman.
L’état du projet : aucune adaptation sortie. C’est l’arlésienne ultime. Les studios butent depuis longtemps sur l’ampleur du livre (près de 1000 pages) et ses liens serrés avec La Tour Sombre, qui compliquent une version stand alone.
Ce qu’il faut retenir de ces adaptations introuvables
Pourquoi Insomnia n’a jamais abouti alors que l’action se déroule à Derry ? Sa mécanique cosmique et ses ponts avec La Tour Sombre (le Roi Cramoisi) imposent des arbitrages lourds : faut-il expliquer l’hyper-mythologie ou l’éluder ? C’est un frein récurrent côté studios, bien plus complexe que le monstre de Ça.
Y a-t-il des projets actifs ? Oui, par à-coups. Joyland est au point mort depuis l’échec du projet Freeform. La Petite Fille qui aimait Tom Gordon a été relancé par Lionsgate, mais sans date de production. Revival demeure « le film perdu » de Mike Flanagan, qu’il espère toujours faire.
Lequel verrions-nous en premier ? Duma Key a tout du « prestige drama » contemporain que recherchent les plateformes. Revival offrirait, lui, une fin dont on parlerait pendant des années.
Et le lien avec Derry ? La série Bienvenue à Derry n’articule pas seulement Ça : elle place Dick Hallorann au cœur d’un dispositif militaire, ce qui ouvre un pont explicite vers Shining et un clin d’œil appuyé aux expérimentations de The Mist, un filon que nous verrions bien traverser d’autres adaptations à venir.




