C’est l’heure de l’épilogue. Les spectateurs ont à peine eu le temps de cicatriser d’Avengers Endgame et de sa conclusion douce-amère, que la petite araignée sympa du quartier doit reprendre du service. Loin de son Queens natal, ce bon Peter Parker part en virée scolaire avec sa classe en Europe et c’est le réalisateur Jon Watts qui rempile pour chapeauter une excursion qui a moins les airs d’une suite de Spider-Man: Homecoming qu’un rab de super-héroïsme post-Avengers. Spider-Man: Far From Home est-t-il donc un simple fix en attendant la phase 4 du Marvel Cinematic Universe ou bel et bien le film qui réinventera pour de bon notre cher Monte-en-l’air ?

Bilan pour les fans et les moins fans : les Spider-Man du MCU sont des films plus légers que la plupart des autres métrages de la saga, davantage inspirés des films pour adolescents que par le sauvetage épique et systématique de l’univers. Si Homecoming avait su divertir, il n’en demeurait pas moins basique, voire maladroit par instants, probable conséquence d’une première coproduction entre Marvel Studios et Sony Pictures – toujours détenteur majoritaire à cette heure des droits relatifs au personnage.

De plus et malgré un capital sympathie en augmentation depuis son rôle dans le dyptique Infinity War / Endgame, Spider-Man s’est déjà brillamment illustré cette année sous d’autres avatars et supports – le superbe film d’animation Into The Spiderverse et un époustouflant jeu d’aventure sur console. Au milieu de propositions aussi bien accueillies et abouties, comment faire en sorte que ce Spidey là ne se laisse pas distancer ?

Spider-Man: Far From Home

L’entoilé est toujours ce personnage humain et proche de nous.

D’abord, en lui faisant changer d’air. Un des excellents et audacieux points du film est le cadre choisi par Watts pour conter cette nouvelle aventure et qui change drastiquement des cabrioles du héros dans les rues de New-York. Ainsi, c’est à Venise, Prague et finalement Londres que Peter ira tisser sa toile, jonglant entre les contrariétés d’une vie d’adolescent et les fameuses responsabilités que l’ont fait peser sur lui maintenant que Tony Stark / Iron-Man n’est plus là pour protéger la Terre. Far From Home n’est pas vraiment une histoire de responsabilité. C’est un récit traitant d’héritage, de deuil et de la difficulté de savoir se montrer digne de ses aînés – et surtout de ne jamais avoir honte de l’échec. Le Peter Parker construit par Tom Holland et le duo de scénaristes Chris McKenna / Erik Sommers résulte en une incarnation plus sensible du héros, naïf, humain et profondément désireux de bien faire – un parfait prolongement de l’adolescent moderne introduit dans le premier film, toujours entouré de figures d’adultes blasés ou trop excessifs face à ses succès, comme Tante May (Marisa Tomei), Happy Hogan (Jon Favreau) et l’inévitable Nick Fury (Samuel L. Jackson) qui vient plonger l’araignée dans le grand bain, qu’il le veuille ou non.

Mais il ne suffit pas qu’un héros soit humain, proche de nous et de l’envoyer ailleurs pour le porter vers d’autres sphères. Il faut qu’il soit face à des situations et des rencontres. Ainsi entre en scène Quentin Beck, alias Mysterio (le très demandé Jake Gyllenhal), un personnage classique bien connu des fans de la bande-dessinée pour avoir été l’un des premiers super-vilains opposé à Spidey par Stan Lee et Steve Dikto en 1964. À la surprise générale, ce nouveau venu a été très tôt présenté par le producteur Kevin Feige et son interprète comme l’allié de Peter dans cette aventure, venu d’un autre monde pour l’aider à faire face à des créatures gigantesques – les Élementaux, sortes de bouillasses de CGI pas très fines dont on saisira vite qu’ils ne sont peut-être pas le danger le plus grand que nos héros auront à affronter.

Difficile pour nous de nous étendre davantage sur la suite des événements du film et le passif de ce personnage intriguant sans spoiler mais sachez toutefois que le Mysterio de Gyllenhall est probablement l’une des meilleures adaptations d’un personnage de The Amazing Spider-Man depuis longtemps. Et après une première moitié de film plutôt balisée, la seconde sort complètement des sentiers battus voulus par la fameuse formule Marvel, qui recommence enfin à tenter des trucs avec ses protagonistes.

Mysterio

De ses pouvoirs à son pseudonyme, Mysterio est la grande réussite de Far From Home.

On en parlait déjà pour Endgame, la communication autour du film et de ses diverses bande-annonces a été à nouveau mûrement réfléchie et pensée en amont, afin de permettre aux spectateurs de spéculer sur les révélations éventuelles et les déroulements probables de cette nouvelle intrigue internationale. Un petit jeu auquel Feige et ses équipes semblent de plus en plus aguerris au fur et mesure des sorties et on tremble déjà d’impatience en attendant la suite.

S’il y en a un autre qui progresse, c’est le réalisateur Jon Watts, qui parvient ici à plier des scènes d’action bien plus lisibles que dans Homecoming – encore que toujours un peu rares. S’il y a faute, elle sera probablement à mettre sur le compte d’un déséquilibre manifeste au niveau des dialogues. Souvent ultra bavard, le film fait débiter à ses personnages, surtout adolescents, de longues tirades de comédie pas toujours très drôles, trop volontiers à usage d’un jeune public qui préférerait probablement assister à plus de castagne et de voltiges. Sans oublier l’agaçante MCU’s Touch, qui consiste à désamorcer la moitié des instants dramatiques par une blague – comme si le script tendait son index vers les acteurs depuis le bord de l’écran en demandant avec un rictus entendu qu’on tire dessus, histoire de voir… Si les Ant-Man, Thor Ragnarok ou même Endgame vous avait déçu sur ce point, navré de vous apprendre que Spider-Man : Far From Home persiste et signe et c’est parfois un peu malaisant. Cela dit, si l’humour façon Malcolm in the Middle vous sied mieux, le duo de professeurs formé par Martin Starr et J.B Smoove pourrait fonctionner sur vous.

Enfin, il va de soi – ça commence à être de coutume – que les facilités de scénario sont légion, surtout en ce qui concerne les personnages secondaires qui changent très subitement d’avis ou prennent de mauvaises décisions en dépit du bon sens le plus absolu (qu’espère par exemple Nick Fury en envoyant Peter affronter un géant fait de magma, lui qui ne possède pratiquement que des lance-toiles pour se défendre ?). Sans oublier que, si le script épouse l’univers étendu, il n’assume que paresseusement son héritage, balayant en deux-trois répliques (drôles) les retombées qu’on peut imaginer tragiques après que Peter et plus de la moitié de ses proches aient disparu pendant cinq ans suite au claquement de doigt de Thanos, avant de réapparaître dans un monde qui avait avancé sans eux. À quoi bon être la petite araignée sympa du quartier, proche des gens et des spectateurs, si l’on ne va pas s’enquérir du bien-être du voisin ? Faudra-t-il regarder la très moyenne Agents Of Shield pour daigner avoir ces réponses là ? N’avons-nous que cela à faire ? Tant de questions…

Des questions qui ne cesseront d’augmenter dans votre esprit après les deux séquences post-générique – toutes les deux d’intérêt, pour une fois.

Spider-Man: Far From Home marque donc le dernier pas de l’Infinity Saga, sans grand feu d’artifice. Mais suffisamment de cœur a été mis à l’ouvrage pour offrir une suite hautement satisfaisante et parfois positivement surprenante aux aventures du Tisseur, malgré d’éternels choix d’écriture pas toujours bien inspirés. Un peu à la manière de Tolkien qui à la fin du Retour du Roi (le livre) fait revenir le sorcier Saroumane pour une ultime échauffourée contre les hobbits, Jon Watts et Kevin Feige laissent Spider-Man conclure modestement et avec mérite ce grand chapitre du Marvel Cinematic Universe.

Spider-Man: Far From Home, dans les salles le 03 juillet 2019.

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