À la base, les Omega Men sont un groupe de super-héros galactiques créé en 1981 par Marv Wolfman et Joe Staton dans les pages de Green Lantern #141. Après des passages dans les séries Action Comics et New Teen Titans, ils gagneront leur propre série régulière en 1983, où se distingueront les scénaristes Roger Slifer, Doug Moench et Todd Klein ainsi que les dessinateurs Keith Giffen, Tod Smith et Shawn McManus. C’est dans cette série que Slifer et Giffen créeront le personnage de Lobo. Dans cette version originelle, les Omega Men sont les opposants à Citadel (la Citadelle), un empire totalitaire qui tient sous sa coupe tout le système solaire Vega, composée d’une vingtaine de planètes.

Nouvel environnement

En 2015, le scénariste Tom King, dans le cadre l’opération éditoriale DCYou, refond complètement la série. Le système Vega ne compte plus que six planètes et la Citadelle n’est plus cet empire totalitaire, craint et haï de tous, mais un régime « fort », soutenu par toutes les autres forces galactiques puisque son rôle essentiel est d’extraire le stellarium, un minerai capable d’équilibrer le cœur des planètes, évitant ainsi des destructions comme celle qu’a connu Krypton, par exemple. King va nous faire ainsi découvrir les planètes Ogyptu, Changralyn, Karna, Euphorix, Hyn’xx et Voorl. Chacune ayant un système politique, des valeurs et des façons de réagir face à la Citadelle différents.

Ogyptu est la planète de la paix dont vient Primus qui jusque-là menait une rébellion non-violente. Changralyn est la planète-monastère où vivent les prêtres qui vénèrent l’Alpha et l’Oméga, les deux figures de la religion vegane. L’un des leurs refusent leur soumission à la Citadelle et est donc devenu un Broot. Karna est la planète de Tigorr où des humanoïdes félins vivent selon la loi de la jungle. Sur Euphorix, les Brahimins ont colonisés de force la planète et réduisent les autochtones en esclavage, ce que supporte de moins en moins la pourtant très égocentrique princesse Kalista. Hyn’xx est la planète où tout se vend et s’achète. Enfin, Voorl vit caché derrière un champ de force depuis des années, mais finalement Scrapps et Doc, le robot de combat, l’ont quitté pour combattre la Citadelle. Chacun de ses représentants forme donc les Omega Men et ils ont un plan pour mettre enfin à bas le vice-roi de la Citadelle, coupable du pire crime qui soit.

Ce plan a besoin de Kyle Rayner, le White Lantern venu à Vega pour négocier la paix. Privé de son anneau pour des raisons de sécurité, il se fait kidnappé par les Omega Men qui mettent sa mort en scène. Ils veulent en fait lui montrer les crimes de la Citadelle pour qu’il les rejoigne dans leur lutte.

Expériences politiques

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le scénariste Tom King a reformulé Vega à sa sauce. Difficile de ne pas y voir un reflet de son experience au Moyen-Orient dans sa reformulation. L’exploitation à tout prix du stellarium fait penser à celle du pétrole, la colonisation d’Euphorix à celle des territoires palestiniens et le rôle que joue la Terre dans l’aventure, tout cela fait penser à la façon dont les États-Unis mènent leurs affaires dans la région.

Un aspect que le dessinateur Barnaby Bagenda confirme par ses designs inspirés du Moyen-Orient. De même que les couvertures de Trevor Hutchison, sous forme d’affiches de propagande, viennent appuyer le propos politique.

Expériences religieuses

King n’hésite pas non plus à évoquer la question religieuse avec la religion de Vega, une foi basée, on l’a dit, autour de deux grands pôles, l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin. Une foi que les Omega Men n’hésitent pas à mettre en avant pour justifier leurs actions, les rapprochant parfois d’extrémistes religieux. Une foi qui peut aussi facilement se détourner, tant les prêtres de Changralyn sont aisément achetables. Une foi qui entre aussi en résonance avec celle de Kyle Rayner, catholique qui va remettre ses croyances en doute. Un aspect qui paraît nécessaire à Tom King :

« Je suis mi-juif, mi-chrétien. J’ai donc grandi dans un environnement très hétérogène. Mon père était un genre de bouddhiste californien, donc j’allais aussi dans les temples bouddhistes, étant gamin. J’avais donc l’église, le temple et le bouddhisme.

Et puis j’ai passé des années à vivre dans la routine de pays musulmans.

Je pense donc avoir une vision très large de la question. Je ne rejette pas la religion. Je n’ai pas cette attitude. Je pense même que c’est une façon complètement légitime de voir le monde. C’est de toute façon la manière de voir le monde d’une majorité de gens. Je pense donc que ça devait faire partie de l’histoire. »

Pour autant, si Tom King évoque beaucoup de sujets forts, il se garde bien de donner son avis sur toutes ces questions.

« Pour être parfaitement honnête, je ne sais pas qui est bon et qui est mauvais. Il me semblait que si je me décidais, vous verriez mon parti-pris. Je veux que les lecteurs le découvrent de la même façon que moi. J’écris seulement ce que les personnages font. J’essaie de ne pas les juger. »

Expériences philosophiques

En exergue des douzes épisodes de la maxi-série se trouve des citations du philosophe américain William James, frère de l’écrivain Henry James et adepte du pragmatisme. Cette forme de pensée met l’accent sur la pratique, le sens des idées venant de l’experience.

Interrogé par CBR sur la présence de ces citations, King répond : « En fait, il y a deux raison à ça . La première est que William James est un pragmatique célèbre. Il est l’un de mes penseurs américains favoris. Il a écrit sur la religion en la prenant au sérieux, avec une perspective scientifique, en respectant ce que la religion pouvait faire de bien, tout en étant conscient de ce qu’elle peut faire de mal. (…) Il a beaucoup écrit à propos de l’expérience religieuse et comment celle-ci peut être profonde.

La seconde est beaucoup plus personnel. C’est toujours bizarre à dire, mais ma mère est décédée et m’a laissé sa bibliothèque. Lorsque j’ai été chez elle, après sa mort, j’ai pris un livre. C’était un livre de citations. Simplement le parcourir a était très réconfortant pour moi, parce que c’était son livre de citations.

À l’intérieur, il y avait énormément de citations de William James, et j’ai gardé celles qui m’ont le plus aidé. Placer ces extraits a été un acte très personnel puisqu’ils m’ont vraiment réconforter à un moment difficile de ma vie. »

Si Tom King se garde de juger, le dernier chapitre se révèle pourtant particulièrement corrosif pour toutes les parties, renvoyées dos à dos. La maxi-série nage ainsi en pleine zone grise, refusant d’établir si les uns sont des résistants ou des terroristes et si les autres sont des gouvernements légitimes ou des états fascistes. Sont-ils tous prisonniers d’une destinée divine ? D’un système ? D’une expérience d’un auteur de BD ? King se garde bien de donner des réponses et laisse le soin au lecteur – et au pauvre Kyle Rayner – le soin de se débattre avec la morale et ses conséquences pratiques.

Omega Men (Omega Men Sneak Peek, Omega Men #1-12), Urban Comics, 296 pages, 22,50 €. Sortie le 14 juin 2019. Traduction de Jérôme Wicky, lettrage de Moscow Eye.

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