C’était la Bérézina des films de super-héros. Le projet cinématographique le plus maudit de ces trois dernières années. L’enfant victime du beau-père Disney remarié avec une 20th Century Fox déjà bien en mal de lui offrir une vie décente. Après trois ans de reports incessants pour des motifs pas toujours bien clairs, Les Nouveaux Mutants signé Josh Boone est enfin sorti dans les salles… au beau milieu d’une crise sanitaire dont on ne connait que trop bien les retombées sur les cinémas et les exploitants, comme un gentil petit agneau sacrificiel balayé sous le tapis de l’indifférence et quasiment face à face avec le monstre Tenet, signé Christopher Nolan.

Après une saga X-Men achevée en forme de catastrophe financière avec un Dark Phoenix pourtant pas si désagréable que ça, Les Nouveaux Mutants n’annonçait rien de moins qu’un petit film sans prétention, bien décidé à évoluer dans un autre genre cinématographique pour éveiller l’intérêt des spectateurs – l’horreur pour ne pas la nommer.

Après avoir multiplié les bandes-annonces et les teasers ces dernières semaines, comme une tentative désespérée de faire du profit sur un projet qui n’a déjà que trop coûté à ses studios, la Fox et Disney sortent donc Les Nouveaux Mutants  dans une ère de distribution  cinématographique quasiment à l’arrêt, le livrant en pâture à des fans de comic books qui ne l’attendaient plus et des fans de cinéma d’horreur qui espéraient encore le grand frisson, sans jamais avoir ouvert un seul numéro de leurs aventures initiées chez Marvel par Bob McLeod et Chris Claremont. Le verdict ne s’est pas fait attendre : les critiques sont mitigées et le box-office ne décolle pas.

Et quelle injustice…

Les Nouveaux Mutants… Ces héros qu’on méritait…

Car si dans les faits, Les Nouveaux Mutants n’est que vaguement horrifique et ne saurait soutenir la comparaison avec d’autres films de capes en collants, il est probablement (avec Logan) ce que la saga X-Men aura offert de plus sincère depuis plus de dix ans, en explorant à nouveau la sève même de ce qui fait de cette mythologie unes des plus importantes et pertinentes du monde de la bande dessinée U.S.

Dans un cadre de huit-clos, Josh Boone nous présente une équipe d’adolescents réduite, très proche des comics : Sam Guthrie (Rocket), Rahne Sinclair (Wolfsbane), Robert Da Costa (Solar), Iliyana Raspoutine (Magik) et Danielle Moonstar (Mirage). Ce petit groupe est maintenu enfermé par le docteur Reyes (Alice Braga), une étrange scientifique qui tient à ce que ces cinq jeunes apprennent à maîtriser leurs pouvoirs de mutants fraîchement déclarés, avant de rejoindre les rangs d’un intrigant supérieur. Mais depuis l’arrivée de Danielle, des choses étranges se produisent au centre et les jeunes mutants vont devoir faire face aux plus grandes peurs et traumatismes qui ont déclenché leurs pouvoirs et les ont mené jusque dans ses murs un peu trop bien gardés…

Inspiré par des films d’épouvante tels que A Nightmare on Elm Street : Dream Warriors ou L’échelle de Jacob, Josh Boone –  qui travaille actuellement sur la future série adaptée du Fléau, de Stephen King – n’a pas oublié les grandes et essentielles thématiques qui ont justifié que les revues mutantes de Marvel comics existent encore aujourd’hui après soixante ans de publication : le changement, le passage à l’âge adulte, le rejet de la différence, les traumatismes et l’amitié. Autant de motifs brassés avec équilibre dans le scénario, certes simple (d’aucuns dirait même simpliste) mais profondément humain des Nouveaux Mutants qui parvient avec une émotion non feinte à retranscrire les traits de caractère des protagonistes de la bande-dessinée, tout en les modernisant juste assez pour jongler entre hommage et progrès. En ressort un véritable drame fantastique sur l’adolescence, un teen-movie sombre et pertinent avant tout centré sur les personnages au détriment de grandes séquences d’action – n’espérez pas voir de grand déchaînement de pouvoir avant le troisième acte d’un film qui, malheureusement, doit se contenter d’une maigre durée d’une heure et demie pour exister.

Allégorie du film, prisonnier entre deux visions, deux studios, deux mondes.

Avec seulement cinq personnages principaux, aux motivations et personnalités toutes bien définies et crédibles, Boone compense allègrement quinze ans de films X-Men et leurs cohortes de personnages secondaires sans aucune personnalité, piochés au petit bonheur dans les pages du comic book pour satisfaire des fans ou tout simplement faire joli. Posé, le rythme du film permet de nous attacher à ces cinq personnages, de comprendre leurs cheminements et de sympathiser avec eux au-delà des archétypes qu’ils semblent représenter de prime-abord. Ne serait-ce qu’en faisant apparaître par deux fois à l’écran des extraits de la série Buffy : the vampire slayer, l’un des plus grands plaidoyers de l’histoire de la télévision en faveur de la différence et des grands combats relatifs à la rébellion et aux changements de l’adolescence, Les Nouveaux Mutants signe sa volonté d’être quelque chose d’autre qu’un simple divertissement super-héroïque, sans jamais négliger les clins d’œil et easter eggs à l’attention des fans.

Les cinq comédiens sont tous majoritairement issus du monde de la télévision, à l’exception notable d’Anya Taylor-Joy, égérie du film fantastique de grande classe (Split, The Witch) et dont le personnage d’Iliyana est le seul à ne pas faire partie de l’équipe de base dans les comics (et dont les origines sont forcément les plus modifiées). Mais force est de constater que l’ajout de Karma (et son passé extrêmement dur) aurait davantage alourdit l’intrigue et on rêve à une suite qui n’arrivera jamais dans laquelle la mutante asiatique aurait eu sa place. Les effets spéciaux sont à la fois basiques et convenables pour ce type de récit, servi par un bestiaire assez impressionnant de créatures comme les Smiling Men et surtout, le fameux Ours Démon, l’une des plus grandes menaces jamais affrontées par les jeunes mutants. Notons également une bande-originale signée Mark Snow (The X-Files), souvent pleine d’émotion et à des lieux des scores tonitruants auxquels le spectateur est habitué.

Magik : le personnage le plus retravaillé par rapport au comics

Certains diront : où est l’univers partagé des films X-Men ? Il est tout juste mentionné. D’autres demanderont : où est le film d’horreur promis ? Les Nouveaux Mutants n’a jamais promis qu’il serait terrifiant. Mais ses héroïnes et ses héros ont peur, eux… Et c’est là encore toute une thématique proche aux personnages des mutants, tous rejetés et traités avec méfiance par leurs proches ou leurs concitoyens. Et ce qui nous fait peur ? On l’enferme à l’abri des regards et on le contrôle pour qu’il nous ressemble davantage… ou on l’élimine. Toutes les horreurs narrées dans des arcs prisés par les fans, tels que Génosha, ou encore Dieu Crée, L’homme Détruit. 

Les Nouveaux Mutants n’est pas là pour ravir les fans de genre. C’est avant tout un film. Modeste, mais réussi. Un film en forme de conclusion prometteuse mais salement avortée par ses dirigeants, à qui on ne pourrait à la rigueur que reprocher de n’être pas autant à la hauteur de l’attente qu’il a bien malgré lui généré.  L’épilogue discret d’une longue saga et une fin traitant du triomphe de l’entraide face à une adversité sans réel autre visage que celui d’un écran d’ordinateur froid couvert de données et de directives. Disney, si tu nous lis…

Les Nouveaux Mutants, au cinéma depuis le 26 août 2020.

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