Si vous lisez ou avez lu régulièrement des comics DC des années 70 et 80, vous avez forcément croisé son nom. Liz Berube a en effet été une coloriste particulièrement prolifique de cette époque. Elle ne fut cependant pas que coloriste, mais a aussi eu une importante carrière d’illustratrice à une époque où il était plutôt rare qu’une femme tiennent un crayon. Elle vient de nous quitter récemment.

Une enfance new-yorkaise

Née Elizabeth Ann Safian le 7 janvier 1943, à New York, dans le quartier de Brooklyn, elle se souvient avoir toujours dessiné, que ce soit sur les murs de du logis familial, à 3 ans ou dans les pages du carnet de croquis qu’elle emportait avec elle dans les transports en commun. C’est sa mère, qui dessine également, qui lui donne le goût de cette activité. Elle dit alors avoir été grandement influencée par Winsor McCay, le strip Pogo de Walt Kelly et, surtout, elle se passionne pour l’Art Nouveau et Alfons Mucha.

C’est au lycée Martin Van Buren, dans le Queens, qu’elle passe sa scolarité. Elle y est diplômée en 1959 (à l’âge de 16 ans) et entre à l’école des Arts Visuels de New York, au grand dam de ses parents, qui ne croient pas qu’elle puisse faire carrière dans le domaine artistique. Elle se souvient d’une ambiance très bohème où les étudiants passaient leur temps à boire du café et à se dessiner entre eux.

Liz Safian en 1961.

Éviter les pièges des débuts

Elle quitte l’école en 1961. En plus d’un emploi alimentaire comme réceptionniste, elle entre dans la maison d’édition Archie Comics. Au côté du responsable éditorial Victor Gorelick, elle apprend le métier d’éditrice et de coloriste. En dehors, elle apprend également à éviter les « promotions canapés », comme avec cet éditeur de Dell qui lui promet tout un numéro de 80 pages à coloriser à condition de prendre un verre avec lui ou ses trois agents artistiques successifs, plus intéressés par la mettre dans leur lit que par ses dessins.

Elle rencontre néanmoins d’autre gens mieux attentionnés. Notamment Jack Adler, responsable de la production chez DC Comics, qui, impressionné par ses talents de coloriste, l’engage immédiatement. Efficace et très respectueuse des délais, Liz Safian s’impose rapidement. Jack ne tarit pas d’éloges sur la jeune femme et répète à qui veut l’entendre: « Si vous en avez besoin il y a deux semaines, demandez à Liz« .

Cette couverture d’un épisode d’Archie de 1962 a pu être colorisé par Elizabeth Safian. Difficile à dire car, à l’époque, les coloristes ne sont pas crédités et font partie des ateliers anonymes de production des éditeurs. Couverture d’Archie #131 (Archie Comics, 1962)

Karen

En 1965, elle donne naissance à son fils, David. Elle se retrouve alors dans la situation de mère-célibataire. Heureusement, sur le plan professionnel, elle a enfin trouvé un agent digne de confiance qui, en 1967, propose un projet de strips de presse quotidiens à l’agence Newsday Syndicate, mettant en scène une jeune femme de son temps. Le responsable Bill Moyers soumet les dessins de Safian à sa fille de 15 ans qui est enthousiaste à leurs égards. Moyers achète donc le strip. En hommage à sa « marraine », Elizabeth donne le prénom de la fille de Moyers, Karen, à son strip.

Celui-ci durera jusqu’en 1969 et sera présent dans une quarantaine de quotidiens à son pic de popularité. Elle y dépeint les déboires légers d’une adolescente et de ses amis, captant l’air du temps à travers la mode, la musique et les fêtes. Dans son graphisme, il y a comme un petit air de Kiraz et ses « Parisiennes » avec ses jeunes femmes filiformes, aux jambes interminables et aux grands yeux expressifs.

Extrait du strip « Karen » par Elizabeth Safian.

La chance perdue des Romance Comics ?

Safian en profite pour placer des planches dans les comic-books romantiques de DC Comics. Elle livre des histoires, mais aussi tout un tas de pages de compléments (sommaires, horoscopes, comment être belle pour pas cher) pour les revues Girls Love Dates, Heart Trobs, Young Romance, Young Love… C’est à l’époque la seule femme dessinatrice de DC Comics. Cependant, le genre des romance comics, créé par Joe Simon et Jack Kirby à la fin des années 40, est en perdition. Le graphisme moderne de Safian, qui importe le style des magazines de mode style Vogue ou Cosmopolitan, impressionne et on lui propose le poste de responsable éditorial de la gamme avec l’espoir qu’elle revitalise la ligne.

Elizabeth refuse le poste cependant. « J’avais plusieurs raisons pour ne pas le faire. La première, et j’en suis honteuse, mais je suis honnête, c’est que je ne savais pas si j’aurais été capable de gérer « les gars », en étant la seule femme dans le bureau et ne sachant pas ce qu’était l’édition. La deuxième raison est que je ne voulais pas mettre mon fils dans une de ses écoles maternelles qui avaient mauvaise réputation à l’époque. C’était au tout début des années 70, il y avait de sales histoires à cette époque. C’était plus confortable de travailler à la maison. » On se plait à imaginer ce qui ce serait passer si Elizabeth avait accepter. Aurait-elle réussi à sauver un genre tombé en désuétude ? Qui sait. Toujours est-il que DC, face à ce refus, décide de lâcher l’affaire et arrête tous les titres de sa gamme romantique.

« Kiss me, but only in my Dreams ! », extrait de Girl’s Love Story #149. Écrit par Robert Kanigher, illustré par Elizabeth Safian (DC Comics, février 1970).

« Colorist: Liz Berube »

Sans débouchés, Liz se concentre sur la colorisation. En 1974, elle se marie avec Daniel Berube, dont elle prend le nom. C’est pourquoi lorsque DC crédite enfin les coloristes courant 1976, elle apparaît sous le nom de Liz Berube. Son nom apparaitra ainsi sur des centaines d’épisodes de DC comme Black Lightning, Adventure Comics, Aquaman, Warlord, House of Mystery, Infinity Inc, The Vigilante, etc. Elle restera chez DC jusqu’en 1988. En parallèle, elle intègre Continuity Comics, la maison d’édition de Neal et Cory Adams, où elle colorise Ms. Mystic. Durant le courant des années 80, Liz divorce de Daniel Berube et cherche à retrouver son nom de jeune fille, mais le pli est pris et les lettreurs continuent de l’inscrire comme Liz Berube.

Extrait d’Adventure Comics #450 (DC Comics, mars 1977)

L’après-comics sera essentiellement consacré à l’illustration de livres pour enfants et de dessins commerciaux. En 1999, elle quitte New York pour l’Oregon, puis s’installe en Arizona. En 2017, elle doit subir une opération chirurgicale de la hanche et du fémur qui lui impose une convalescence de deux ans. Grâce à l’organisation Hero Initiative qui aide les artistes dans le besoin, elle a pu rester à son domicile à Scottsdale. Malheureusement, c’est là qu’elle s’est éteinte le 15 janvier dernier.

Sources : Wikipedia, Nerdteam30, Sequential Crush

Galerie d’Élisabeth Safian Berube

 

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