Avengers: Endgame

C’est presque une formule d’alchimie : à chaque surprise obtenue, son lot de déceptions en tout genre. Bien qu’Avengers: Endgame soit désormais parti pour être le plus grand film de la franchise et du monde (en termes de chiffres, bien évidemment), le public ne s’est pas retenu de lui reprocher moult défauts en agitant un doigt réprobateur sous le nez de Marvel Studios et Kevin Feige.

Après avoir listé les cinq bonnes surprises du film, voici selon nous et avec une certaine subjectivité, cinq détails qui ont constitué une mauvaise surprise dans Avengers: Endgame.

Attention si vous n’avez pas encore vu Avengers: Endgame. Cet article est parfait pour vous spoiler tous les grands moments du film.

1 – Thanos, l’ombre de lui-même

Thanos (Josh Brolin) dans Avengers: Endgame

Thanos (Josh Brolin) dans Avengers: Endgame

On l’annonçait comme le plus grand méchant cinématographique du XXIe siècle. Avengers: Endgame lui aura égratigné l’aura (c’est marrant à dire mais pas à constater). Après son coup d’éclat de Infinity War, le Titan Fou perd salement de sa superbe dans cet ultime volet de l’Infinity Saga. En cause, un scénario qui ne lui laisse pas la place d’exister tant il doit multiplier les traits d’humour et les arcs scénaristiques.

Les frères Russo laissent littéralement tomber leur méchant, allant même jusqu’à le supprimer deux fois à l’écran, la première mort ayant surprenamment lieu un quart d’heure après le début du film. Une surprise bienvenue alors que la suite de l’histoire le laissera en mode automatique et sans pitié, un simple colosse à abattre, plus malveillant que plein d’une certaine empathie pour ceux qui s’opposent à lui sans succès. Un drôle de gâchis.

2 – Thor ou l’humour à tout prix

Thor (Chris Hemsworth) dans Avengers: Endgame

Thor (Chris Hemsworth)

On le sait depuis Les Gardiens de la Galaxie, l’humour est devenu une composante obligatoire des scénarios concoctés pour le Marvel Cinematic Universe. S’il est devenu acceptable dans le cadre des Gardiens ou même de Ant-Man qui sont des héros dont l’A.D.N. même se compose d’une partie d’absurde, il est souvent jugé comme mal adapté et mal dosé dans les autres films de la saga. Taika Watiti a d’ailleurs démocratisé ce choix avec son Thor: Ragnarok, un film ne fonctionnant presque que sur ce principe.

Si ce tragi-comique a quelque peu laissé le Dieu d’Asgard tranquille dans Infinity War, il est de retour au galop dans Endgame, faisant même de lui un protagoniste dispensable. Flanqué d’une perruque et d’une prothèse grotesque transformant Thor en Volstagg l’Énorme, Chris Hemsworth passe les trois quarts de son temps d’écran à cabotiner. Même dans les moments les plus intenses en suspense, jusqu’à nous faire douter de son sérieux lors de l’ultime affrontement qui oppose les héros à Thanos – durant lequel Thor boudine sa bedaine dans sa tenue de combat.

Qui a bien pu prendre sa présence dans cet affrontement sans étouffer un rire gêné ? Que cela soit pour caresser l’acteur dans le sens du poil ou par pur souci de justifier la présence du héros qui avait déjà tout donné dans Infinity War, on retiendra Thor comme un gros troll, incapable de s’insérer dans cette saga sans être compromis depuis tous les bords de cette production multi-face qu’est le MCU.

3 – La mort de Black Widow : enterrer l’avenir du personnage

Avengers: Endgame

Natasha Romanoff (Scarlett Johansson) alias Black Widow

Scarlett Johansson aura finalement droit à un film solo centré autour de Black Widow en 2020. Ce dernier est bien parti pour être un préquel (à moins que le multivers annoncé par la bande-annonce de Spider-Man : Far From Home ne vienne y remédier). Et on est pas contents. Pourquoi donc ? Si nous sommes bien sûr ravis de retrouver la Veuve Noire dans un film solo, voir ce dernier relégué au rang de simple préquel a de quoi rebuter.

Solo: A Star Wars Story aurait pourtant dû apporter la preuve à Disney que conter les aventures d’un personnage qu’on sait déjà mort n’est pas forcément payant. Un fait d’autant plus regrettable que, suite aux succès de Wonder Woman et de Captain Marvel, Natasha Romanoff va profiter d’un véritable intérêt du public pour les super-héroïnes – et on ne va pas se mentir, sans le milliard rapporté par les aventures de Carol Danvers, le projet aurait probablement été avorté dans l’œuf. Que le film consacré à cette dernière ait été un préquel se justifie dans le sens où nous savions que le personnage participerait aux événements à suivre de la saga. Ainsi, à l’heure où nos rédigeons ces lignes, le film Black Widow dont le casting s’est récemment attiré de superbes noms, nous apparaît comme bien vain et opportuniste, surtout après la disparition si marquante et emprunte de justesse émotionnelle du personnage dans Endgame.

On t’aime quand même, Natasha et on ira voir ton film, mais après que Disney ait annoncé un PG-13 au lieu du R-Rated promis, c’est un peu la goutte d’eau qui fait claquer des doigts.

4 – Captain pas Marvel

Captain Marvel (Brie Larson) dans Avengers: Endgame

Captain Marvel (Brie Larson)

La polémique autour du personnage de Carol Danvers (et par extension abusive sur Brie Larson qui l’interprète) n’est pas prête de désenfler. Alors que le planning de Marvel Studios plaçait le film Captain Marvel entre deux Avengers, on était en droit d’attendre à ce que la super-héroïne en provenance des années 90 ait un rôle capital à jouer dans l’ultime affrontement contre Thanos. Or, la surprise a été de taille quand le personnage s’est révélé n’avoir servi que de pur deux-ex machina dans le scénario de cet ultime aventure. D’abord venue sauver Tony et Nebula de l’espace infini, la guerrière taciturne ne revient qu’en fin de métrage pour pulvériser le vaisseau-mère du Titan Fou avant de disputer avec lui une brève baston qui la laissera sur le carreau.

Si entre ces deux interventions, les fans ont pu se faire plaisir en découvrant le personnage cheveux courts, tel qu’il est désormais montré dans les comics, ce n’est qu’une bien maigre consolation. D’autant que tout semble continuellement glisser sur l’héroïne qui, suite au snap, apparaissait pourtant très affectée dans la scène post-générique de son film et qui annonçait sa venue au sein des Avengers. Un potentiel gâché ? Difficile à dire avec certitude, mais il semble assez clair que les exécutifs n’ont que peu fait passer le mot en ce qui concerne l’usage de ce personnage et le déroulement de son arc narratif. Brie Larson elle-même confirme avoir tourné ses scènes pour Avengers: Endgame avant celles de son propre film, sans indications et sans avoir été dirigée. Un déséquilibre qui se voit, se sent et se regrette.

Nul doute que Carol aura droit à une suite pour son film, d’autant que ses propos laissent bien entendre que les menaces sont assez importantes ailleurs que sur Terre. Après avoir exploré son passé, seul l’avenir nous dira ce que le MCU réserve à cette guerrière intergalactique qui n’a pas conquis tout le monde, autrement que par les chiffres.

5 – Ces incohérences qui nous hantent

Le vieux Steve Rogers (Chris Evans) à la fin d'Avengers: Endgame

Le vieux Steve Rogers (Chris Evans) à la fin d’Avengers: Endgame.

Les critiques et les fans sont assez unanimes : Avengers: Endgame est un « oui, mais ». S’il y a consensus, c’est que l’alchimie a encore fait son office : à la joie du grand spectacle, de la nostalgie et de l’art de conclure en beauté s’est soustrait le dressage massif de sourcils  face à certains choix de scénario. En premier lieu, l’établissement du voyage temporel pour sauver l’univers. Sauf que l’histoire ne change pas et les voyages ne sont pas à effet rétro-actif. C’est expliqué, assumé et c’est fort bien mais pas si on se permet de faire n’importe quoi avec.

Car dans la logique où un voyage en arrière ne change pas le présent, alors un autre avenir naît de chaque voyage. Or, on est à presque sept potentialités suite au second acte du film où les Avengers chatouillent la timeline établie jusqu’au retour d’un Captain America vieilli en fin de métrage et qui, dans cette logique, ne pouvait décemment pas revenir sur le plan temporel d’où il est parti – comme Marty McFly, Steve Rogers est littéralement de retour du futur. Bien sûr, le film essaye d’expliquer que ramener les pierres à leur place dans le passé comme le fait le Cap a pour but d’arranger les choses et de faire en sorte que ces timelines alternatives n’existent pas…  Sauf que si on s’en tient à la théorie explicitée par Bruce Banner et qui insiste pour dire que le temps n’est pas linéaire, alors chaque voyage doit impliquer un changement dans le temps, ce qui n’est absolument pas gérable par la logique – encore moins dans le cas de Loki qui a tout bonnement disparu.

Mais depuis l’arrivée du trailer de Spider-Man : Far From Home, une bombe a éclaté : le Multivers existe. De nombreuses dimensions sont donc ouvertes suite au snapping et avec elles tous les possibles inimaginables. Qu’est-ce que ça implique concrètement ? Eh bien que toutes les timelines provoquées par Endgame peuvent probablement interagir avec les autres événements du MCU, dont un potentiel retour de Loki qui a fui avec le Tesseract lors du voyage de l’équipe de Tony et Steve à New-York et qui servira probablement de base à sa propre série à venir chez Disney +. Voire d’ouvrir une porte pour que Wanda puisse faire revenir Vision, là encore pour la série WandaVision.

En quoi ce serait embêtant ? Eh bien, avec ce procédé, les trous de scénario de Avengers: Endgame ne se justifient plus qu’en partie et à nouveau sur l’autel d’un univers étendu que tout le monde ne va pas suivre et qui laissera de nombreux spectateurs sur le carreau. Ce choix est un quitte ou double. Marvel et Disney feraient tout aussi bien de réfléchir davantage leur projet avant de servir du contenu à la chaîne sans réelle nécessité.

Avengers: Endgame, au cinéma depuis le 24 avril 2019.

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