Sorti dans un format différent chez les Éditions Caurette, Kong Crew revient chez Ankama et s’impose comme un projet de rêve pour Éric Hérenguel … dans tous les sens du terme.

Et si King Kong avait gagné au terme du film de 1933 ? Et si au lieu de chuter du haut de l’Empire State Building, Kong s’était imposé  comme le nouveau maître  de New York, obligeant la population à fuir et forçant les autorités à créer une zone de contingentement où personne ne rentre ni ne sort ? C’est sur ces excitants prémisses que démarre The Kong Crew, une aventure très personnelle pour Éric Hérenguel.

Le dessinateur de Ballade au bout du monde (Glénat),  Kran (Vents d’Ouest) ou Lune d’argent sur Providence (Vents d’Ouest) devait gérer l’arrêt de la série Ulysse 1780 lorsqu’il a fait le rêve à l’origine de The Kong Crew, voyant intrigue et personnages dans son songe,  notamment la page d’ouverture présentant New York sous la jungle. Très vite, le projet prend forme aux Éditions Caurette sous un format particulier : des fascicules en n&b et en anglais, rappelant l’inspiration comic-book de The Kong Crew. L’ami Sofiene Boumaza de l’Étagère Imaginaire en avait déjà dit, chez nous, tout le bien qu’il fallait en penser.

Et voilà qu’Ankama sort un recueil, en couleurs et en francais, des deux premiers chapitres. L’occasion de découvrir sous un nouvel angle cette version du mythe Kong. Si la version n&b est bien sûr magnifique, la version couleur est en effet loin de démériter, Hérenguel s’attachant à recréer une ambiance chaude et lumineuse dans le scènes sur la base, beaucoup plus sombre et menaçante dans la jungle de Manhattan. De plus, les années 40 (l’action se passe en 1947) étant  celles de l’essor du Technicolor au cinéma, Hérenguel y rejoint son objectif de rendre un hommage à l’Âge d’Or du cinéma et de la bd américaine, retrouver l’esprit des films et des serials des années 40 et 50 avec ces aviateurs intrépides survolant des jungles aventureuses où se cachent les dangers les plus improbables. Les spectateurs les plus anciens se souviendront  peut-être de cette émission pour la jeunesse qui passait dans les années 90, Club Sandwich, qui refourguait des arriérés du catalogue Universal, avec une série du début des années 80 lancée dans le sillage d’Indiana Jones, Jake Cutter, et des serials d’époques. Une ère plus naïve, mais où l’imaginaire était roi et qu’Hérenguel tente de retrouver.

Et l’on est franchement servi avec ce trip où l’on suit un jeune aviateur bravache qui se retrouve perdu en pleine cœur de la jungle qu’est devenu New York, où se terrent des plantes étranges évidemment,  des dinosaures bien sûr et même une tribu d’Amazone. Bref, Hérenguel s’amuse à appliquer tous les tropes de l’époque pour les appliquer à son formidable concept. D’autant que The Kong Crew bénéficie de ses dessins superbes qui flatte la rétine à chaque page, comme un Dave Stevens a pu le faire avec Rocketeer, auquel on est également obligé de penser.

Et justement, alors que Rocketeer fait l’objet d’un dessin animé (pour très jeunes, précisons-le) cette édition d’Ankama propose  un aperçu d’un projet de série animée adaptant The Kong Crew. Enfin, les éditions Caurette, via Liber Distri , proposent également en précommande un volume Artist’s Edition, un volume luxueux en édition limitée proposant, outre les deux premiers chapitres, de très nombreux bonus. Bref, les rêves d’Éric Hérenguel ont encore de beaux jours devant eux, pour notre plus grand plaisir

The Kong Crew, t.1: Manhattan Jungle, Ankama, 64 pages, 15,90 €. Sortie le 04 octobre 2019. Lettrage de Philippe Marlu.

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