Avec le premier volume de C’est où le plus loin d’ici ? (What’s the furthest place from here ? en VO), les éditions Casterman proposent aux lecteurs une aventure au long cours, développant une intrigue où les révélations sont plutôt bien distillées et les dessins de très bonne facture. Même après cette lecture, on a toujours du mal à comprendre où le récit nous emmène, C’est où le plus loin d’ici ? se positionne comme une série assurément à suivre, à la frontière entre The Nice House On The Lake et Deadly Class.

Voici notre critique de C’est où le plus loin d’ici ? de Matthew Rosenberg et Tyler Boss.

Sommaire

 

Case extraite de C'est où le plus loin d"ici ?, chez Casterman.

©Matthew Rosenberg & Tyler Boss – © Casterman pour l’édition française

Un monde sans adultes

Nous voici dans un monde futuriste, postapocalyptique où nous suivons les aventures du Collège un groupe d’adolescents vivant dans un bâtiment (une ancienne maison de disques) au sein d’une ville constituée uniquement de groupes d’enfants se partageant chacun un territoire spécifique. Il n’y a aucun adulte dans ce monde, c’est interdit !  Chaque membre du Collège (ils sont une douzaine environ) a choisi un album de musique pour le représenter.

Lorsque l’un de leur membre, Sid, disparait sans donner de raison et qu’un autre disparu et devenu adulte fait son retour, le Collège se voit contraint de briser plusieurs codes de leur environnement, dominé par les Étrangers, des créatures bizarres et silencieuses et qui semblent faire la loi. La recherche de leur amie disparue va de fait les conduire à des affrontements avec d’autres familles d’adolescents, comme les Banquiers, les Forains ou bien les Gars en Bleu. Leur périple à travers la ville va nous permettre de comprendre, petit à petit, les fondations de cet univers.

Extrait de "C'est où le plus loin d"ici ?", dessiné par Tyler Boss.

©Mathew Rosenberg & Tyler Boss- © Casterman pour l’édition française

Un comics qui ne répond pas encore à toutes les questions

Ne cherchez pas des réponses, vous n’en aurez pas lors de ce premier volume. En effet, C’est où le plus loin d’ici ? s’inscrit dans la pure tradition des séries de comics. Au États-Unis elle a dépassé les vingt épisodes et continue à être publiée de manière plus ou moins régulière par Image Comics. Les auteurs semblent en tout cas savoir où ils vont et ce ne sera pas une histoire écrite au fil de l’eau, comme on a souvent pu le voir. Nous aurons à la fin de tous les épisodes une véritable série complète.

Matthew Rosenberg, dont on avait pu apprécier le travail sur certaines mini-séries Marvel et même sur les séries X-Men, nous propose un univers plutôt cohérent, mais où la trame générale de fond n’est pas encore dévoilée. On ne saura pas dans ce premier volume pourquoi il n’y a plus d’adultes. On ne saura pas à quoi correspondent les Étrangers, on ne sait même pas s’il y a une autre ville ou si c’est une réunion de groupes isolés, même si le titre de la série nous laisse penser que le monde est bien plus grand que ce qui nous est dévoilé dans les pages de ce premier tome.

Les indices sont glissés avec parcimonie et le lecteur découvrira en même temps qu’Alabama, Prufrock ou Oberon (des membres du Collège) ce qui définit cet univers. Un univers superbement dessiné.

Un côté punk assumé et des dessins de grande qualité

Si le scénario de Matthew Rosenberg est intrigant, avec un côté punk assumé, il est surtout superbement mis en valeur par l’artiste Tyler Boss, qui avait déjà travaillé avec Rosenberg sur 4 Kids Walk Into A Bank et Dead Dog’s Bite, des récits inédits en France.

Dès le départ, on se rend compte que le style de Boss est orienté vers une ligne très claire et une attention toute particulière aux personnages. Et ce n’est pas étonnant lorsqu’on sait que Tyler Boss a été l’élève de l’immense David Mazzuchelli : la filiation est évidente, notamment en ce qui concerne les compositions fluides et les attitudes des personnages. Il arrive à les rendre attachants.

Il faut dire que la structure du récit, faite en petits chapitres de cinq ou six pages, permet au dessinateur de montrer l’étendue de ses talents, mais aussi d’avoir l’espace nécessaire pour développer les idées du scénariste et donc, de fait, ce nouvel univers. Lors de chaque chapitre, lorsque les membres du Collège entrent dans un nouveau quartier, Tyler Boss nous propose une identité visuelle différente, sans toutefois changer de style. C’est bien évidemment l’un des points forts de cette bande dessinée.

Extrait de "C'est où le plus loin d"ici ?", par Matthew Rosenberg et Tyler Boss.

©Matthew Rosenberg & Tyler Boss – © Casterman pour l’édition française

Le premier tome de C’est où le plus loin d’ici ? donne véritablement envie d’en savoir plus sur l’univers proposé par ses auteurs. C’est une très bonne série mais qui nécessite, comme beaucoup de bandes dessinées actuelles, d’avoir une grande partie de l’histoire afin de comprendre les enjeux. Seule la fin et l’exécution sur le long terme permettra au lecteur de savoir si C’est où le plus loin d’ici ? peut se classer dans la catégorie des réussites. Le deuxième tome est d’ailleurs prévu pour septembre et nous permettra de nous faire une meilleure idée. C’est en tout cas très bien parti !

Ce qu’on retient de C’est où le plus loin d’ici ?

Points forts :

Un univers vraiment intéressant, une bonne interaction entre des personnages attachants et une approche graphique de première classe

Points faibles :

On n’a pas beaucoup de réponses, un récit qui ne pourra être jugé qu’en fonction de son développement et de sa conclusion.

C’est où le plus loin d’ici ? Tome 1, à paraître le 27 août 2025 aux éditions Casterman, traduction d’Annick Evrard, 272 pages, 25,95 €

Couverture de C'est où le plus loin d'ici ?, disponible chez Casterman.

 

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