Nous vous en avons parlé récemment : Tanguy Mouchot relance les aventures de Fantax, le légendaire super-héros français inventé par son grand-père. Parmi les auteurs du projet Fantax Renaissance, nous avons remarqué une vieille connaissance en la personne de Thierry Mornet, alias Terry Stillborn. Nous lui avons posé quelques questions…

Thierry, ton nom apparaît au générique du projet Fantax Renaissance. Tanguy Mouchot nous a expliqué que tu avais écrit un crossover entre le Garde Républicain et Fantax. Tu peux nous en dire davantage ?

Terry Stillborn : Nous nous connaissions avec Tanguy depuis quelques années. J’admire le travail de restauration patrimonial qu’il a entrepris sur Fantax, le personnage créé par son grand-père, Pierre Mouchot. Régulièrement, nous reparlions de cette idée de faire vivre une aventure commune à nos deux personnages préférés. Tanguy a appris les arcanes de l’édition sur le tas, en rééditant les épisodes de Fantax, en collaboration avec Reed Man, d’Organic Comics.

Nous avons tourné autour d’un récit, et récemment, Tanguy est revenu vers moi afin de mettre en place ce projet d’un album, qui comprendrait plusieurs histoires, chacune étant située au cours d’une décennie différente. J’ai trouvé l’idée intéressante car elle rejoint un principe que je défends dans le cadre des récits de super-héros, notamment sur Le Garde qui est un personnage qui vieillit « en temps réel », à l’instar du Fantôme du Bengale, d’Invincible ou du Savage Dragon.

Tanguy m’a demandé de l’épauler dans l’édition de cet ouvrage, notamment en contactant quelques auteurs. Nous connaissions tous deux Laurent Lefeuvre (qui devait initialement réaliser l’un des récits, mais qui – faute de temps – n’a pu finaliser que la superbe couverture) et Jean-Yves Mitton. Tanguy a sollicité Jean-Marie Arnon, Jean Depelley, Jean-Michel Arroyo. En revanche, j’ai approché François Corteggiani que j’ai « marié » le temps d’un récit avec Chris Hénin (Semaine entre potes, Le Garde Républicain). J’ai contacté par ailleurs Jim Dandy et Pascal Millet, avec qui j’avais collaboré auparavant, et je leur ai proposé de dessiner chacun l’un des récits destiné à ce Fantax – Renaissance.

Le récit réalisé en collaboration avec Paskal est entièrement dédié à Fantax et se déroule dans les années 1970, tandis que celui avec Jim Dandy est l’occasion de faire se rencontrer Fantax et Le Garde en plein mai 1968. Outre l’envie de faire se rencontrer les deux personnages, ce récit s’insère dans la chronologie du Garde. Bien qu’il s’agisse d’un récit complet, qui se suffit à lui-même, il sert quasiment de prologue à une aventure charnière dans l’évolution du Garde (dans son incarnation des années 1960, telle qu’elle a été développée dans Le Garde #2, 5 & 6 en collaboration avec Christophe Hénin).

Tu peux nous rafraîchir la mémoire à propos du Garde Républicain ? Parle-nous des origines du personnage et de son historique…

Terry Stillborn : Le Garde Républicain est un super-héros français. Le projet est né alors que j’étais ado. Biberonné à Strange, Titans, Nova et consorts, j’avais alors participé à un concours de dessin organisé par les mythiques Éditions LUG, dont l’objectif était de créer un super-héros français. La première version du Garde date de cette époque. Autant vous dire que je n’ai pas gagné. En revanche, pour l’anecdote, en regardant les résultats de ce concours, publiés dans une des revues LUG de l’époque (Mustang ou Strange, je ne sais plus), on remarque la présence de noms qui ne sont pas inconnus aux lecteurs de comics. Un certain Denis Lapierre (qui avait créé un personnage appelé Mistral… et qui participera à un crossover avec Le Garde, n’est-ce pas Denis ? ou encore Nick Meylaender (scénariste, mais aussi traducteur de séries telles que The Goon, Hillbilly, Porcelaine ou Tony Chu).

Le Garde Républicain est resté dans les cartons à dessin et dans un coin de ma tête pendant une grosse trentaine d’années. À l’approche de la cinquantaine, j’ai décidé qu’il était temps de « passer de l’autre côté de la barrière », c’est à dire de ne pas me contenter d’éditer des comics comme je le fais depuis une vingtaine d’années (chez Semic, puis Delcourt), mais de me confronter à la création. Je souhaitais également « faire une BD ».

J’ai regardé ce qui traînait dans mes cartons, et quelles idées pouvaient être reprises. Je suis retombé sur Le Garde Républicain. En dépit du fait que je ne suis plus vraiment fan de super-héros (à quelques rares exceptions près), je me suis dit qu’animer un personnage ou une série de super-héros représenterait justement un challenge intéressant, à condition de le faire à la façon de ceux que j’avais aimé au cours de mon adolescence. J’avais en revanche envie et besoin d‘une totale liberté pour ce projet, et j’ai décidé de l’auto-éditer et de l’auto-distribuer.

Plutôt que de passer par une plateforme de financement participative (un système tentant mais qui implique de disposer de temps afin d’animer les projets. Un temps dont je ne dispose pas), j’ai décidé de le financer entièrement sur mes fonds personnels. J’ai utilisé la petite avance sur droits que j’ai perçue pour l’écriture de « Comics, Les Indispensables de la BD américaine » (Éditions Huginn&Munnin) afin de financer le tout premier numéro (payer un dessinateur, un coloriste, un lettreur et l’imprimeur).

Au départ, je pensais m’arrêter là. Faire un petit numéro et puis s’en va. Mais les retours ont été plutôt bons, et finalement les recettes du premier numéros m’ont permis de financer en grande partie un deuxième numéro. Le projet a réellement pris vie à ce moment-là, car j’ai pu commencer à envisager les choses à « plus grande échelle ». Le Garde est un super-héros français qui – depuis la fin du XVIIIe siècle (la première incarnation du Garde est… LaFayette himself) – défend les valeurs de la République (Liberté, Égalité, Fraternité, Le Vivre ensemble, etc.). Il intervient sur les points chauds de l’hexagone dès lors qu’un danger menace.

C’est aussi un électron libre qui refuse les tutelles trop lourdes, persuadé que « la raison d’état » n’est pas toujours compatible avec les valeurs de la République qu’il défend. Ce qui m’amuse le plus, et ne rend pas le projet ennuyeux (comme le sont devenus la plupart de super-héros bloqués dans un éternel statu quo), c’est le fait que Le Garde ne dispose pas de super-pouvoirs. C’est un athlète au-dessus de la moyenne, certes, mais il reste mortel. Chaque incarnation peut mourir de vieillesse, de maladie, au combat, en mission, etc. Et chaque époque voit un nouveau Garde prendre le relais, relever le gant pour être celui de sa génération. Je dispose d’autant de « bacs à sable » dans lesquels jouer que je le souhaite. En toute liberté !

Après ce crossover avec Fantax, tu prévois d’autres aventures en duo pour le Garde Républicain ?

Terry Stillborn : Oui ! La prochaine aventure est un peu une surprise qui sort du chapeau grâce à Jean-Marc Lofficier, et qui est à l’origine d’un crossover pour le moins inattendu entre Le Garde et… Barbarella. Jean-Marc représente les droits de Julien Forest, le fils de Jean-Claude, créateur de la célèbre héroïne de bande dessinée créée en 1962, et incarnée au cinéma par l’inoubliable Jane Fonda. Jean-Marc a écrit un récit – dessiné par José Louis Ruiz Pérez – qui va d’abord sortir aux USA chez Dynamite, puis dans la foulée en VF. Je suis incroyablement heureux de cette opportunité de voir Le Garde évoluer au côté d’une telle icône de la BD mondiale.

Le Garde et Marianne – version contemporaine – apparaîtront par ailleurs dans un court récit réalisé par Louis, en compagnie de son héroïne Miss Deeplane. C’est vraiment génial de prêter ses « jouets » à des amis, et de voir ce qu’ils en font. Il y a d’autres idées, envies et projets avec divers personnages et créateurs… Mais il est encore trop tôt pour en parler !

Super ! Merci Thierry (ou Terry) pour ces réponses très précises. Et à bientôt pour d’autres nouvelles du Garde Républicain !

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