Troisième partie de notre revue de la série originelle Rom Spaceknight. Après avoir survolé les intrigues que vous trouverez dans le tout premier Omnibus disponible en 2024, nous continuons avec, encore une fois, des épisodes de très bonne tenue, toujours réalisés par le tandem Bill Mantlo/Sal Buscema.

L’éditeur Al Milgrom laisse la place durant quelques numéros à Ann Nocenti, qui était à l'époque responsable du pole mutant de Marvel. Pas étonnant donc de retrouver dès l’épisode 31 le retour de Hybrid, opposé cette fois-ci à la partie féminine de la Confrérie des Mauvais Mutants, c’est-à-dire Mystique, Destinée et Malicia (Rogue en V.O.). Encore une fois, le personnage et l’horreur de l’intrigue font mouche. Ce diptyque (épisodes 31 et 32) est l’un des points d’orgue de la série, non seulement par sa violence mais aussi par sa caractérisation de Malicia, décrite désormais comme une jeune fille paumée. Ce sont les débuts de sa métamorphose et il ne sera pas étonnant de la voir rejoindre un peu plus tard les X-Men.

(image : © Marvel Comics. ROM SPACEKNIGHT TM & © HASBRO)

Dès qu’un nouvel éditeur arrive, on assiste généralement à un nouveau départ, et c’est le cas ici. Graphiquement, on assiste au remplacement à l'encrage de Joe Sinnott par un duo un peu plus moderne : Ian Akin et Brian Garvey, qui apportent véritablement leur style graphique à la série. Les textures sont totalement différentes, les personnages prennent une autre dimension. En toute honnêteté, ils ont beaucoup apporté aux dessins de Sal Buscema. Problème : le dessinateur n’appréciait pas du tout leur travail. Il ne supporte en effet pas de voir ses dessins mangés par le style de ses encreurs.  Mais comme il est avant tout un employé fidèle, il ne dira rien.

Les auteurs décident, puisque notre héros est désormais totalement établi au sein de l’univers Marvel, de lui faire quitter Clairton pour parcourir le monde. La raison est simple et toujours la même : puisqu’il est désormais certain de ne plus pouvoir retrouver son humanité (après les évènements de l’épisode 25), il ne peut tout simplement plus accepter le mal que lui cause la présence de Brandy, dont il est toujours éperdument amoureux. Cette fois-ci, il ne laisse pas la ville sans défense puisqu’il donne à Torpedo une version modifiée de son analyseur, c’est-à-dire un moyen de pouvoir identifier les spectres.

Rom & Namor (image : © Marvel Comics. ROM SPACEKNIGHT TM & © HASBRO)

Du numéro 33 au numéro 40, les auteurs nous offrent un arc que l’on peut appeler Dweller in the Threshold et où Rom a fort affaire avec la branche des Spectres Sorciers. Ces derniers veulent en effet réveiller une entité cosmique et bien évidemment malfaisante issue de leur dimension et la ramener sur Terre en utilisant de jeunes enfants innocents ! Dans son combat, Rom ne sera pas tout seul ! Il obtiendra successivement l’aide de Namor le Prince des Mers puis de Shang-Shi et enfin celle du Doctor Strange qui présentera à Rom nul autre que… le Tribunal Vivant ! Autant dire que la série a pris une direction mystique et sombre. Brandy quant à elle ne supporte plus l’absence de son héros et décide de se faire greffer, via un Spectre Noir bien mal intentionné, l’armure de Starshine qui était enterrée non loin de là. Une fois l’affaire dans le sac, le Spectre prendra toutefois contrôle de l’esprit de la jeune femme (qui possède désormais les pouvoirs d’un chevalier de l’espace) et va l’envoyer contre son amoureux !

Vous avez dit horreur ? (image : © Marvel Comics. ROM SPACEKNIGHT TM & © HASBRO)

Nous voici à l’épisode 41 et c’est à ce moment-là qu’Ann Nocenti, certainement très occupée par son futur travail d’éditrice puis de scénariste (Longshot) laisse la place à Ralph Macchio. Le premier annual arrive et, comme souvent, il est très anecdotique. C’est la première apparition toutefois de Butch Guice aux dessins d’un comic book Marvel.
L’arrivée de Ralph Macchio secondé par un tout jeune Bob Harras va marquer le retour de Rom dans le registre du super-héros classique. On y retrouve des personnages secondaires de l’univers Marvel comme Quasimodo l’ordinateur vivant ou les super-soldats soviétiques.
Niveau histoire, Rom est enfin réuni avec Brandy/Starshine et les deux peuvent vivre leur amour en plein jour, mais enfermés dans des armures !

(image : © Marvel Comics. ROM SPACEKNIGHT TM & © HASBRO)

Le numéro 50 pointe le bout de son nez et les auteurs prévoient de grands changements sur la série. En effet, Macchio demande à Walt Simonson de donner un nouveau design aux Spectres Noirs et celui-ci propose une approche très horrifique et très sombre qui se révèle aux yeux des lecteurs sur la couverture de Rom #47 dessinée par Bill Sienkiewicz. Pire, ces nouveaux Spectres peuvent non seulement absorber l’apparence mais aussi les souvenirs des personnes visées en leur… perforant le crâne avec leur langue ! C’en est forcément trop pour les éditions LUG qui arrêtent la publication de la série en France. Le dernier épisode traduit est le 46 (STRANGE 178) et c’est La Division Alpha qui reprendra la place laissée libre dans le numéro suivant.

Comment les auteurs justifient-ils ce changement d’apparence ? Vous me direz que pour un peuple qui change de forme ce n’est pas très difficile mais l’explication n’est pas du tout convaincante. Cette nouvelle forme est celle des Spectres magiciens qui, constatant que les Spectres scientifiques n’arrivent pas à faire main basse sur la Terre, décident tout simplement de les exterminer ! Cela ne fait pas vraiment sens. La transition est extrêmement rapide (un combat suffit pour exterminer toute une race) et on se demande si cette fois-ci Bill Mantlo a une idée de là où il veut mener la série. Rappelons que l’auteur est un spécialiste des lignes directrices changeantes, comme son futur travail sur Alpha Flight le prouvera, avec une équipe absolument pas stable et des changements incessants inutiles en ce qui concerne l’histoire. Le deuxième Annual de la série reviendra d’ailleurs sur ce problème tout en introduisant de nouveaux Chevaliers de l’Espace.

Le nouveau design des Spectres Noirs sous les crayons de S. Buscema, Akin & Garvey (image : © Marvel Comics. ROM SPACEKNIGHT TM & © HASBRO)

L’épisode 50 sera un véritable tournant dans la série, même en termes de qualité ! En effet, Bill Mantlo décide de faire table rase de tout ce qui a pu se passer avant et tue tous ses personnages secondaires. En quelques pages, Torpedo, Steve Jackson, les parents de Brandy et la ville de Clairton sont totalement annihilés par les Spectres Noirs ! Après de nombreuses années à avoir opéré en secret, les Spectres se dévoient enfin et attaquent à visage découvert ! C’est le début de ce que l’on appelle la Wraithwar ! On apprend au passage que les Spectres sont une race affiliée à celle des Skrulls et que ces derniers ne peuvent pas les voir en peinture ! Ce sont eux qui de manière plutôt facile, débarrassent Clairton de leurs ennemis sans qu’on sache trop pourquoi. Rom décide de mettre son neutralisateur sur la position "tuer", ce qui ne respecte plus non plus le principe de départ de la série.

La mort de Torpedo (image : © Marvel Comics. ROM SPACEKNIGHT TM & © HASBRO)

Les humains sont donc en guerre contre les Spectres et on verra débarquer Rom à l’ONU. Brandy quant à elle devient de plus en plus insupportable. Elle ne prend pas bien la mort de ses amis et de sa famille et passe son temps à chouiner dans tous les épisodes. Niveau dessins, Akin et Garvey sont remplacés par Mel Candido qui effectue un véritable travail de cochon sur les crayonnés de Sal Buscema. Ce qui est terrible, c’est que Bill Sienkiewicz encre quelques pages de temps en temps et que le résultat est plus que convaincant !  Les épisodes sont assez médiocres. Il y a quelques bonnes idées mais elle sont généralement très mal exécutées et noyées sous un flot de dialogues. Histoire de ne pas laisser Rom tout seul, Bill Mantlo nous ressort le sidekick ultime : Rick Jones ! Celui-ci est atteint d’un cancer incurable et devient rapidement le confident de Rom.

La chute de la qualité est vertigineuse à partir des épisodes 54/55. Bil Mantlo produit des épisodes assez indigents avec des situations totalement incohérentes et qui font penser aux comics naïfs des années 40.
Au numéro 58, c’est Sal Buscema qui quitte la série, sans que personne ne félicite l’auteur pour sa constance (il n’a raté qu’un seul épisode et encore, c’était pour dessiner le deuxième annual). Buscema part dessiner les Eternals et se brouillera avec Bill Mantlo quelques mois plus tard pour une histoire de scénario dans les pages d’Incredible Hulk. Il n’est pas tout seul puisque Ralph Macchio laisse la place à Mike Carlin. Fait surprenant, c’est le même Mike Carlin qui va devenir éditeur en chef de DC Comics et qui vient de prendre sa retraite il y a à peine quelques jours.  De l’équipe originelle, il ne reste plus que Bill Mantlo, qui n’a vraisemblablement plus grand-chose à dire.

Les débuts de Ditko pour un changement graphique assez particulier. Deux dessinateurs, deux ambiances....

Il manque un dessinateur à la série et c’est le moment où Steve Ditko, le légendaire co-créateur de Spider-Man et du Doctor Strange frappe à la porte de Jim Shooter, l’éditeur en chef de Marvel. Il cherche en effet du travail mais ne veut pas travailler sur des héros déprimés. Ditko, fidèle à sa philosophie veut s’occuper uniquement de personnages nobles et sans défaut. Shooter lui propose donc de prendre les rênes artistiques de Rom et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela ne fonctionne pas du tout. De toute façon, la série ne se vend plus très bien et Shooter ne prend aucun risque.

Le style organique et onirique de Ditko ne convient pas du tout à cette histoire horrifique de guerre à l’échelle planétaire impliquant la totalité des personnages Marvel. C'est vieillot, voire totalement ringard quand on y ajoute les scénarii claqués de Mantlo. Pour son arrivée, Ditko dessine un Rom mettant fin à une menace de virus en transmutant un anticorps de fourmi… La partie graphique est désastreuse. Ditko ne convient pas du tout et les éditeurs vont essayer de cacher la misère en lui adjoignant des encreurs de prestige, qui vont tenter de manger son style. Nous aurons successivement John Byrne, Bob Layton, Tom Palmer, Butch Guice, Akin et Garvey, Kim de Mulder, Steve Leialoha et Brett Breeding qui vont tenter de sauver les planches du maître. Il n’y a que P. Craig Russel qui va arriver à donner une certaine poésie aux crayonnés de Ditko. Le numéro 65 voit la victoire des humains contre les Spectres lorsque Rom et Forge, le mutant des X-Men feront exploser Wraithworld !

Jamais scène de foule n'aura été aussi mal troussée (sauf peut-être Les vengeurs de la Côte Ouest par Al Milgrom. (image : © Marvel Comics. ROM SPACEKNIGHT TM & © HASBRO)

Brandy est redevenue humaine dans l’annual 3 et commence à fricoter avec Rick Jones. Les deux adoptent une jeune fille, Cyndi Adams, dont les parents sont morts durant la guerre contre les Spectres. Rom, qui n’a donc plus rien à faire sur Terre, repart dans l’espace pour éradiquer les quelques Spectres restant et retrouver Galador.
Les derniers épisodes sont tout bonnement catastrophiques !

Rom voyage de planète en planète, retrouvant au fur et à mesure plusieurs membres des Chevaliers de l’Espace et combat des Spectres. Mantlo n’en a plus rien à faire. Il sent que la série touche à sa fin. Rom Spaceknight passe du statut de série horrifique à celle de série totalement ridicule. Mantlo résout tous les problèmes au numéro 72 avec l’apparition du Beyonder qui, d’un coup de baguette magique, guérit Rick Jones de son cancer, ressuscite les parents de la jeune Cyndi et envoie Brandy sur Galador pour retrouver Rom !

Rom par Ditko (image : © Marvel Comics. ROM SPACEKNIGHT TM & © HASBRO)

Rom et ses amis retrouvent le chemin de Galador grâce aux SHI’AR dans le quatrième annual de la série et tout le monde se rejoint sur la planète pour le grand final.
À leur grande surprise, nos amis trouvent une Galador détruite. Une nouvelle génération de Chevaliers de l’Espace a pris le pouvoir depuis la disparition de la planète et Galactus et ils semblent être beaucoup plus agressifs sous l’influence de leur chef Dominor. Leur but : transformer tous les humains restants en Spaceknights.

Évidemment, Rom et Brandy interviennent et s’allient avec les quelques rebelles humains qui résistent tant bien que mal. Dominor est finalement battu et Brandy retrouve une partie de l’essence humaine de Rom dans les décombres de la planète. Quelle grande surprise !  Cela permet ainsi à notre chevalier de retrouver sa forme humaine et de repeupler la planète avec sa chérie ! La fin est rapidement expédiée en quelques pages, voire en quelques cases.  

derrière une couverture magnifique de P. Craig Russell .... (image : © Marvel Comics. ROM SPACEKNIGHT TM & © HASBRO)

...se cachent les dessins un peu moins magnifiques de Ditko... (image : © Marvel Comics. ROM SPACEKNIGHT TM & © HASBRO)

Si elle possède de nombreux défauts comme un style très verbeux et une dernière quinzaine d’épisodes véritablement ridicules Rom reste néanmoins une saga qui, de par son impossibilité à retrouver en recueil, s’est rapidement accordé le statut de série culte. On y trouve aussi de grandes histoires, des personnages hors du commun et une ambiance horrifique que les lecteu&rs français ne connaissaient alors pas beaucoup dans les pages de Strange.

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