Assurément un des tauliers de la sphère comics, Neal Adams nous a quitté récemment. Même si nous avons déjà évoqué les grands moments de sa carrière, revenons plus en détail sur une vie passée à dessiner, mais surtout passée à défendre les dessinateurs.

Des débuts par le comic-strip...

Neal Adams est né le 15 juin 1941 de Frank et Lilian Adams Adams, sur Governors Island, au large de Manhattan. Il s'agit à l'époque de la base de la première Armée américaine car Frank est un militaire de carrière. Il entraînera d'ailleurs sa famille dans de nombreuses bases de la côte Est et même d'Allemagne. Ballotté d'écoles en écoles, le jeune Neal trouvera dans le dessin, domaine où il était doué, un formidable outil d'intégration. En offrant des dessins à ses camarades ou professeurs, il devenait rapidement la coqueluche de l'établissement où il venait d'arriver. La famille Adams reviendra finalement à New York, dans le quartier de Brooklyn, pour mieux se disloquer. Vers les dix ans de Neal, Frank Adams quitte son épouse. Lilian doit ouvrir une pension de famille pour subvenir aux besoins du foyer. Le jeune Neal aidera sa mère comme il pourra, notamment en trouvant un emploi sur les pontons de Coney Island. Pourtant, Lilian est la première supportrice du talent de son fils et l'inscrit à l'école des Arts Industriels de New York, dont il sort diplômé en 1959.

Influencé dès le départ par les travaux d'Alex Toth, Al Williamson, Jack Davis, Mort Drucker, Gil Kane ou encore Hal Foster, le jeune Neal sait d'entrer de jeu qu'il veut faire de la BD. Il propose ses services à DC Comics, mais se fait recaler. Il propose quelques pages d'essai sur le personnage de The Fly pour Archie Comics qui lui permettent de croiser Joe Simon, le mythique co-créateur de Captain America. Celui-ci tente de le dissuader de "ruiner sa vie" dans l'industrie du comic-books. Pour autant, un extrait des pages d'essai d'Adams servira à combler un numéro d'Adventures of the Fly #4, ce qui en fait son premier travail imprimé. Il continuera chez Archie en produisant quelques gags pour les parutions humoristiques de la firme avant de claquer la porte. Si les comic-books ne veulent pas de lui, en revanche, il trouvera refuge dans le monde des comic-strips. Il devient l'assistant d'Howard Nostrand, auteur de la bande quotidienne Bat Masterson. Si Nostrand lui apportera beaucoup en terme de dessins, Adams admet volontiers avoir bien plus appris d'Elmer Wexler, artiste qui partageait le studio de Nostrand et co-créateur de Miss America. Ancien militaire comme le propre père d'Adams, Wexler lui inculquera toute son éthique de travail. Il le recommandera également à l'agence de publicité qu'il venait tout juste de quitter, Johnstone and Cushing. Adams dessinera ainsi des pages de réclame pour Bell Phone Company, Goodyear, General Electric ou encore AT&T.

Extrait d'Adventures of the Fly #4 par Joe Simon. La dernière case a été repiquée sur des planches d'essai d'un Adams débutant.(Archie Comics)

En 1962, Adams obtient son propre strip. Jerry Capp, le frère d'Al Capp, célèbre pour son strip L'il Abner, a besoin d'un dessinateur pour l'adaptation en strip de la série TV médicale, Ben Casey. Le style réaliste d'Adams s'adapte parfaitement à la thématique de la BD où les auteurs ne s'interdisent pas d'évoquer l'addiction à la drogue, les grossesses non désirées et le suicide, mais ne doivent surtout pas faire apparaître de personnages noirs sous peine de perdre quelques-uns des 300 journaux qui publient le strip. Ce dernier durera finalement trois ans et demi, jusqu'en 1966. Adams filera également un coup de main sur d'autres bandes quotidiennes, et non des moindres,  comme Peter Scratch d'Elliott Caplin (autre frère d'Al Capp) et Lou Fine, Rip Kirby de John Prentice, Secret Agent X-9 d'Al Williamson, Big Ben Bolt de Gray Morrow ou encore The Heart of Juliet Jones par Stan Drake. A la fin de Ben Casey, Elliott Caplin lui proposera un nouveau projet, une adaptation d'un best-seller sur la guerre de Vietnam, The Green Berets de Robin Moore. Plutôt pacifiste, Adams ne se sent pas d'illustrer sur le long terme une telle bande. Il soumet plutôt le nom de Joe Kubert, qui illustre les comic-books de guerre pour DC Comics. Kubert aura le job, ce qui laissera une place vacante chez DC.

Strip du dimanche de Ben Casey où Adams démontre déjà sa maitrise de la mise en page (dimanche 28 février 1965, NEA Syndicate)

 

Une arrivée révolutionnaire dans les comic-books...

Après avoir pu travailler sur plusieurs histoires pour les revues de Warren Publishing, Eerie, Creepy et Vampirella, Adams proposera donc ces services à Bob Kanigher, le responsable éditorial de DC, qui lui donnera des histoires de Our Army at War à illustrer. Adams s’accommodera de ces courts récits de guerre, mais trouvera d'autres titres moins belliqueux à dessiner grâce à l'éditeur Murray Boltinoff. Celui-ci le fera en effet travailler sur des titres humoristiques comme Adventures of Jerry Lewis ou Adventures of Bob Hope. Petit à petit, il commence à se faire un nom chez DC. Il devient même la nouvelle arme ultime de DC qui lui fait dessiner de nombreuses couvertures – notamment sur Superman ou Brave and the Bold – où son style dynamique et réaliste tranche avec tous les autres artistes de la maison. Surtout, il succède à Carmine Infantino sur la série Deadman qu'il vient de créer avec le scénariste Arnold Drake dans la revue Strange Adventures (#206, novembre 1967) et à Murphy Anderson sur la série The Spectre (#2, janvier 1968). Ce seront les premiers personnages sur lesquels Adams imprimera sa marque. Lorsque Deadman fait équipe avec Batman dans Brave and the Bold #79 (août 1968), Adams est bien évidemment présent et obtient alors un Alley Awards pour la meilleure histoire complète de 1968. Il entame alors une suite d'épisodes avec le scénariste Bob Haney qui sera très vite remarquée. Il en profite d'ailleurs pour relooker Green Arrow dans le numéro 85 (août 1969).

Lorsque Julius Schwartz, alors responsable éditorial des séries principales de Batman, lui demande les raisons de son succès auprès des lecteurs sur ce titre subalterne, Adams lui répond simplement qu'il fait agir Batman en pleine nuit. Une boutade qui vient mettre en lumière le fait que le personnage est traité de façon un peu trop parodique depuis de nombreuses années. La critique ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd. Schwartz décide d'appairer Adams avec le jeune scénariste Denny O'Neil. Un coup de génie tant les deux artistes vont se trouver. Ils vont d'abord remettre Batman sur les rails. S'émancipant définitivement du côté camp qui colle à la peau du personnage depuis la série télé d'Adam West, O'Neil et Adams livrent un Chevalier Noir plus réaliste et plus sombre qui combat des ennemis plus terre-à-terre comme Ra's Al Ghul et sa fille Talia. Graphiquement, le Batman d'Adams, dynamique et élancé, s'imprime dans la rétine des lecteurs de l'époque. Le duo relance également la série Green Lantern (#76, avril 1970) en le couplant avec le nouveau Green Arrow. Ils se lanceront dans une série d'épisodes particulièrement critiques socialement, mettant les personnages face aux problèmes contemporains comme le racisme, l'écologie ou la drogue. Cette fois, il peut même se permettre de créer un Green Lantern noir, John Stewart. 

Dès le premier épisode de leur reprise, Denny O'Neil et Neal Adams mettent Green Lantern en face de problématiques sociétales comme le racisme (extrait de Green Lantern #79, DC Comics)

Cela ne l'empêchera pas, l'année d'avant, d'accepter de redessiner un épisode de Teen Titans où les scénaristes Marv Wolfman et Len Wein avaient inventé un super-héros noir, Jericho. Carmine Infantino demande alors à Adams de reprendre l'épisode, mais en faisant de Jericho un blanc. Cette même année 69, Adams s'attaquait aussi à un autre équipe de kids. Il était en effet devenu la cible des attentions de Stan Lee qui souhaitait enrôler ce nouveau venu particulièrement doué dans son écurie. Qui plus est, Jim Steranko avait attiser la curiosité d'Adams en lui décrivant la façon de travailler plus lâche des scénaristes Marvel, laissant une marge de manœuvre très importante aux dessinateurs dans l'élaboration des histoires. Lorsque Lee lui demande ce qu'il voudrait faire chez Marvel, Adams lui demande quel est le titre qui se vend le plus mal. Les X-Men d'alors, dessinés par le plutôt sage Werner Roth, sont au bord de l'annulation. Adams prend comme défi de redorer le blason du titre. En compagnie du scénariste Roy Thomas et de l'encreur Tom Palmer, il va ainsi signer une dizaine d'épisodes qui réveilleront le lectorat. Adams et Palmer remporteront d'ailleurs chacun un Alley Award dans leur catégorie respective. Si la série fut, au bout du compte, tout de même annulée, le duo Thomas/Adams se reformera très rapidement sur la série Avengers, amenant une saga d'importance, la Kree/Skrull War Saga, dont les deux auteurs se disputeront la paternité bien des années plus tard. Il participera également à la création du personnage de Killraven dans Amazing Adventures #18. Il illustrera aussi The Inhumans, Ka-Zar, Thor et Conan the Barbarian.

Le style d'Adams à son apogée. Réalisme des personnages, efficacité de la mise en page, Adams influencera durablement tous les dessinateurs qui le suivront comme Frank Miller ou bien encore Jim Lee. Extrait d'X-Men #58 (Marvel Comics)

Le grand patron

Avec son encreur Dick Giordano, Adams fonde, en 1971, Continuity Associates, un studio qui se spécialise dans la publicité et dans le storyboard cinématographique, mais qui produit aussi pour les comic-books. En fait, il s'agit surtout d'un agglomérat de tout ce que New York compte comme dessinateurs et encreurs amis avec Adams et Giordano. Il suffit à Howard Chaykin, Rick Buckler, Larry Hama, Dan Green, Klaus Janson, Jeff Jones, Michael Netzer, James Sherman, Josef Rubinstein, Berni Wrightson, Alan Weiss ou Bob McLeod de passer dans les locaux pour se voir enrôler pour terminer ou encrer des pages. De 1972 à 1977, on voit alors fleurir dans les comic-books le nom de Crusty Bunkers qui est le pseudo de ce collectif.

En 1969, les éditeurs de comic-books créent l'Académie des arts de la BD (Academy of Comic Book Arts), une structure voulue sur le modèle de l'Académie des sciences et des arts du cinéma (Academy of Motion Picture Arts and Science) qui attribue les Oscars. Stan Lee en est le premier président et Adams le supplée. Entre les deux, ce sont des visions différentes qui vont s'opposer. Lee voit l'ACBA comme l'occasion de banquets et de célébrations, tandis qu'Adams y voit l'occasion de défendre les droits des auteurs, notamment sur la question du retour des planches ou encore sur la reconnaissance d'anciens auteurs comme Jerry Siegel et Joe Shuster. En 1976, Adams sera d'ailleurs le premier supporter des deux auteurs dans leur combat juridique contre DC, supportant sur ses deniers propres le coût de leurs avocats. La bataille verra Siegel et Shuster recevoir enfin une compensation financière pour leur création, Superman. Le militantisme d'Adams effraiera ainsi d'autres participants de l'ACBA comme Carmine Infantino, de DC Comics, qui quittera une organisation qui finira par s'éteindre en 1977.

Neal Adams s'est battu pour la reconnaissance du travail de Jerry Siegel et Joe Shuster, les créateurs de Superman (DR)

En 1972, une émission française, Tac au Tac, enregistrera plusieurs émissions à New York où participeront plusieurs maîtres de l'époque comme Joe Kubert, Johnny Hart, Burne Hogarth, John Buscema, Mike Kaluta, Berni Wrightson, Jim Steranko, mais aussi Neal Adams (30 septembre 1972, 21 octobre 1972).

En 1978, Neal Adams tentera de créer un syndicat des artistes de comic-books, Comic Books Artists Guild, en réponse à un nouveau contrat que Marvel tente de faire signer à tous ces créateurs pour s'assurer les droits sur leurs travaux. Malheureusement, la tentative tournera court. A la différence d'Adams qui avait plusieurs sources de revenus grâce à Continuity Associates, de nombreux auteurs étaient trop dépendants financièrement de Marvel ou DC pour oser s'opposer à eux. Néanmoins, les grandes maisons sentirent le vent du boulet et, dès le début des années 80, de nouvelles formes de rétribution furent trouvées pour s'assurer de la fidélité des auteurs. En partie sans doute grâce à l'activisme d'Adams.

De toute façon, celui-ci s'éloignait des éditeurs de comics traditionnels. Son dernier grand travail pour Marvel sera une histoire pour le magazine Epic Illustrated et pour DC, ce sera l'album Superman vs. Muhammed Ali en 1979 avec sa célèbre couverture représentant de nombreuses personnalités réelles. La stature d'Adams sera telle qu'il deviendra une véritable figure paternelle pour toute une génération d'artistes. Soumettre ses planches au maître, c'était s'exposer à des critiques acerbes, mais si vous vous accrochiez et qu'il voyait en vous un certain potentiel, il n'hésitait pas à prendre son téléphone pour contacter un éditeur. Et une recommandation de Neal Adams valait porte ouverte. Il sera ainsi un véritable mentor pour des artistes comme Denys Cowan, Frank Miller ou Bill Sienkiewicz.

172 personnalités réelles ou fictives figurent sur cette couverture. Saurez-vous les reconnaître ? (Solution à la fin de l'article). Couverture de Superman vs Muhamad Ali (DC Comics)

De Continuity Associates à Continuity Comics

En 1982, Jim Shooter lui propose de revisiter le monde des X-Men à travers un Graphic Novel dont il dessinera les premières planches (que vous pourrez retrouver en bonus à la fin de cet article). Mais toujours très attaché au respect dû aux auteurs, l'affaire capote et le script de Chris Claremont atterrira finalement sur la planche à dessin de Brent Anderson pour le désormais célèbre X-Men: God Loves, Man Kills (X-Men: Dieu créé, l'homme détruit).

À coté de son travail "réaliste" pour les super-héros, Adams saura aussi faire parler sa fibre humoristique. Durant toute les années 70, il collaborera ainsi au magazine satirique National Lampoon ou encore à la revue Crazy de Marvel, mais ce côté de son talent trouvera son paroxysme en 1983 dans l'hilarante et surprenante rencontre entre Zipperman, une parodie de Superman, et le Superdupont de Marcel Gotlib dans le numéro 80 de Fluide Glacial.

Neal Adams dans le franchouille Fluide Glacial. Dans les années 80, tout était possible (Fluide Glacial/Audie)

Après les tentatives avortées de Ms. Mystic et Skateman (deux et un seul numéros parus chez Pacific Comics), Adams décide de proposer ses propres créations. En 1984, il prolonge Continuity Associates en véritable éditeur de comics, logiquement intitulé Continuity Comics. Ms. Mystic aura bien évidemment sa propre série, mais Adams aidera aussi à lancer des titres comme Valeria the She-bat, Toyboy, Captain Power and the Soldiers of Fortune ou Revengers. Cependant, la qualité et l'irrégularité des parutions vont finalement plomber la maison d'édition qui mettra la clé sous la porte en 1994. En parallèle, il aidera à lancer des titres pour d'autres éditeurs comme, par exemple, Mr T. and the T Force pour Now Comics

Durant une bonne partie de sa carrière, il formera un duo aussi bien bien marital qu'artistique avec Cornelia "Cory" Peifer Adams qui sera sa coloriste attitrée sur de nombreux travaux. Le couple aura quatre enfants: Kristine, Joel, Jason et Zeea qui suivront les traces de leurs parents. Kris et Joel feront ainsi parti des managers de Continuity tandis que Jason deviendra sculpteur de figurines sous le pseudonyme de Spyda et Zeea deviendra coloriste comme sa mère. Le couple finira par divorcer durant les années 80. En mars 1987, Adams épouse en seconde noce Marylin, avec qui il aura un cinquième enfant, Josh, qui deviendra lui aussi dessinateur (notamment pour le Doctor Who d'IDW).

Couverture de Valeria the She-bat #1 par Neal Adams (Continuity Comics)

Adams ne reviendra vers les comic-books qu'au début des années 2000. Cela commencera par la défense de Dave Cockrum, dessinateur mythique des X-Men, dont l'état de santé nécessite alors de coûteux frais médicaux. Adams fait jouer ses relations médiatiques pour forcer la main de Marvel pour qu'ils les prennent en charge. On parle alors de rien de moins qu'un chèque de 200 000 $. En 2005, il retourne finalement sur les X-Men et signe deux histoires, respectivement écrites par Joss Whedon et Chris Claremont pour les Giant-size X-Men #3 et 4 auquel succédera quelques pages pour Young Avengers Special #1 (2006) avec Allan Heinberg. En 2010, il effectue son grand retour sur le personnage de Batman avec Batman: Odyssey, deux mini-séries qu'il écrit et illustre lui-même. Pour Marvel, il retrouve son compère Tom Palmer dans New Avengers #16.1 avant de rempiler sur les mutants avec la série limitée First X-Men avec Christos Gage. Il repart ensuite chez DC pour la mini-série Superman: The Coming of Supermen et un retour, pour six numéros également, sur Deadman. Son dernier travail d'importance dans le domaine des comics date de 2020 avec la mini-série Fantastic Four: Antithesis pour le scénariste Mark Waid.

En 2021, Adams est victime d'une septicémie à quelques jours de son 80e anniversaire. Il doit faire un séjour en soins intensifs et doit subir quatre jours de dialyse. Début avril de cette année,  il fait une rechute qui l'a de nouveau conduit à un court séjour à l'hôpital. Il est finalement décédé chez lui des complications de sa septicémie ce 28 avril 2022.

Essayer de quantifier l'héritage de Neal Adams est chose impossible tant sa production – dont nous n'avons évoqué qu'une partie – et son impact furent immense dans le domaine des comics. Il a reçu tout les prix de sa génération (Shazam Awards, Alley Awards, Goethe Awards, Eagle Awards) et les suivants (Eisner Awards, Harvey Awards, Inkwell Awards) lui ont tous rendu l'hommage qu'il méritait. Pour beaucoup d'artistes, c'est une figure paternelle, qui a passé sa vie à les conseiller et à les protéger, qui est maintenant partie.

 

 

Les trois pages de l'hommage de DC Comics par Tom King et Josh Adams (DC Comics).

 

 

 

Sources : Wikipedia, Lambiek, ActuaBD

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