Dans les épisodes précédents de cette série d’articles, nous avons vu comment l’histoire de la France a créé une forte fascination au Japon, au point de figurer dans des œuvres populaires.

Si dans Versailles of the dead une version alternative de la vie de Marie-Antoinette était racontée – avec zombies et sang – et dans Innocent nous pourrions lire la version BD de la vie de Charles-Henri Sanson, le célèbre bourreau de la Révolution Française, avec le titre que nous allons maintenant analyser nous lirons l’événement historique qui a probablement caractérisé la plus grande partie de l’histoire de la France.

Le manga en question est Puella Magi Tart Magica : The Legend of « Jeanne d’Arc » qui, comme on peut le voir dans le titre, tire son inspiration de la vie de Jeanne d’Arc, la Pucelle d’Orléans.

Spin off du plus célèbre Puella Magi Madoka Magica, le manga en question se déroule pendant la Guerre de Cent Ans. Jeann d’Arc, une jeune paysanne, est envoyée par Dieu sur le champ de bataille pour vaincre et chasser les Anglais du sol français. L’intrigue semble suivre la réalité historique, mais le genre auquel ce manga et ses antécédents appartiennent – le mahō shōjo – nous enseigne que le protagoniste doit être strictement une fille magique.

Kyubey – une petite créature extraterrestre à l’âme sadique – en fait, il note La Pucelle sur le champ de bataille et pour l’aider dans sa mission, il décide de faire d’elle un magicien, lui donnant des pouvoirs magiques. À partir de ce moment, tout ce qui caractérise le manga sera une grande dose de magie qui – comme dans la réalité historique – amènera au bûcher l’innocente Jeanne d’Arc.

Divisé en vingt-et-un chapitres, Puella Magi Tart Magica : The legend of « Jeanne d’Arc » est le troisième spin-off de la franchise Puella Magi créée par Magica Quartet, mais cette fois, l’intrigue tire son inspiration de l’histoire de France qui a toujours fasciné les mangakas japonais.

Couverture du Volume 1

Si, toutefois, dans les œuvres que nous avions analysées précédemment, il était possible de voir comment l’adhésion à la réalité historique servait à créer une intrigue aux implications grotesques – dans le cas de Versailles of the dead – ou légèrement fictives – dans Innocent ou dans Versailles no Bara – dans Puella Magi Tart Magica, il est nécessaire d’élargir ses horizons pour bien comprendre en quoi le manga utilise l’histoire française pour définir un point de rencontre commun entre deux cultures distinctes.

En approfondissant les détails et en prenant en compte le personnage principal, nous pouvons voir comment il ne subit qu’un changement de registre chez son homologue japonais.

En effet, Jeann d’Arc est considérée patronne de la France par l’Église catholique. Elle combattit les Anglais et contribua à leur disparition, libérant pour toujours la France de la domination britannique. La légende raconte que la très jeune Jeanne avait été investie de cette mission par Dieu et – à cause du scepticisme de l’Église médiévale – condamnée à être mise au pilori sous l’accusation de sorcière. Au XXe siècle, elle fut finalement proclamée patronne de la France, devenant la sainte française la plus vénérée.

Le grand impact moral et culturel de Jeanne d’Arc se retrouve dans les pages de ce manga, mais il est parfaitement assimilé aux codes typiques de la bande dessinée japonaise.

Comment ?

Au cours des siècles, La Pucelle est devenue un symbole de liberté, d’innocence et de protection du point de vue religieux et l’une des grandes icônes de l’émancipation du point de vue culturel. Beaucoup sont en effet convaincus que Jeanne d’Arc incarne l’un des premiers exemples de féminisme, à la fois par sa volonté et par son acte de rejet de tout canon médiéval de la féminité imposé par le catholicisme de l’époque. Une contradiction si l’on considère qu’elle est devenue plus tard l’une des saints les plus célèbres de l’Église catholique.

En armure, aux cheveux courts et au sabre, Jeanne est donc devenue le symbole de la rébellion féminine face à une société régie par le patriarcat. C’est une caractéristique particulière des filles magiques du manga japonais.

Quelle est la marque distinctive du mahō shōjo?

Né comme un genre de divertissement pur, il est devenu au cours des années 90 le genre féminin – et féministepar excellence. Grâce aux aventures de les mahō shōjo les lectrices japonaises pourraient s’identifier à l’idéal d’une fille qui, vêtue d’un uniforme – comme Jeanne d’Arc – et faisant face à des ennemis, non sans peur, parvient à se contrôler et de ce qui l’entoure, ne se bat pas en tant qu’homme, mais en tant que fille, en pleurs, allant à l’encontre des conventions d’une société qui tente de la circonscrire dans un rôle de victime éternelle.

Avec le mahō shōjo – surtout depuis les années 90 – on assiste à un véritable renversement du rôle de la femme – et de la féminité – dans la bande dessinée japonaise. Au cours des dernières années, c’est devenu un genre presque exclusivement réservé aux hommes – et la franchise Puella Magi en est un exemple, car elle est un seinen – ce qui le distingue est précisément la représentation des femmes en tant qu’héroïnes et guerrières, prêtes à se battre avec des clous et dents pour se défendre et les autres.

C’est ce qui arrive à Jeanne, l’héroïne de France pour avoir chassé les Britanniques, une héroïne de manga pour avoir incarné l’idéal d’une femme libre et émancipée.

L’histoire de la France devient donc un moyen de raconter – en l’occurrence, l’histoire, la culture et les valeurs du Japon. Deux mondes si lointains, mais extrêmement proches dans leur symbiose culturelle.

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