Jean-Marc Lainé a écrit le scénario de Tempête quantique, une aventure du Garde Républicain, le personnage créé par Terry Stillborn, alias Thierry Mornet. Son script a ensuite été transmis à Jim Arden, qui l’a illustré page après page, d’abord sous forme d’esquisses, les roughs, puis dans un crayonné plus poussé.
L’aventure compte maintenant ses 22 planches. Mais le travail est encore loin d’être terminé avant que le lecteur puisse tenir l’album entre ses mains. Dans cette quatrième partie, place à l’encrage, aux couleurs, au lettrage et aux dialogues.
Voir aussi :
Partie 1 : les premières idées
Partie 2 : notes préparatoires et premiers croquis
Partie 3 : écrire et illustrer le scénario
Sommaire
- L’encrage, quand le dessin se révèle
- Les couleurs, pour installer l’ambiance
- Le lettrage, une question de lisibilité
- Les dialogues, entre caractère et rythme
- Comment se procurer les aventures du Garde Républicain ?
- Ce qu’il faut retenir de cette quatrième étape
L’encrage, quand le dessin se révèle
Maintenant que toutes les planches sont dessinées, il est temps de les encrer. Autrement dit, de recouvrir le crayon par un trait véritablement noir, qui rendra l’impression plus propre et donnera au dessin sa lisibilité finale.
Dans les comics de super-héros, l’encrage a longtemps été assuré par un autre artiste que celui qui dessinait les planches. Cette séparation des tâches est moins systématique aujourd’hui, notamment avec le dessin numérique. Jim Arden, lui, se situe plutôt dans une tradition européenne puisqu’il s’occupe lui-même de cette étape. C’est l’occasion de mettre le dessin au clair, de peaufiner certains détails. En revanche, pas question de revenir sur le dessin lui-même : pour lui, il n’y a plus de place au doute au moment de l’encrage.
Jim Arden :
C’est une satisfaction de finaliser les planches et encore une fois, j’encre au fil des cases. J’ai mon crayonné au bleu (crayon à mine bleue) et je fais l’encrage avec un feutre pinceau ; alors, à ce stade, les images se révèlent : les pleins et déliés, les clair-obscur… Le pinceau permet ces pleins et déliés. On peut passer d’un trait fin à un trait plus épais en un seul coup de main. Je me sens à l’aise avec cette technique.Je ne change quasiment rien du crayonné à l’encrage, mais je peaufine certains détails : dans les murs qui s’écroulent par exemple, les pierres, les effets pyrotechniques…
Reprenons notre exemple de la page 17. Nous l’avions laissé au stade du crayonné poussé.

Extrait du crayonné de la page 17 de Tempête quantique
La voici maintenant après encrage.

Extrait encré de la page 17 de Tempête quantique
Jim Arden a ainsi établi définitivement le trait. Les ombres sont maintenant placées et le dessinateur peut se concentrer sur les détails. On voit notamment comment l’encrage au pinceau permet de donner de la matière à l’apparence de Marianne, en particulier à travers les cheveux et le costume. Jim Arden peut également ajouter plusieurs effets visuels, comme les fameux Kirby Krackles en case 1, si chers à son modèle.
Les couleurs, pour installer l’ambiance
Après l’encrage vient le temps de la mise en couleurs. Là aussi, deux écoles existent : la couleur peut être confiée à un ou une coloriste, ou bien être réalisée par le dessinateur lui-même. Jim Arden appartient au second camp.
Jim Arden :
La couleur n’est pas la partie qui m’emballe le plus, mais je préfère quand même m’en charger sur mes propres dessins. C’est une façon d’aller au bout des choses et ne pas avoir le sentiment d’avoir laissé un travail en plan qu’un autre va devoir terminer.

Mise en couleurs de la page 17 de Tempête quantique.
Là encore, les outils numériques ont largement facilité la vie des artistes. Ils permettent aujourd’hui de mettre en couleurs avec des logiciels dédiés, tout en offrant une plus grande flexibilité.
Jim Arden :
Je fais ma mise en couleur en numérique sur ma tablette graphique (et sur Photoshop). Je me concentre d’abord sur l’ambiance en posant un fond de couleur que je pense en rapport avec la scène et qui permet d’harmoniser l’ensemble de la page. Ensuite, j’apporte la lumière et je m’attelle, dans cet ordre, aux personnages, aux détails et aux volumes.Je fais en sorte, surtout, que la couleur vienne juste en complément et ne vampirise pas le dessin.

Comme on le voit dès la première page, la couleur permet d’établir une ambiance, ici l’atmosphère sombre d’un égout. Mais Jim Arden nous rappelle aussi que nous sommes dans un récit de super-héros, avec les couleurs fluorescentes du « bidule kirbyen ».
Le lettrage, une question de lisibilité
Une fois les couleurs apposées, reste à faire parler les personnages. Mais qui s’occupe du lettrage dans cette fine équipe ?
Jean-Marc Lainé :
C’est Maître Arden. C’est plutôt pas mal quand le dessinateur s’en charge : il peut placer ses bulles en fonction de l’harmonie et de l’esthétique de ses planches.
Et chez Maître Arden, le lettrage se fait aussi en numérique.
Jim Arden :
J’utilise une typo que nous utilisions tous lorsque nous bossions pour Semic. J’ignore d’ailleurs son nom, je l’ai appelée “BD”.Ma règle est d’éviter la césure des mots et que le texte ne soit pas trop collé sur le bord des bulles. Il faut que ce soit lisible et compréhensible, c’est tout.
La lisibilité est donc le maître-mot. Une conviction que partage son scénariste, notamment au niveau du choix de la police.
Jean-Marc Lainé :
Moi, mon approche, mes exigences en quelque sorte, c’est d’être sûr que ce soit lisible, que le regard du lecteur ne se perde pas. Et s’il faut une police différente pour un personnage ou une voix off. Après, je n’ai pas d’exigence particulière (même si je préfère les polices où les lettres accentuées sont de la même taille que les autres et où les « i » n’ont pas d’empattement…).

La page 1 lettrée de “Tempête quantique”.
Les dialogues, entre caractère et rythme
De belles lettres bien lisibles, d’accord, mais pour écrire quoi ? Les dialogues, dans une BD, sont évidemment fondamentaux. Ils participent à la caractérisation des personnages, à leur rythme, à leur humour, à leur rapport au monde.
Jean-Marc Lainé :
En fait, j’avais une idée de la manière de parler et de se comporter pour Doc Zarbi, qui est un gamin de quartiers populaires parisiens, mais quand Thierry m’a expliqué que Marianne était plutôt une fille de banlieue, ça a fait tilt. Thierry m’a fait suivre des PDF d’épisodes où elle apparaissait, j’ai donc vu comment Jean-Marc Lofficier la faisait parler (et lui donnait un ton un peu acerbe, car elle n’est pas dupe du monde qui l’entoure et sait ramener les autres à la réalité), et j’ai pu saisir dans quelle mesure je pouvais la faire vivre. Mon idée, c’était d’avoir deux jeunes gens différents qui se chamaillent, mais qui apprennent vite à fonctionner en équipe, parce qu’ils ne sont pas coincés dans leurs a priori. Et puis, cette idée que la capitale et la banlieue puissent s’unir face à un ennemi commun, ça me plaisait beaucoup.

La page 4 lettrée de “Tempête quantique”
Les dialogues viennent bien sûr du script. Comme Jean-Marc Lainé l’expliquait dans la précédente partie, il écrit scénario et dialogues dans la même foulée, contrairement à la traditionnelle méthode Marvel, qui voit les dialogues rédigés à partir des planches dessinées.
Jean-Marc Lainé :
Mais on peut toujours changer, reformuler, rallonger, couper… C’est pas gravé dans le marbre. La première lecture permet de voir si c’est fluide, si les bulles sont bien placées, si les informations sont amenées correctement. S’il n’y a pas de faute, aussi… Et le numérique permet de corriger plus facilement.
Nos deux compères ont donc uni leurs efforts et leurs compétences pour mettre en image cette aventure du Garde, de Marianne et de Doc Zarbi. Les planches sont maintenant terminées. Elles peuvent être transmises à Thierry Mornet, créateur et grand maître d’œuvre du Garde, qui va désormais façonner le support de cette histoire et la proposer aux lecteurs. Ce sera le sujet de la cinquième et dernière partie de notre pas-à-pas.
À lire dans cette série :
Partie 1 : les premières idées
Partie 2 : notes préparatoires et premiers croquis
Partie 3 : écrire et illustrer le scénario
Partie 5 : lettrage, couverture et publication
Comment se procurer les aventures du Garde Républicain ?
Notre série d’articles sur sa confection vous a donné envie de lire Tempête quantique dans Le Garde Républicain #19 ? De découvrir la saga du Garde Républicain depuis le numéro 1 ? Ou de compléter votre collection ? Plusieurs solutions existent.
Thierry Mornet tient régulièrement un stand dans les festivals BD. Les numéros 1 et 2 sont disponibles dans la boutique de l’attraction Étincelle et la malédiction de l’Opale noire au Futuroscope de Poitiers. Et, bien évidemment, la vente par correspondance reste possible. Vous pouvez utiliser le bon de commande ci-dessous et le faire parvenir à Thierry Mornet, ou visiter la page dédiée au Garde Républicain sur le site de Rivière Blanche / Hexagon Comics.

Ce qu’il faut retenir de cette quatrième étape
À quoi sert l’encrage dans une bande dessinée ?
L’encrage permet de fixer définitivement le trait, de renforcer les ombres, la lisibilité et la matière du dessin avant la mise en couleurs.
Jim Arden encre-t-il lui-même ses planches ?
Oui. Jim Arden encre lui-même ses dessins, au feutre pinceau, à partir de son crayonné réalisé au crayon à mine bleue.
Comment Jim Arden réalise-t-il les couleurs de Tempête quantique ?
Il réalise la mise en couleurs en numérique, sur tablette graphique et Photoshop, en commençant par l’ambiance générale de la page avant de travailler les personnages, les détails et les volumes.
Qui s’occupe du lettrage de Tempête quantique ?
Jim Arden s’occupe également du lettrage. Jean-Marc Lainé estime que cela permet au dessinateur de placer les bulles en fonction de l’harmonie de ses planches.
Pourquoi les dialogues sont-ils importants dans cette aventure du Garde Républicain ?
Les dialogues permettent de caractériser Doc Zarbi et Marianne, deux personnages venus de milieux différents, tout en installant leur dynamique d’équipe face à une menace commune.




