Vous vous êtes déjà demandé comment se crée une BD ? Bonne nouvelle : nous vous proposons un guide pas-à-pas sur la création d’une histoire de bande dessinée. Des premières idées à l’impression, en passant par l’écriture du scénario, le dessin, les couleurs ou encore le lettrage, nous allons suivre toutes les étapes de l’élaboration d’une aventure super-héroïque.
Pour cela, nous avons choisi le numéro 19 du Garde Républicain, et plus précisément l’histoire principale au sommaire de ce volume, Tempête quantique. Le scénariste Jean-Marc Lainé, le dessinateur Jim Arden et l’éditeur-créateur du Garde, Thierry Mornet, se sont prêtés au jeu du tutoriel pour expliquer comment on passe de quelques idées éparses à une histoire de 22 pages.
Notre série sur la création d’une BD :
Vous lisez la première partie de notre dossier consacré aux coulisses de Tempête quantique, une histoire du Garde Républicain. Les prochains chapitres reviendront sur le synopsis, le scénario, le dessin, puis les dernières étapes de fabrication d’un comic book français.
Sommaire
- Qui est le Garde Républicain ?
- Une histoire d’amitié
- Les premières idées de Tempête quantique
- Marianne, Doc Zarbi et Paris au cœur de l’histoire
- Comment se procurer les aventures du Garde Républicain ?
- Ce qu’il faut retenir de cette première étape
Qui est le Garde Républicain ?
Depuis 2011, Thierry Mornet, éditeur de la collection Contrebande chez Delcourt, adapte les codes de la BD super-héroïque à la culture française. Sous le pseudonyme de Terry Stillborn, il a créé le Garde Républicain, un héros qui protège la France et ses valeurs républicaines. Déjà 19 numéros et divers spéciaux ont été publiés pour raconter les aventures de ce super-héros à la croisée des chemins entre Captain America et The Phantom.
Thierry Mornet :
C’est une espèce de Daredevil. Ce n’est même pas Batman parce que je n’aime vraiment plus Batman. Pour des tas de raisons. Personnage suranné, tout le temps chouineur, très dark, qui a toujours raison ; enfin, il me fatigue. En plus, il n’est pas publié chez nous, donc c’est la cata (rires). Je referme la parenthèse de déconne. C’est un peu comme Daredevil. Ce sont des personnages qui ne sont pas surpuissants, qui sont terre à terre, qui s’en prennent plein la gueule. Et le Garde, c’est ça, il n’a pas de super-pouvoirs. Il se contente d’être un super-athlète et de défendre des valeurs […] issues du siècle des Lumières. Et qu’est-ce que la politique au départ, même en terme sémantique ? C’est la capacité qu’on peut avoir de vivre ensemble au cœur de la cité. Ce n’est pas moi qui l’invente, c’est le dictionnaire. Et c’est ça qui m’intéresse en fait. Comment est-ce qu’un personnage comme ça est soit catalyseur, soit témoin de choses qui se passent et comment il va essayer de faire vivre ces fameuses putains de valeurs, comment il va les incarner, comment il va les défendre, comment il va essayer de contrer les gens qui tentent de les détruire.
Comme pour le Fantôme du Bengale, à chaque génération, il y a eu un Garde Républicain. Un concept qui permet à de nombreux auteurs de jouer avec leurs propres versions du héros.
Thierry Mornet :
D’une manière générale, le Garde est vraiment mon bac à sable récréatif. Et dans récréatif, il y a créatif ! C’est une manière de se faire plaisir. J’arrive à sortir un numéro quand j’ai assez d’argent pour payer l’imprimeur. C’est pas du tout avec ça que je vais me payer une île aux Bahamas parce que ça rapporte que dalle. J’essaie surtout de ne pas perdre d’argent. J’essaie de faire vivre le projet tout simplement, du mieux possible, en me faisant plaisir, en invitant les frangins, les gens de la famille et [Jean-Marc Lainé] en fait partie.

Une histoire d’amitié
En effet, Thierry Mornet, Jean-Marc Lainé et Jim Arden se connaissent de longue date. Avant Tempête quantique, il y a donc une histoire de fidélité, de compagnonnage et de création commune.
Thierry Mornet :
[Jean-Marc,] c’est un des premiers que j’ai recruté chez Semic à l’époque pour venir collaborer en tant que responsable éditorial. […] Ça fait des années qu’on y pense. C’était une évidence. Il fait du scénar’ par ailleurs, ne pas l’avoir au moins une fois sur le scénar’ du Garde, ce n’était même pas envisageable. Mais il y en a plein d’autres comme ça. Là, il y a Jérôme Wicky qui est en train de me faire une proposition. Nick Meylander, quand il aura le temps, c’est pareil. Ce sont des potes de trente ans. […] Et en plus, aux dessins, c’est une collaboration avec un mec avec qui on a également bossé chez Semic sur Ozark et d’autres récits, il y a maintenant près de trente ans, c’est Jim Arden.
Pourtant, malgré l’amitié et la communauté d’idées des trois hommes, le projet a mis un peu de temps à se mettre en place.
Jean-Marc Lainé :
[Thierry] m’a relancé pour faire une histoire. Il me l’avait souvent proposé, mais je ne savais pas quoi raconter, ce n’est pas facile de proposer un truc dans un univers déjà établi, surtout un univers créé par une personne, pas un univers d’éditeur. Donc j’ai botté en touche plusieurs fois, et puis il est revenu avec l’idée de faire intervenir Doc Zarbi.

Quelques-unes des itérations du Garde Républicain (lefictionaute.com)
Les premières idées de Tempête quantique
Thierry Mornet :
Je lui ai dit : “Ça te dirait pas de faire un Garde ? Ça fait longtemps qu’on se l’était dit. Pourquoi on ne ferait pas un crossover entre le Garde et Doc Zarbi”. C’est un personnage qu’il avait créé justement dans Ozark à l’époque, avec un petit épisode qui avait été dessiné par Jean-Jacques Dzialowski. C’était logique en fait. Ça permettait que Jean-Marc soit impliqué en animant un personnage qu’il avait écrit il y a vingt ans et qui était resté dans les limbes depuis.
Pour Jean-Marc Lainé, mentionner Ozark et Doc Zarbi, c’était le faire revenir à ses années Semic. Un retour en arrière qui lui a permis de trouver l’inspiration principale de son histoire.
Jean-Marc Lainé :
C’est Paris. Tout simplement. Ça remonte à la période où j’y vivais, quand j’étais à Semic, puis un peu après. Je vivais dans le cinquième arrondissement et je regardais les monuments autour de moi, je lisais des trucs sur le quartier. La deuxième histoire d’Ozark que j’ai écrite […] parle de l’église Saint-Médard. Et j’avais en tête une histoire sur la Bièvre, ce cours d’eau enterré (et un peu oublié).

La Bièvre. Estacade du muséum. Paris (XIIIe arr.). Photographie de Henri Godefroy (1837-1913), vers 1905. Paris, musée Carnavalet.
Jean-Marc Lainé :
Quand Thierry m’a proposé de rédiger une aventure du Garde, il a suggéré de faire intervenir Doc Zarbi, que j’avais créé dans l’épisode d’Ozark cité plus haut, et tout ce que j’avais en tête concernant la Bièvre m’est revenu. Ça a commencé à prendre forme. J’ai utilisé Doc Zarbi dans une autre histoire du Garde, un team-up avec Viking, qui se déroule dans une ville abandonnée (encore la mystique de la zone urbaine, quoi).C’est marrant, d’ailleurs, parce que je suis un gars de la campagne, mais j’aime bien les récits liés à la ville, à son histoire, à son environnement, tout ça. Sans doute une grosse influence de Jack Hawksmoor, dans Authority.

Doc Zarbi par Jean-Jacques Dzialowski
Marianne, Doc Zarbi et Paris au cœur de l’histoire
Jean-Marc Lainé :
Mais le vrai déclencheur, c’est quand il m’a demandé si ça m’intéressait de faire un focus sur Marianne. Là, j’ai dressé l’oreille, parce que ça permettait d’aborder l’univers du Garde tout en contournant le Garde lui-même. Je me souviens qu’on a échangé quelques mails sur Marianne (d’où elle vient, où elle habite), et quand je me suis rendu compte que Marianne était une fille de la banlieue et Zarbi un fils de la capitale, le reste de l’histoire s’est mis en place tout seul.
Jean-Marc Lainé n’est d’ailleurs pas le seul à apprécier le personnage. Ses collaborateurs ne cachent pas non plus leur attachement à la partenaire du Garde. Son créateur, en premier lieu.
Thierry Mornet :
Dès le début, il y a un personnage qui m’a hyper attiré, qui fonctionne toujours très bien et que j’adore animer, c’est Marianne, la petite beurette de service comme on pourrait dire. Elle est un petit peu rebelle, un peu revêche et elle n’accepte pas forcément les choses aussi simplement que ce qu’on voudrait lui faire dire dans notre récit de départ. Et ça, c’est marrant parce que ça permet au récit de dévier de manière un peu différente.
Même dans son coin, alors qu’il rongeait encore son frein, le dessinateur était sur la même longueur d’onde.
Jim Arden :
Mon seul souhait pour ce récit ne concernait pas l’intrigue, je voulais juste qu’il y ait Marianne au cœur de l’histoire. Mais ça [Jean-Marc] ne le savait pas, c’est le hasard… ou la connexion.

Marianne par Guile Sharp
Une connexion évidente pour Lainé, qui ne pouvait d’ailleurs pas rêver meilleur partenaire pour illustrer cette histoire.
Jean-Marc Lainé :
[Quand] Thierry m’a proposé de travailler avec Jim Arden, [là], je ne pouvais pas passer à côté. J’aime beaucoup l’approche kirbyenne de Jim, son énergie, sa compréhension du langage comics, et l’idée de jouer sur ces codes, de s’amuser à faire du gros spectacle, m’a séduit.
Jim Arden :
Le projet de collaborer avec Thierry Mornet pour faire un épisode du Garde Républicain avait été évoqué il y a bien longtemps. Un jour, Thierry a eu la bonne idée de reformer la team de la grande époque de la création de comics français au sein des éditions Semic dans les années 2000. […] Pour avoir travaillé avec [Jean-Marc] par le passé, j’ai accepté avec plaisir. Bien qu’ayant l’habitude d’œuvrer sur mes propres scénarios, je trouve avec [lui] une liberté graphique qui me convient. De plus nous avons, je pense, des goûts communs quant au genre et au style de narration.
Jean-Marc Lainé :
On a même développé un méchant qui repose sur une idée qu’on avait exploitée dans un autre récit. Mais cette fois, on l’a faite en plus gros !
Doc Zarbi, Marianne, Paris et ses souterrains, un vilain haut en couleurs : tous les éléments ont été trouvés. Ne reste plus qu’à les organiser dans un récit cohérent.
Thierry Mornet :
C’était à cent lieues de ce que j’aurais pu écrire. Je ne serais pas du tout allé dans cette direction-là. C’est plein de clins d’œil et d’easter eggs. Alors, on en a parlé ensemble, bien sûr, il m’a proposé un synopsis au départ. Enfin, pas un synopsis, c’était un pitch : “Je ferais bien un truc comme ça” Et je lui ai dit, “Banco, v’la les clés, roule !”
Mais ça, nous le verrons dans le prochain chapitre de notre pas-à-pas.
À lire ensuite :
Créer une BD avec Le Garde Républicain, partie 2 : du pitch au synopsis
Comment se procurer les aventures du Garde Républicain ?
Notre série d’articles sur sa confection vous a donné envie de lire Tempête quantique dans Le Garde Républicain #19 ? De découvrir la saga du Garde Républicain depuis le numéro 1 ? Ou de compléter votre collection ? Plusieurs solutions existent.
Thierry Mornet tient régulièrement un stand dans les festivals BD. Les numéros 1 et 2 sont disponibles dans la boutique de l’attraction Étincelle et la malédiction de l’Opale noire au Futuroscope de Poitiers. Et, bien évidemment, la vente par correspondance reste possible. Vous pouvez utiliser le bon de commande ci-dessous et le faire parvenir à Thierry Mornet, ou visiter la page dédiée au Garde Républicain sur le site de Rivière Blanche / Hexagon Comics.

Ce qu’il faut retenir de cette première étape
De quoi parle cette série d’articles sur Le Garde Républicain ?
Cette série suit la création de Tempête quantique, une histoire publiée dans Le Garde Républicain #19, depuis les premières idées jusqu’à la fabrication finale.
Qui sont les auteurs de Tempête quantique ?
L’histoire est écrite par Jean-Marc Lainé, dessinée par Jim Arden et publiée sous la supervision de Thierry Mornet, créateur du Garde Républicain.
Qui est le Garde Républicain ?
Le Garde Républicain est un super-héros français créé par Thierry Mornet, sous le pseudonyme de Terry Stillborn. Le personnage défend la France et les valeurs républicaines, sans super-pouvoirs.
Pourquoi Marianne est-elle importante dans Tempête quantique ?
Marianne permet à Jean-Marc Lainé d’aborder l’univers du Garde Républicain autrement, en déplaçant le centre de l’histoire vers un personnage lié à la banlieue, face à Doc Zarbi, davantage associé à Paris.
Où peut-on acheter Le Garde Républicain ?
Les albums peuvent être achetés auprès de Thierry Mornet lors de festivals BD, via la vente par correspondance, ou en consultant la page dédiée au Garde Républicain sur le site de Rivière Blanche / Hexagon Comics.




