Comme chaque semaine (ou presque), Superpouvoir.com fait le point sur la situation des comic-books face au COVID-19.

Un déconfinement en cours, mais dangereux

Le coronavirus continue son expansion dans le monde où il a fait plus de 300 000 victimes. Pourtant, les mesures de confinement sont peu à peu levées dans de nombreux pays, dont la France et les États-Unis. Dans ce dernier pays, le docteur Anthony Fauci, principal conseiller scientifique du président Donald Trump dans cette crise sanitaire, a mis les sénateurs américains en garde contre une réouverture trop précoce, qui pourrait causer « des souffrances et des morts inutiles« . Beaucoup de scientifiques craignent maintenant la fameuse « seconde vague« , malgré la mise en place de tests, de dispositions de distanciation sociale et la généralisation des masques

Pourtant, de nombreux états autorisent maintenant les magasins et les entreprises à ouvrir, alors que les indicateurs ne le permettent pas encore. « Nous ne réouvrons pas sur une base scientifique, mais sur une base politique, idéologique et sous la pression publique. Je pense que ça finira mal.« , s’alarme le docteur Thomas R. Frieden, ancien directeur des Centers of Disease Control and Prevention (centres de contrôle et de prévention des maladies) sous l’administration Obama. Ainsi, en Arizona, le gouverneur républicain Doug Ducey a suivi les conseils de Donald Trump de poursuivre une stratégie forte de réouverture, même si, de l’aveu même du président des États-Unis, « des gens en seront gravement affectés « . Ducey a allégé le dispositif de confinement, stoppant au passage la collaboration de l’état avec les scientifiques d’Arizona State University et d’University of Arizona dont les modèles contredisaient la  version d’un virus sous contrôle. Cet allègement a permis la réouverture de nombreux commerçants, dont une bonne partie des boutiques de comics de l’état.

Sous la pression populaire, des états américains allègent les conditions de confinement malgré les risques de « deuxième vague » (Joseph Prezioso/AFP)

« Pandemic Era » ?

Parmi les remises en route, Diamond Distributors reprend ses livraisons vers les comic-shops et ce mercredi, de nouveaux comics étaient de nouveau disponibles dans les boutiques spécialisées. Steve Geppi, le PDG de Diamond, entendait en faire un événement.

« Our comeback will be bigger than our setback ! »  (« Notre retour sera plus grand que notre revers !« ), c’est avec ce slogan que le distributeur a souhaité marquer la reprise de ses activités. Un mot d’ordre qui pourrait être apposé sous forme d’un logo (rappellant, entre autre,  celui du Comics Code Authority) sur les couvertures de publications de Dark Horse, Dynamite, Boom! et Image, qui se sont associés à l’opération. C’est le souhait de Diamond qui espère également convaincre Marvel et DC.

Avec un brin de cynisme, Geppi explique sa démarche : « Il va y avoir un moment, en particulier sur le marché des anciens numéros, où les gens vont considérer cette période, et, peu importe comment ils l’appelleront (la « pandemic era », la « coronavirus era » ou la « COVID-19 era »), ils auront une certaine tendance à la collectionner. Ce sera un petit plus, mais, en dehors de cela , je pense que ce sera un bon moyen d’amener les gens dans les magasins afin qu’ils puissent compléter leurs listes de recherche. Si vous voulez avoir l’entièreté de la période pandémique des comic-books, voici ce que vous devez avoir. »

 

Outre ce gimmick, les premiers colis post-confinement de Diamond contenait une lettre de Geppi, destinée aux détaillants, expliquant les actions qu’il entend prendre pour promouvoir le retour des BDs dans les boutiques. Cela passe notamment par un site internet dédié et une présence accrue sur les réseaux sociaux. Geppi a annoncé que juillet et août verraient l’organisation de ventes aux enchères pour lever des fonds afin d’aider les libraires en difficultés,  lui-même mettra en vente une part de sa collection estimée à 50 000$.

Changement de paradigme ?

Si Diamond reprend les livraisons de fascicules physiques, les éditeurs continuent, malgré tout, de creuser le sillon du dématérialisé. Alors que Marvel Comics élargit le nombre de ses exclus numériques à des séries comme Revenge of the Cosmic Ghost Rider, 2020 Force Works, Scream: Curse of Carnage ou bien Valkyrie, Jane FosterDC fait de même avec ses séries en fin de courses. Ainsi Supergirl #41 et #42, qui concluent le titre, seront disponibles uniquement sur les plates-formes numériques en mai et juin,  tout comme The Terrifics, dont les derniers numéros (#28 à 30) sortiront par ce même canal de juillet à septembre. Il en est de même pour House of Whispers #21 et #22 qui clôtureront également la série. Dommage pour ceux qui avaient collectionné les fascicules jusque-là. En revanche, ces épisodes seront bien présents  dans les futurs recueils papier. L’éditeur pousse même le bouchon dématérialisé en remplaçant son catalogue papier habituel, DC Previews, par une version totalement numérique, DC Connect.

Couverture de The Terrifics #30 par Dan Mora (DC Comics)

Ce rabattement sur le numérique est aussi une façon à priori de ne pas submerger le marché physique avec des titres qui étaient déjà sans doute déficitaires. Harley Quinn, titre populaire qui s’arrête au numéro 75 pour laisser place à un nouveau volume, ne passe par la case numérique par exemple. DC Comics est de toutes façons décidé à faire le ménage dans ses productions : des réimpressions sont supprimés, les versions imprimées de gen:LOCK #7 et RWBY #7 sont annulées, cinq 100-Page Giants sont annulés et leurs contenus vient alimenter les livraisons numériques quotidiennes, la série Lucifer verra son dernier arc (#19 à #24) uniquement publié en recueil tandis que des projets entiers sont rayés des tablettes comme la série limitée Manhunters: The Secret History de Marc Andreyko et Renato Guedes. Dans le même ordre d’idée de faire de la place dans les rayons, Marvel Comics a aussi annoncé l’annulation de plusieurs séries thématiques de couvertures alternatives (Dark Marvel en mai, Vampires en juin). Les éditeurs semblent donc profiter de la crise pour effectuer un grand nettoyage de printemps (chez DC, cela semble passer par un élagage en règle du label chapeauté par Neil Gaiman, Sandman Universe).

En tout cas, DC est bien placé pour savoir que le numérique et  les recueils marchent très bien actuellement. Sur le front du numérique, l’éditeur a vu le trafic de son application DC Universe augmenter de 35 % entre février et avril 2020. Une hausse qui détonne alors qu’il n’y a pas un an, Jim Lee,  alors co-directeur de publication, reconnaissait que les résultats stagnants de la lecture en ligne de l’application étaient décevants. Parmi les titres les plus lus sur l’appli (qui n’est pas disponible en France, rappelons-le), citons White Knight #1 et Batman who Laughs #1. Au mois de mai, 23 000  comics sont maintenant présents sur la plate-forme dont Year of the Villain, Batman/Teenage Mutants Ninja Turtles III ou DCseased.

Selon Publishers Weekly, le marché des graphic novels – un segment où DC est bien placé – a bondi de 43% durant la fermeture de Diamond. Cette hausse de la demande a ainsi bénéficié à des titres « jeunes adultes » comme Gotham High ou des recueils plus super-héroïques comme Batman: Last Knight on Earth ou Harleen. De fait, DC a décidé d’aligner les sorties de ses graphic novels et de ses TPBs entre le marché direct et le marche généraliste. Auparavant, ces produits étaient envoyés d’abord en comic-shops le mercredi et atteignaient ensuite les libraires généralistes le mardi suivant, soit une fenêtre de six jours d’exclusivité pour les librairies spécialisées. Entretemps, avec ses nouveaux distributeurs,  DC a passé son jour de mise en vente chez les détaillants comics du mercredi au mardi et zappe par la même occasion la période d’exclu pour les ouvrages. Dorénavant,  toute la production DC sera disponible pour tout le monde durant le même super-mardi.

Sur un plan plus pratique, nous avons également appris que les employés de WarnerMedias (dont ceux de DC) sont conviés à rester en télétravail au moins jusqu’à la fin de l’année.

« Plus fort ensemble en restant séparés. Comme Superman, restez dans votre Forteresse de Solitude ». On ne rigole avec la distanciation sociale chez DC. Illustration de Gabrielle Dell’Otto , tirée d’Action Comics #1000 (DC Comics)

 

Petits et grands impacts du COVID-19

Si les grands éditeurs parviennent à tirer leur épingle du jeu, d’autres, plus petits, tirent la langue. À l’image d’IDW, dont la maison-mère, IDW Media Holding, a bénéficié du Paychecks Protection Program (PPP), pour la somme d’un million de  dollars afin d’assurer le paiement des salaires des employés. Ce qui n’a pas empêché le licenciement sec de plusieurs d’entre eux dont David Hedgecock (directeur associé de publication) et Denton Tipton (éditeur). Avec retard, les productions de l’éditeur ont tout de même repris le chemin des magasins.

La situation avec le COVID-19 pousse de toute façon à la prudence. Le très influent scénariste Warren Ellis, qui devait chapeauter sa propre collection de titres chez un éditeur inconnu, a ainsi annoncé que le projet avait été repoussé aux calendes grecques.

Certains, en revanche, n’hésite pas à profiter de l’effet d’aubaine. Ainsi l’éditeur du magazine Heavy Metal a lancé un nouveau label sobrement intitulé Virus. Un label qui va compter huit nouveaux titres, tous numériques. Parmi eux, on peut citer Garbage Factory Anthology par Jakofire et Danny Kim, Hymn of the Teada et The Red par Morgan Rosenblum et Matt Medney, Nomobots par Diego Agrimbau et Juan Manuel Tumbúrus ou encore Dotty’s Inferno par Bob Fingerman. Heavy Metal propose même des masques à l’effigie de son égérie, Taarna, histoire de surfer complètement sur la vague.

Les professeurs de la Art Students League of New York utilisent le COVID-19 comme sujets pours leurs étudiants et autre apprentis artistes. Ils compose actuellement une anthologie sur le sujet. Chaque auteur aura une page pour évoquer la maladie et le confinement. This Quarantine Life: A COVID-19 Era Comics Anthology sera dans un premier temps uniquement disponible en numérique.

Couverture de This Quarantine Life par Andrew Drilon.

Les évènements live continuent toujours d’être impacté. La Comic-Con de San Diego sera virtuelle cette année alors qu’en Floride, état qui a toujours fait montre d’une certaine insouciance envers le virus, la Tampa Bay Comic Con sera bel et bien organisée du 10 au 12 juillet – avec des précautions sanitaires supplémentaires tout de même.

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