Comme chaque semaine, Superpouvoir.com fait le point sur la situation des comic-books face au COVID-19.

Une catastrophe économique

Les États-Unis sont donc désormais le pays le plus touché par le Coronavirus avec 1 245 728 de cas ce 7 mai 2020. Même au plus haut de l’état fédéral, le virus est présent puisque la porte-parole du vice-président Mike Pence et un valet militaire au service du président Donald Trump ont été testés positifs. Trump et Pence, qui continuent de rencontrer des personnes sans masques, devront dorénavant être testés chaque jour.

Économiquement, les chiffres sont catastrophiques puisque 20.5 millions d’emplois ont été perdus entre mi -mars et mi-avril. C’est la plus forte perte d’emploi du pays depuis la Grande Dépression.

La très impressionnante chute de l’emploi aux Etats-Unis (NY Times)

Pour la seconde fois, la Small Business Administration a dû stopper les aides pour les petites entreprises et leurs employés. Les aides de la SBA sont l’un des axes principaux du « stimulus package« , le plan de relance de Trump, mais sont aussi fortement contestées. Lors de la première session, les aides auraient été principalement accordé à de grosses entreprises et à des entreprises situées dans des états peu touchés par le virus. Les dirigeants de la SBA admettent qu’ils ont sous-estimés les priorités et que des entrepreneurs et des employés dans le besoin ne recevront pas d’aides.

BINC donne 950 000 $ aux comic-stores

Les librairies spécialisées peuvent heureusement compter sur d’autres structures pour les aider. Le Comic Book United Fund, le fond récemment créé par le Book Industry Charitable Foundation (BINC) à destination spéciale des comic-shops, vient de distribuer plus de 900 000 dollars, pour des montants entre 800 $ et 2400 $,  pour chacune des 637 boutiques concernées.

Au Canada aussi, on récolte des fonds. Après  Canucks4Comics, quatre librairies vont organiser, sur Facebook Live, une opération façon Téléthon les 16 et les 17 mai. Intitulé « Be Our Heroes, Canada !« , l’événement doit voir apparaître Chip Zdarsky, Jason Fabok, Adam Gorham, Brendan Fletcher, Karl Kerschl, Dylan Burnett, Jay Stephens, Ray Fawkes ou Richard Pace.

Le succès du crowd-funding sous le coronavirus

Les appels aux dons fonctionnent plutôt bien, tout comme les financements participatifs d’ailleurs.  Et les comic-books tiennent une bonne place sur les plates-formes qui les organisent. Ainsi, chez Kickstarter US, la BD représente le troisième thème de projets et 111 millions de dollars. Ainsi le dernier projet de Jeff Lemire et Matt Kindt, Cosmic Detective, a-t-il été financé dans la journée et son montant a doublé dans les 24 heures. On peut y ajouter également le retour de Jim Starlin sur Dreadstar dont le montant initial de 25 000 $ a été multiplié par quatre. Il en est de même en France où de nombreux projets sont largement bénéficiaires comme l’intégrale Zap Comix chez Stara, la publication de Murky World de Richard Corben chez Delirium (financé à plus de 600% à l’heure où sont écrites ces lignes) ou encore la réédition de Fox Boy par Laurent Lefeuvre (financé à plus de 700 % en quelques jours).

Si les supporters et les fonds sont donc présents, en revanche, le coronavirus a fait chuter le nombre de projets. Un manque de porteurs tel que Kickstarter US a dû  se séparer de 35 % de ses employés. Si les projets se raréfient à cause de virus, Heidi McDonald du site The Beat estime que dès que la situation se rétablira, un bon nombre d’auteurs pourrait se tourner vers ce mode de distribution: « J’entends beaucoup de rumeurs sur des créateurs allant directement chez Kickstarter pour leurs nouveaux projets, plutôt que chez des éditeurs traditionnels. Cela est en grande partie lié aux problèmes d’Image Comics lors de la fermeture de Diamond. Non seulement ils ont perdu leur distributeur de périodiques, mais aussi leur distribution en librairie, (…). Plusieurs membres du personnel ont été licenciés et les créateurs ont été informés qu’ils ne recevraient pas de rémunération pendant un certain temps. »

Des commandes plus grosses que prévues

Diamond Distributor a confirmé aux détaillants sa date-objectif du  20 mai pour un retour des comic-books dans les bacs. Avec moins de personnel pour respecter les distanciation sociales et des entrepôts qui rouvriront selon les spécificités de chaque état, Diamond prévient qu’il faudra s’attendre à quelques perturbations dans la diffusion. Néanmoins, les livraisons de Diamond devraient  arriver au début de la semaine du 18 mai pour une mise en vente le mercredi 20, sauf pour les comics DC, qui seront autorisés a être mis en rayon le mardi 19, Diamond se calant sur la politique mise en place par DC avec ses nouveaux distributeurs.

Diamond est donc bien décidé à repartir sur de bons rails, après des premières semaines de confinement assez hésitantes. Dans une nouvelle visioconférence organisée par Dan Shahin, Steve Geppi avoue qu’il n’a été guère présent au début du confinement :  « Ces dernières années, je n’ai pas été autant aux commandes que je l’aurais dû, mais maintenant je peux faire avancer les choses un peu plus vite (…) Aucun manque de respect envers mon équipe là-dedans, mais j’aime le contact direct que ça me donne avec certains de mes anciens amis [parmi les éditeurs]. »

Pour Geppi, les nouvelles ne sont pas si mauvaises. Les réservations des libraires pour le 20 mai sont bien supérieures à celles prévues. Le patron de Diamond indique également que l’entreprise sera là pour aider les librairies spécialisées et il est de nouveau revenu sur son projet de proposer un service de back issues, preuve s’il en est, qu’il est confiant en l’avenir.

Les distributeurs alternatifs

Une confiance en Diamond qui n’est pas partagée par tout le monde. Les très petits éditeurs ne se sentent particulièrement soutenus par le distributeur. Ainsi Alterna Comics a appris que, malgré la reprise, ces produits ne seraient sûrement pas distribués avant août.  Alterna a donc décidé de se passer du distributeur et de vendre ces comics en direct via son site alternaaccess.com. Autre éditeur à s’éloigner de Diamond, Scout Comics, qui propose à ses lecteurs de commander directement chez eux et de choisir le comic shop qui recevra 50 % des bénéfices de la vente.

D’autres petits éditeurs sont du coup intéressés par l’expérience de DC Comics avec les distributeurs alternatifs, Lunar et UCS. Christina Meckler, de Lunar, a ainsi confirmé avoir des contacts avec d’autres publishers, mais elle ajoute : « Nous continuons à enrichir notre infrastructure et nos processus et nous ne voulons pas en assumer davantage tant qu’ils ne seront pas terminés et que nos systèmes ne fonctionneront pas correctement.(…) Une façon de se diversifier alors que l’avenir, pour Lunar et UCS, est plutôt flou, maintenant que Diamond est de nouveau sur les rails. « Avec l’infrastructure que nous avons construite pour distribuer les bandes dessinées de DC, nous pourrions encore potentiellement aider d’autres éditeurs – même ceux qui ne sont peut-être même pas vraiment servis par Diamond, ou ceux qui veulent une alternative. Je pense qu’il y aura une place pour Lunar lorsque Diamond reviendra. »

Le mouvement numérique inattendu de Marvel Comics

Une chose est certaine pour le moment : Marvel Comics ne semble pas intéressé par ses distributeurs alternatifs et reste fidèle à Diamond. Marvel sera de nouveau dans les boutiques spécialisées à partir du 27 mai et met en place un programme nommé « Back in Action«  afin d’aider les détaillants à faire revenir les clients dans leurs magasins. Il s’agira essentiellement de goodies gratuits et de rabais sur les comics, mais des rabais bien moins importants que ceux consentis par l’éditeur juste avant le confinement.

En revanche, Marvel a surpris son monde avec un étonnant mouvement numérique. La doxa générale parmi les éditeurs est en effet de ne pas proposer de bouquins inédits en numérique pour ne pas faire de concurrence aux librairies. Si DC Comics a largement augmenté son offre sur ce secteur, l’éditeur à deux lettres continue de ne proposer que des histoires déjà publiées ailleurs. Marvel a en revanche annoncé la sortie en exclu numérique de plusieurs titres, en excluant de les publier en fascicules. Au mieux seront-ils publiés dans des recueils en fin d’année. Il s’agit essentiellement de fin de mini-séries, aux ventes faibles, que Marvel semble donc vouloir tout simplement bazarder afin d’alléger le catalogue de reprise. Le 13 mai, on pourra trouver sur les plates-formes numériques Ant-Man #4, Avengers of the Wasteland #4, Ghost-Spider #9 et Ravencroft #4. Le 20 mai, ce sera au tour de 2020 Ironheart #1, Marvel’s Spider-Man: The Black Cat Strikes#4, Hawkeye: Freefall #5 et Star #4.

Couverture de Hawkeye Freefall #5 par Otto Schmidt (Marvel Comics)

En plus de ces séries, ce sont aussi des recueils qui seront proposés en lecture numérique. Dans le même mouvement,  Marvel annonce également la fermeture de la page dédiée à l’achat numérique sur son site. Les usagers sont invités a dorénavant passer par les applications Marvel et Comixology.

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