Comme chaque semaine, Superpouvoir.com fait le point sur l’industrie des comic-books face au COVID-19.

Une solidarité toujours présente et ô combien nécessaire !

Malgré les annonces de la semaine dernière d’une reprise des activités de Diamond pour la mi-mai et surtout à un retour des comics DC par l’intermédiaire de deux nouveaux distributeurs, les libraires sont pour l’instant toujours dans des situations difficiles. Obligées de fermer leurs portes à la clientèle, vivotant des ventes effectuées par correspondance ou par collecte sur le pas de la porte, les boutiques sont sur la sellette, parfois même les plus grosses. Ainsi Forbidden Planet New York, boutique qui a pignon sur rue dans la Grosse Pomme depuis 1981, a-t-elle dû lancer une campagne de collecte pour pouvoir continuer à survivre.

 

La semaine dernière, nous apprenions que les deux principaux programmes d’aides aux petites entreprises était déjà en banqueroute. Le 27 mars dernier, le président Donald Trump signait le CARES (Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security) Act, une loi destinée à amoindrir les effets du COVID-19 sur l’économie et qui dotait la SBA (Small Business Administration) d’une enveloppe pour aider les petites entreprises employant moins de 500 personnes. Hélas, en à peine quinze jours, le Payroll Protection Plan (plan de protection des salariés) et les Economic Injury Disaster Loans (les prêts en cas de catastrophes économiques) ont déjà dépensés leurs budgets respectifs de 350 et 17 milliards de dollars. Avec parfois des ratés (administratives et bancaires), mais aussi des abus. Certaines grandes entreprises de restauration profitant de leurs systèmes de franchisés pour recevoir jusqu’à 20 millions de dollars au nom de leurs petits restaurants, privant de véritables PME dans le besoin. Si certains (comme Shake Shack, une chaîne de burgers) ont promis de rendre les sommes perçues, toutes n’ont pas même eu la même mauvaise conscience. Mardi 21 novembre dernier, un nouvel accord était trouvé au Congrès américain pour réinjecter 250 milliards pour le PPP et 60 milliards pour le EIDL. 

Le siège de la Small Business Administration à Washington. (Shutterstock)

Au Canada aussi, la situation est compliquée, avec des aides également promises par le gouvernement aux entreprises de moins de 100 salariés, mais dont les délais de traitement sont de plus de six semaines, mettant en danger nombre de petites structures. Le Comics Legends Legal Defense Fund, un organisme d’ordinaire consacré à la défense légale des auteurs et de la liberté d’expression, a étendu ses prérogatives  et lancer un fond d’aide aux magasins qu’il a d’ores et déjà doté de 10 000 dollars. Pour le financer, le CLLDF compte sur les auteurs et sur une opération de ventes aux enchères sur Internet, sous le mot-dièse #Canuck4Comics. Des artistes canadiens comme Wes Craig, Tom Fowler ou Cameron Stewart ont ainsi pu participé à la levée de fonds. Des initiatives individuelles se font jour comme ce comic-shop situé dans la province de l’Ontario, qui va organiser son Free Comic Day Online. Des dessinateurs comme Adam Gorham ou Marcus To participeront à une Artist Alley virtuelle et la librairie offrira des fascicules gratuits de son propre stock.

Aux États-Unis, on continue de récolter de l’argent pour les librairies en danger, essentiellement au travers de Book Industry Charitable Foundation (BINC). Créée en 1996 pour venir en aide aux employés du groupe Borders, la BINC a depuis largement étendu son champ d’action, venant en aide à tous les libraires qui en ont besoin. Il est évident que l’organisation est plus que jamais sollicité aujourd’hui. Au 17 avril, sa directrice, Pamela French, annonçait avoir déjà distribué plus de 350 000 dollars. Financée en temps normal par les grands groupes comme Simon & Schuster, Penguin Random House, Hachette ou par des auteurs de premier plan, la fondation doit trouver de nouvelles sources d’argent. Le 21 avril, la BINC annonçait la création du Comicbook United Fund, spécialement dédié au soutien des comic-shops. Le fond intègre une donation de 100 000 dollars effectuée par Oni-Lion Forge l’année dernière et les 250 000 dollars de DC Comics annoncés début avril.

L’organisation Hero Initiative, spécialisée dans l’aide aux artistes (que ce soit financière ou médicale), est, elle aussi, sollicitée. Alors que le travail se fait plus rare, certains auteurs ont plus que jamais besoin d’aides financières. Pour récupérer des sous, des conférences virtuelles, où les places sont payantes, sont organisées avec des auteurs comme Dave Gibbons, Scott Snyder ou Mark Waid. Autre initiative, un 100 Project consacré à Batman. Tout comme pour Ultimate Spider-Man ou Wolverine auparavant, cent artistes illustrent la couverture blanche de Batman #75. Ils seront ensuite vendus aux enchères et les illustrations seront collectées dans un livre dont les bénéfices iront également à Hero Initiative. Les cents noms ne sont pas connus, mais on sait déjà que Kaare Andrews, Chris Moreno et l’indispensable Jim Lee, qui, en parallèle,  n’en finit pas d’engranger des dollars pour la BINC (plus de 200 000 dollars à l’heure actuelle) seront de la partie.

 

DC Comics : un éditeur sous le feu des critiques

Si le dessinateur Jim Lee  est sur tous les fronts de la solidarité, le directeur de la publication Jim Lee est, lui, sous le feu de nombreuses critiques. Nous l’avons vu la semaine dernière,  DC Comics a diligenté deux (grosses) librairies de comic-books pour devenir de nouveaux distributeurs intérimaires. Une décision qui a divisé les propriétaires de magasins, une partie louant cette solution qui permet de remettre de l’huile dans les rouages, l’autre critiquant cette entaille dans le confinement et restant loyale envers le distributeur historique, Diamond. Certains ont même décidé de boycotter les nouveaux distributeurs, comme Alan Gill d’Ultimate Comics (Caroline du Nord). Il faut dire que l’annonce a soulevé de nombreux problèmes. Ainsi, les comics que les nouveaux distributeurs vont proposer sont issus de nouvelles impressions, mais quid des exemplaires stockés chez Diamond ? Les détaillants recevront-ils leurs marchandises en double lorsque Diamond rouvrira les vannes ?

DC Comics a dû préciser les modalités de ce changement. Les commandes à Diamond pour les dates entre le 1et et le 22 avril ont été annulées,  celles du 28 avril au 12 mai seront réajustables pour éviter les doublons ce qui confirme que DC ne quitte pas définitivement Diamond, mais n’est plus exclusif. En tout cas, les rapports entre les deux semblent s’être tendus si l’on en croit une petite mesquinerie relevée par Bleeding Cool. Le site de Diamond, Previewsworld, a tout simplement viré son “Gem of the month” (un petit artifice marketing pour mettre en avant les produits déjà phare des éditeurs) sur tous les titres DC, dont Three Jokers, le très attendu retour de Geoff Johns.

 

Et les griefs contre DC s’accumulent. On les avait un peu oublié, mais les numéros Giant continuent d’être distribués dans la chaîne des magasins Walmart, avec notamment en ce mois d’avril, le très attendu Our Fighting Forces Giant #1. Ce numéro  contient en effet une histoire de Batman par Brad Meltzer et Jim Lee, rendant hommage à un véritable soldat ayant reçu la médaille d’honneur des mains de Barack Obama. Avec la fermeture de Diamond, les boutiques spécialisées  n’ont bien sûr pas eu ces numéros, mais les supermarchés, oui.

Et ces numéros Giant sont devenus également une source pour un programme renforcé de BDs numérique. Ainsi depuis le 20 avril, chaque jour (au lieu de chaque mercredi), DC ajoute un nouveau titre, issu de sa collection d’histoires inédites des Giant. Ainsi Superman Man of Twomorrow #1 de Robert Venditti et Paul Pelletier a fait son apparition sur les plates-formes numériques lundi dernier, tandis que Batman Gotham Nights #1 sortait dès le jour suivant, avec la fameuse histoire de Meltzer et Lee. Qui plus est, de nombreuses rééditions (Watchmen #1 , Batman #608, The Sandman #1, Dark Nights: Metal #1, Doomsday Clock #1, Crisis on Infinite Earths #1, Mister Miracle #1) sont également proposés gratuitement jusqu’au 8 juin.

Pour Jim Lee, il s’agit avant tout de proposer du contenu aux fans et de garder leur intérêt. Pour certains observateurs, cela ressemble plus à une offensive numérique de grande ampleur. Alors que la plupart des éditeurs ne proposent plus de nouveautés en numérique pour ne pas faire une concurrence déloyale aux comic-shops, DC semble vouloir trouver des moyens détournés pour être omniprésent sur le marché.

Marvel Comics, de son côté, a réitéré sa volonté de ne sortir ni comics physique, ni comics numériques cette semaine encore. L’éditeur semble déterminé à attendre la réouverture de Diamond pour reprendre son activité. D’autant que les premiers mises en congés au sein du staff commencent à partir de lundi. IDW Publishing a d’ailleurs également annoncé qu’une partie de son personnel a été mis en chômage technique.

On le voit, peu d’annonces exceptionnelles cette semaine, mais le creusement de sillons déjà esquissés auparavant. Si la solidarité de la communauté joue à plein durant ces temps difficiles, il semble que DC Comics tende à se faire quelques ennemis  en voulant faire cavalier seul et en  poussant ses pions un peu plus loin que les autres. Une politique qui sera scrutée dans les jours et les semaines à venir, d’autant que la maison-mère, AT&T, subit elle aussi des bouleversements avec le départ de son PDG, Randall Stephenson, au profit de John Stankey. On y reviendra dans un prochain article, mais comme souvent, il y a fort à parier que ce genre de changement pourrait amener son lot de transformations, qui impacteront peut-être DC Comics.

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