Comme chaque semaine, Superpouvoir.com fait le point sur l’industrie des comic-books face au COVID-19. Un nombre de plus en plus important d’états américains ont mis en place des lois de confinement qui forcent de nombreux libraires à fermer leurs portes alors que Diamond, le distributeur principal, a suspendu les livraisons des arrivages de nouveaux comics.

Des libraires aux abois

Depuis le début de la crise, des librairies spécialisées, sans doute déjà affaiblies par d’autres facteurs, n’ont pas pu faire face à la réduction de leur activité. Ainsi Lee Hester a-t-il dû fermer sa boutique, Lee’s Comics, à Mountain View en Californie. Dans le même état, qui fut un des premiers à être confiné, on compte également la fermeture de Blue Moon Comics et Purple Turtle Comics. Il en est de même hélas pour Sho’Nuff Comics dans l’Alabama.

Pour soutenir les libraires, certains artistes mettent en place des initiatives personnelles. Ainsi, le directeur de publication de DC Comics, Jim Lee, propose-t-il des dessins exclusifs aux enchères. Les montants récoltés iront aux libraires en difficulté.

On peut penser ce qu’on veut de Rob Liefeld, mais celui-ci vend également ses dessins au bénéfice des libraires.W. Prince Maxwell et Martin Morazzo, les auteurs de l’anthologie d’horreur Ice Cream Man chez Image Comics, ont, eux, lancé un web-comic appelé Quarantine Comix. Des histoires courtes de deux ou quatre pages en format pdf au prix à 1.99$, dont la moitié des bénéfices ira au secours des détaillants.

Les maisons d’éditions mettent la main à la poche. DC Comics vient d’annoncer un don à la Book Industry Charitable Foundation (Binc) de 250 000 $. La jeune maison d’édition Bad Idea (fondée par les dissidents de Valiant Comics, Dinesh Shamdasani et Warren Simons) a également mis sur la table une aide de 25 000 $. Un beau geste pour une maison d’édition qui n’a encore rien publié, mais qui ne compte que sur les comic-shops pour diffuser ses séries (pas de TPBs, pas de versions numériques). Son premier titre, ENIAC, de Matt Kindt et Doug Braithwaite, était prévu pour le 6 mai, mais est bien évidemment repoussé. En revanche, la maison d’édition précise qu’ils travaillent d’arrache-pied pour leurs autres séries.

Couverture d’ENIAC #1 par Lewis Larosa (Bad Idea).

Une industrie au point mort

En revanche, certains éditeurs, comme Valiant, donne pour mot d’ordre de ralentir le rythme de production. Marvel Comics, en l’occurrence, a mis en pause la production d’un tiers de ces titres pour les mois de mai et juin, afin de ne pas surcharger un marché qui aura déjà bien du mal à distribuer les quelques titres qui pourrait éventuellement sortir. Certains artistes vont donc se retrouver sans travail dans les semaines à venir.

La semaine du 1er avril 2020 sera en tout cas une date importante dans l’histoire des comic-books. Avec l’arrêt du diffuseur Diamond, c’est la première fois depuis que l’industrie s’est constituée qu’il n’y aura pas de nouvelles sorties de fascicules papier. Rien. Du tout. Nada. Après un temps de tergiversations, Marvel a même consenti à ne pas sortir ses comic-books en numérique afin de ne pas faire d’ombre aux libraires. Un des rares matériaux inédits sera les titres en avant-première numériques (« digital-first« ) de DC Comics : Batman: The Adventures Continue #1, Gen:Lock #14 et Teen Titans Go! to Camp #6.

Sans rien à vendre, les liquidités commencent à manquer. Ainsi, Diamond a d’ores et déjà des problèmes de trésorerie. Le distributeur a annoncé qu’il suspend ses paiements envers ses vendeurs, à savoir les éditeurs et les fabricants de merchandising. Il est bien évident que si les plus gros peuvent soutenir le choc, les plus petites structures, elles, vont sentir passer ce manque à gagner.

Une lueur d’espoir ?

Durant la semaine, une lueur d’espoir, attisée par le site Bleeding Cool, est apparue pour disparaître aussitôt.

Stu Colson, propriétaire d’une librairie spécialisée en Nouvelle-Zélande, avait lancé récemment une application appelée Comic Hub afin de proposer une vitrine numérique pour les comic-shops et des outils de commande pour les clients. À partir de son système,  il se proposait de mettre en place un système de commande qui permettrait aux clients d’acheter en ligne les nouveaux comics. Dans un premier temps, ils recevraient une copie numérique avant de pouvoir retirer un exemplaire papier, réservé pour eux, dans la librairie de leur choix, après le déconfinement. Une solution qui avait l’avantage de permettre de faire rentrer de l’argent dans les caisses des magasins.

La solution sera hélas assez vite mort-née. Une grande majorité de libraires exprimant leurs réserves sur le système. Effrayés d’abord par la masse de manutention qu’entraînerait d’un seul coup l’arrivée d’un, deux voire trois mois de productions à distribuer dans leurs magasins. Méfiant également envers l’outil de la copie numérique qui pourrait détourner une partie du lectorat de la lecture physique. Pas totalement supporté par les détaillants, Comic Hub a eu du mal à convaincre les gros éditeurs tels que Marvel ou DC. Et sans ses locomotives, difficile d’espérer une quelconque efficacité du système. L’initiative a ainsi été tué dans l’œuf.

Plus modeste, la scénariste Leah Williams, accompagnée de ses amis Vita Ayala, Jodie Houser et Ivan Brandon, a lancé Comics Industry Collective, un portail qui se propose de lister les magasins toujours ouverts ou ceux qui proposent des services alternatifs pour contrer le confinement.

On le voit, si l’industrie est fortement impactée, elle reste particulièrement vivace, avec de multiples pistes explorées par de nombreux intervenants. Pourtant, il manque clairement une direction générale que Diamond ne semble pas avoir les moyens d’impulser, tandis que Marvel et DC semblent, quant à eux, plus réagir aux événements qu’à les initier.

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