Dans le paysage éditorial de la BD américaine, pour survivre en dehors des deux géants que sont Marvel et DC, il faut se trouver des alliés. Si des éditeurs comme Dark Horse ou Valiant ont choisi de faire équipe avec des groupes multimédias, d’autres choisissent de s’unir avec les petits copains. Ainsi Oni Press et Lion Forge viennent d’annoncer leur fusion.

Fondée en 1997 par Bob Shreck et Joe NozemackOni Press est une petite structure qui s’est spécialisé dans les romans graphiques et dans une forte politique d’auteurs. On leur doit Queen and Country de Greg RuckaThe Sixth Gun par Cullen Bunn et Brian HurrtScott Pilgrim par Bryan Lee O’Malley, Letter 44 par Charles Soule et Alberto AlbuquerqueOni s’est également positionné sur le marché des jeunes lecteurs et possède quelques licences lucratives comme Rick & Morty ou Invader Zim.

Lion Forge est plus récent, puisque lancée en 2011 par David Steward II et Carl Reed. D’abord concentré sur le numérique, Lion Forge a commencé à publier des comic-books papier grâce à IDW avant de voler de ses propres ailes. Avec un slogan tel que « Comics for everyone » (« Des BDs pour tout le monde« ), Lion Forge s’est rapidement installé comme un éditeur qui promeut la diversité de son lectorat, mettant en scène des héros de toutes les origines tout en proposant une gamme très variée de publications pour tous les âges, le tout au travers de différents labels. Cub House propose des titres pour les moins de huit ans, Caracal pour les enfants entre huit et douze ans, Roar pour ceux entre 12 et 17, Catalyst est leur univers super-héroïque et Magnetic traduit des BDs du monde entier, notamment franco-belge, comme Infinity 8, Jazz Maynard ou Klaw. La croissance de Lion Forge est rapide (malgré une vague de licenciements en fin d’année), au point que Steward II a créé l’année dernière la société Polarity, pour promouvoir les productions de la société dans d’autres médias.

David Steward II

David Steward II (Whitney Curtis /New York Times)

Ainsi lundi 06 mai, Polarity annonçait la création d’un studio d’animation, avant d’officialiser, le mercredi suivant, la fusion entre Lion Forge et Oni Press, dont elle serait l’actionnaire principale.

James Lucas Jones, actuel directeur de publication d’Oni Press, le sera également pour la nouvelle structure, mais avec le titre de président en prime. Tout comme Sarah Gaydos, qui garde sa fonction (récemment gagnée) de rédactrice en chef. D’ailleurs, l’ensemble des activités éditoriales seront transférées chez Oni, à Portland dans l’Oregon, Lion Forge quittant son fief de Saint Louis en Louisiane. Joe Nozemack, en revanche, quitte son poste de président d’Oni pour une place de consultant auprès du conseil d’administration.

James Lucas Jones est ravi que ce soit Lion Forge qui se soit présenté. « Nous avons eu tellement de conversations avec des partenaires potentiels qui ne nous voyaient que comme une usine à propriétés intellectuelles« , précise-t-il.

« Oni Press a été lancé avec pour mission de publier des comics et des romans graphiques qui séduiraient les groupes les plus divers de lecteurs et élargir le lectorat du médium« , indique Joe Nozemack. « Dès notre premier contact, ils nous a semblé que l’équipe Polarity/Lion Forge partageait ses mêmes passions et ses mêmes goûts. Je suis sûr que cette alliance permettra de continuer cette mission (…). » Et Dave Stewart II surenchérit:  » Plus nous discutions, plus notre relation a évolué à un point où nous savions que nos expériences et nos ressource combinées nous permettraient d’atteindre ce but et de faire avancer notre positionnement unique sur le marché. »

James Lucas Jone

James Lucas Jone (Clayton Cotterell/New York Times)

Si tous les acteurs majeurs se félicitent de cette alliance, elle entraîne aussi des doublons de postes et, malheureusement, des licenciements. Parmi ces licenciements, on compte, chez Lion Forge, celui d’Andrea Colvin, vice-présidente et rédactrice en chef, qui a notamment contribué à développer les lignes pour enfants, Christina Stewart, Amanda Meadows et Jasmine Amari, toutes trois éditrices, Laura Tan, coordinatrice production et logistique, Rich Johnson, vice-président des ventes, du marketing et du développement commercial ou encore Syndee Barwick, vice-présidente du marketing, merchandising et développement de produits. La plupart des autres employés de Lion Forge partiront pour Portland ou seront reclassés au sein de Polarity.

Chez Oni Press, l’éditeur Scott Sharkey ou encore la directrice de la publicité Melissa Meszaros sont également licenciés. Une situation difficile pour cette dernière qui perd ainsi son assurance-maladie et a été obligée de lancer un appel à la générosité sur les réseaux sociaux, pour financer les soins liés à une blessure à la tête occasionné par un accident de voiture l’année dernière.

Autre point noir, si l’on peut dire, le licenciement de Desiree Wilson, éditrice chez Oni depuis 2017 et seule employée noire de la boite. Alors que les deux éditeurs communiquent beaucoup sur la diversité de la représentation dans leurs comics, le message envoyé passe mal. Tout comme le déménagement de Lion Forge à Portland (considérée comme la plus blanche des grandes villes américaines et où l’extrême-droite est très active) a fait grincer quelques dents.

Steward II et Reed ont promis que si ces licenciements étaient un crève-cœur, ils étaient tous nécessaires économiquement. Sur un plan éditorial, ils ont promis que peu de choses changeraient pour le moment, Oni Press et Lion Forge restant actifs. Ainsi, la refonte des titres super-héroïque Catalyst Prime par Gail Simone est maintenue. En juillet sortira donc le premier numéro de Seven Days, une série limitée en sept numéros, un pour chaque jour de la semaine qui reste à la Terre. Comment Noble, Summit, Acell, les autres héros et les habitants de la planète bleue vont-ils réagir à une fin du monde programmée ? La mini sera illustré par José Luis, issu du Chiaroscuro Studios de Joe Prado.

Les super-héros du Catalyst Prime Universe (Lion Forge)

En tout cas, l’association entre ces deux petits éditeurs (à eux deux, ils représentent à peine 1% des ventes) annonce peut-être un mouvement de concentration sur un marché des comic-books qui semble se rétrécir de plus en plus.

Source : New York Times, Bleeding Cool

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