La bande dessinée européenne regorge d’univers de science-fiction capables de rivaliser avec les plus grandes sagas du cinéma. Mondes vertigineux, concepts philosophiques et visuels d’une puissance rare : beaucoup d’entre eux n’attendent qu’un réalisateur visionnaire pour exploser sur grand écran.

Voici notre sélection de six œuvres qui pourraient devenir des films cultes si elles étaient enfin adaptées.

Sommaire

Celles qui auraient pu être citées

Couverture de l'intégrale d'Aquablue dessinée par Reno.

Impossible d’évoquer la science-fiction européenne sans mentionner Valérian & Laureline de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. Véritable pilier du genre, la série a influencé la quasi-totalité du cinéma de science-fiction moderne, de Star Wars au Cinquième Élément. Son adaptation par Luc Besson en 2017, bien que visuellement inventive, a malheureusement refermé la porte à toute nouvelle tentative avant longtemps.

Autre incontournable : Aquablue de Thierry Cailleteau et Olivier Vatine. Cette BD écologique avant l’heure a marqué l’imaginaire de toute une génération. Son influence se ressent jusque dans Avatar de James Cameron, et pour cause : les deux œuvres partagent des influences communes évidentes, notamment le récit de la colonisation des Amériques et la trame narrative de Pocahontas. Il faut dire qu’Aquablue s’inspirait elle-même de grands classiques de l’aventure et du space opera, Star Wars en tête. La boucle est bouclée.

6. Cryozone, l’apocalypse spatiale zombie

Cryozone, par Thierry Cailleteau et Denis Bajram.

Le pitch : À bord d’un immense vaisseau colonial en route vers une nouvelle planète, une avarie provoque un dysfonctionnement du processus de cryogénisation. Le résultat est un cauchemar absolu : la quasi-totalité des milliers de passagers se réveille, mais transformée en une horde de créatures affamées et primitives. Une poignée de survivants doit alors tenter de s’échapper, piégée dans les coursives métalliques d’un gigantesque cercueil flottant au milieu de nulle part.

Pourquoi au cinéma : L’idée de Thierry Cailleteau est un concept d’une puissance folle. C’est simple, brutal, et ça combine deux des genres les plus efficaces du cinéma. On retrouve la tension claustrophobe et la critique des corporations d’Alien, mais ici, la menace n’est pas un prédateur unique et furtif. C’est une marée humaine, une apocalypse zombie contenue dans un huis clos. C’est Dernier train pour Busan, mais avec le vide de l’espace comme seule issue. La phrase est toute trouvée : dans l’espace, personne ne vous entend vous faire dévorer. Pour mettre en scène ce chaos effréné et cette survie désespérée, il faudrait un réalisateur qui maîtrise l’horreur viscérale et la science-fiction tendue. Si Fede Álvarez (Alien: Romulus) et Yeon Sang-ho (Dernier Train pour Busan) semblent évident, mais le visionnaire idéal reste sans doute Danny Boyle. L’homme qui a réinventé le zombie moderne avec 28 Jours Plus Tard et qui nous a piégés dans un vaisseau en perdition avec Sunshine serait le visionnaire parfait pour ce projet.

5. La Trilogie Nikopol, dystopie et mythologie égyptienne

Illustration de couverture de l'intégrale de la Trilogie Nikopol d'Enki Bilal.

Le pitch : Dans un Paris dystopique du XXIe siècle, le dissident Alcide Nikopol s’échappe d’un exil spatial de trente ans. Il se retrouve projeté dans un monde où des dieux égyptiens sèment le chaos. Manipulations politiques, mythologie et humanité déchue s’entremêlent dans cette fresque futuriste unique.

Pourquoi au cinéma : Avec La Foire aux Immortels, La Femme piège et Froid Équateur, Enki Bilal a créé une œuvre à la fois poétique et dérangeante. L’auteur a lui-même tenté l’aventure cinématographique en 2004 avec Immortel, ad vitam, un film visuellement singulier mais qui a divisé le public et la critique. C’est pourquoi une nouvelle vision, portée par un cinéaste audacieux comme Denis Villeneuve ou Robert Eggers, pourrait aujourd’hui transformer l’essai en un film d’une étrangeté hypnotique, entre Brazil et Children of Men.

4. Carbone & Silicium, l’odyssée androïde

Carbone & Silicium, par Mathieu Bablet.

Le pitch : Dans un futur proche, deux intelligences artificielles, Carbone et Silicium, découvrent le monde à travers des corps androïdes expérimentaux. Séparés par le temps et les choix, ils se retrouvent périodiquement au fil des siècles, témoins de l’effondrement et des renaissances de l’humanité.

Pourquoi au cinéma : L’univers de Mathieu Bablet offrirait une odyssée sensible sur la mémoire, la conscience et ce qui nous définit. À mi-chemin entre Her et Blade Runner 2049, ce serait une œuvre de science-fiction poétique et philosophique. Un réalisateur comme Alex Garland (Ex Machina, Annihilation), maître de la SF cérébrale et anxiogène, serait parfait pour en capturer la beauté mélancolique.

3. Universal War One, la Grande Guerre spatiale

Couverture de Universal War One, par Denis Bajram.

Le pitch : Dans un système solaire colonisé et au bord de la guerre civile entre le gouvernement central et de puissantes corporations, un phénomène impossible apparaît au-delà de Saturne : un “mur” noir, opaque et gigantesque. Une équipe de soldats marginaux, l’escadrille Purgatory, est envoyée en première ligne. Ils vont être les premiers à comprendre que les conséquences de cette guerre et de ce mur ne se mesurent pas seulement en vies humaines, mais en paradoxes qui menacent la trame même de la réalité.

Pourquoi au cinéma : Créée par Denis Bajram, Universal War One est un véritable anti-blockbuster. Loin du simple space opera, une œuvre de science-fiction dense, mêlant hard science, récit de guerre et thriller politique. La tension y est psychologique, politique, et le cœur du récit est la confrontation de l’esprit humain à des concepts qui le dépassent. Pour retranscrire sa complexité et son ambition, on pense bien sûr à Christopher Nolan, maître des récits temporels à grand spectacle. Mais le candidat idéal est peut-être Denis Villeneuve (Arrival, Dune). Il est le seul capable de filmer le drame intime des soldats perdus, la tension géopolitique et le vertige métaphysique d’un mystère qui défie la causalité, avec la gravité et la beauté monumentale que l’œuvre exige.

2. Shangri-La, utopie et consumérisme

Illustration de couverture de Shangri-La, de Mathieu Bablet.

Le pitch : Loin d’une Terre devenue inhabitable, l’humanité survit à bord d’une station spatiale administrée par une multinationale omnipotente. Un groupe d’individus, lassé de cette société consumériste, découvre la vérité sur le monde extérieur et rêve de liberté.

Pourquoi au cinéma : Dans Shangri-La, Mathieu Bablet livre une œuvre à la fois humaniste et déchirante. Pour porter à l’écran cette satire sociale féroce cachée dans un écrin de science-fiction monumentale, le choix idéal serait Bong Joon-ho. Le réalisateur de Snowpiercer et Parasite est le seul capable de mêler avec un tel brio la critique du capitalisme, la tension et une esthétique à couper le souffle.

1. L’Incal, mystique et space opera

Couverture de l'intégrale de L'Incal, par Alejandro Jodorowsky et Mœbius.

Le pitch : Dans une cité-puits futuriste et décadente, le détective privé minable John Difool reçoit malgré lui un artefact cosmique surpuissant, l’Incal, convoité par toutes les forces de l’univers. Cet anti-héros se retrouve alors au cœur d’une aventure mystique et intergalactique qui pourrait décider du sort du cosmos.

Pourquoi au cinéma : Né de l’imagination d’Alejandro Jodorowsky et du génie graphique de Moebius, L’Incal est une pierre angulaire de la science-fiction. Son humour absurde, son souffle mystique et son inventivité visuelle continuent d’inspirer des générations de créateurs. Une adaptation hollywoodienne est d’ailleurs en développement, avec Taika Waititi à la réalisation. Croisons les doigts et prions Saint Moebius pour que l’esprit si singulier de l’œuvre originale survive au traitement hollywoodien.

Une mine d’or pour le cinéma

Ces six œuvres ne sont qu’un aperçu de la richesse de la bande dessinée de science-fiction européenne. Elles prouvent que les scénarios les plus originaux et les univers les plus audacieux se trouvent souvent là où on les attend le moins. Avec l’appétit actuel du public pour les récits intelligents et les mondes immersifs, il est temps que le cinéma puise davantage dans cet héritage extraordinaire.

Ce qu’il faut retenir de ces potentielles adaptations

Qu’ont en commun ces bandes dessinées ?
Toutes explorent des thèmes universels (la survie, la mémoire, la foi, la technologie) à travers des univers d’une cohérence et d’une imagination qui ont marqué leur époque. Elles placent des personnages complexes au cœur d’enjeux qui les dépassent.

Pourquoi la BD franco-belge est-elle un tel vivier pour la science-fiction ?
Parce qu’elle ose l’expérimentation. Historiquement moins contrainte par les formats industriels que les comics américains ou les mangas, elle permet aux auteurs de développer des récits profonds, d’allier réflexion et audace visuelle avec une grande liberté.

Laquelle a le plus de chances d’être adaptée bientôt ?
Sans aucun doute, L’Incal. Le projet est activement en développement à Hollywood sous la direction de Taika Waititi. Si ce film voit le jour et rencontre le succès, il pourrait ouvrir la voie à d’autres adaptations ambitieuses issues du patrimoine franco-belge.

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